(Québec) Alors que Québec envisage sérieusement de rendre la vaccination obligatoire pour l’ensemble des travailleurs de la santé, les syndicats ne sont pas prêts à appuyer une telle mesure sans en connaître d’abord les modalités. Les ressources intermédiaires, ciblées par le gouvernement Legault, craignent de perdre des employés.

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Québec ne cache pas qu’il réfléchit à imposer la vaccination aux travailleurs de la santé. « C’est évident qu’on le considère actuellement », a lancé le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, à son retour de vacances, la semaine dernière. Quelque 90 % des employés du réseau de la santé ont reçu une première dose de vaccin.

En date du 13 août, 83 % des travailleurs de la santé – employés des établissements et des installations publics exclusivement – étaient pleinement vaccinés.

« Le gouvernement ne doit pas s’engager une fois de plus dans la voie de la contrainte », a fait valoir la Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ), qui représente près de 76 000 membres infirmières et infirmières auxiliaires, notamment. Le syndicat préfère attendre de connaître les visées de Québec avant d’aller plus loin.

Dans une déclaration transmise à La Presse, le FIQ a néanmoins souligné que le gouvernement devait « poursuivre les efforts et favoriser l’éducation et la sensibilisation afin de susciter le maximum d’adhésion » à la vaccination.

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux n’est pas non plus très chaude à l’idée. « Il faut aussi respecter le choix de gens, c’est un choix personnel et [la vaccination] doit être volontaire. Ça fait partie des droits et libertés au Québec », a assuré la vice-présidente, Josée Fréchette.

Il faut voir ce que le gouvernement va décider et comment il va l’imposer [s’il va de l’avant].

Josée Fréchette, vice-présidente de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux

Mme Fréchette rappelle que le syndicat « a un devoir de représenter légalement [ses] membres » et qu’il « devra les représenter avec les recours habituels » si des travailleurs refusaient de se faire vacciner.

Le président de la Fédération de la santé et des services sociaux (FSSS-CSN), Jeff Begley, affirme que son syndicat « n’est pas contre » la vaccination obligatoire, mais il se dit préoccupé par les « exceptions », c’est-à-dire ceux qui ne peuvent pas recevoir le vaccin pour des raisons médicales. « On fait quoi avec eux ? », s’est-il interrogé.

« Des gens qui ne voudraient pas du tout se faire vacciner, je pense qu’il n’y en a pas beaucoup. Et si c’est le cas, on va s’organiser pour leur parler », a-t-il dit.

Le privé dans la ligne de mire

Alors que la couverture vaccinale dans le réseau publique est bonne, le ministre Dubé a dit la semaine dernière vouloir cibler une « catégorie d’employés qui est reliée à la santé » comme ceux employés par les agences privées de placement et les ressources intermédiaires (RI).

L’Association des ressources intermédiaires d’hébergement au Québec (ARIHQ) s’inquiète que la vaccination obligatoire entraîne des départs, alors que les RI « demeurent très fragiles » dans le contexte de la pénurie de la main-d’œuvre.

« On préférerait les tests [de dépistage] obligatoires dans un premier temps », a expliqué la présidente de l’ARIHQ, Johanne Pratte.

Si la vaccination est obligatoire […], on va vivre avec, mais on craint quand même que certaines ressources se retrouvent en rupture de services.

Johanne Pratte, présidente de l’Association des ressources intermédiaires d’hébergement au Québec

Les travailleurs des RI ne sont pas visés par le décret ministériel obligeant les employés du réseau de la santé à se soumettre à un test de dépistage de la COVID-19 jusqu’à trois fois par semaine s’ils ne sont pas vaccinés.

Selon Mme Pratte, la couverture vaccinale en RI est élevée en région, mais l’est moins dans les grands centres, comme Montréal, Laval, la Montérégie et Gatineau.

« Chez nous, 82 % de nos employés sont doublement vaccinés », affirme Hélène Gravel, de l’agence Continuum, qui emploie 300 travailleurs de la santé. « Je suis favorable à la vaccination obligatoire. C’est mon opinion personnelle », a ajouté celle qui est aussi présidente des Entreprises privées de personnel soignant du Québec (EPPSQ).

L’association, qui regroupe une quinzaine d’entreprises privées, doit prendre position sur le sujet au cours des prochains jours. Mme Gravel déplore que l’EPPSQ n’ait pas encore été sollicitée par le ministère de la Santé sur la question.

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés a, pour sa part, confirmé être en discussion avec le Ministère. Les membres doivent être consultés et l’organisation doit prendre position cette semaine.

Un bilan stable

Le Québec recense 1163 nouveaux cas de COVID-19 depuis les trois derniers jours, dont 409 en 24 heures, ainsi qu’un décès supplémentaire. Le bilan demeure donc stable, avec 433 cas recensés vendredi et 321 samedi. Il y a une semaine, il y avait eu 759 nouveaux cas durant la fin de semaine. La barre des 300 nouveaux cas par jour a été franchie mercredi dernier. Sur Twitter, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a dit avoir trois régions sur le radar : Montréal, Laval et Lanaudière. Il a indiqué que « la situation est préoccupante » dans ces secteurs. Au Québec, le nombre d’hospitalisations augmente légèrement, passant de 80 à 82 depuis vendredi. Le nombre de patients aux soins intensifs est stable à 27, indique le communiqué du gouvernement. Le nombre de tests a été légèrement supérieur, 14 634 pour la seule journée de samedi, comparativement à 13 678 le samedi 7 août. Le nombre de prélèvements durant la semaine est normalement plus élevé – par exemple 17 844 jeudi dernier.

Sur le plan de la vaccination, 35 987 doses ont été administrées en 24 heures, ce qui porte le total à 11 865 650 pour le Québec. Vendredi dernier, 47 771 doses avaient été annoncées dans les 24 heures précédentes, et le samedi 9 août, 28 804 doses dans les 24 heures précédentes. À noter, les deux personnes qui sont mortes de la COVID-19 dans la semaine du 8 août étaient dans la trentaine. Aucune information sur leur statut vaccinal n’a été fournie.

Mathieu Perreault, La Presse