La décision de Québec de favoriser l’administration des premières doses au plus grand nombre possible semble expliquer pourquoi le Québec accuse un retard par rapport aux autres provinces dans l’administration des deuxièmes doses. Si la stratégie québécoise a porté ses fruits jusqu’à présent, l’arrivée du variant Delta incite à accélérer la cadence.

Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Khaoula Chehbouni
Khaoula Chehbouni La Presse

Fin décembre 2020, le gouvernement québécois a annoncé qu’il misait sur une méthode de vaccination singulière, en utilisant en premières doses tous les vaccins reçus sans en mettre en réserve en prévision des deuxièmes doses. La province a également décidé d’allonger le délai prescrit par les fabricants entre les deux doses afin de vacciner le plus grand nombre. La mesure – qui était encore peu répandue au pays – avait à l’époque divisé les experts, certains saluant cette décision audacieuse, d’autres craignant les risques y étant associés.

Une comparaison de l’évolution de la couverture vaccinale des différentes provinces permet de constater que le Québec a largement favorisé l’administration des premières doses jusqu’au début du mois de juin. D’autres provinces, comme l’Alberta, ont commencé à favoriser la deuxième dose dès la mi-mai.

« Il y avait cette grande angoisse de ne pas avoir suffisamment de doses au Québec, et sur la capacité du Canada d’aller chercher des vaccins, rappelle la spécialiste des politiques publiques à l’École de santé publique de l’Université de Montréal Marie-Pascale Pomey.

On avait peur de ne pas gérer la pénurie, de manquer d’approvisionnement, et on voulait aussi privilégier certaines populations à risque. C’était un calcul politique qui est très compréhensible, au fond.

Marie-Pascale Pomey, spécialiste des politiques publiques

La stratégie québécoise semble avoir été efficace. Après avoir été davantage touché par les première et deuxième vagues en 2020, notamment à Montréal et dans la capitale nationale, le Québec se maintient en deçà de la plupart des autres provinces canadiennes en nombre d’infections depuis le début de 2021.

Au 24 juillet 2021 – date des dernières données disponibles à ce chapitre –, 72,7 % des Québécois avaient reçu au moins une dose. C’est légèrement supérieur à la moyenne canadienne de 70,4 %. En revanche, le Québec accuse un léger retard pour la deuxième dose. En effet, 53,5 % des Québécois étaient pleinement vaccinés, contre 55,7 % en moyenne au pays.

Le Québec aurait en effet « pu être un peu plus proactif sur l’administration de la deuxième dose, quand on se compare au niveau international », estime Mme Pomey. « On n’a pas réagi aussi rapidement qu’on aurait pu. Je crois que ça aurait été possible d’aller plus vite dans l’ouverture des cliniques sans rendez-vous, par exemple, pour avoir plus de flexibilité », soutient-elle.

Tout est arrivé par étapes, et les autorités ont compris qu’il fallait aller vers la population, mais c’est certain que ça aurait pu être fait plus efficacement, avec le recul.

Marie-Pascale Pomey

Au pays, ce sont les provinces de l’Atlantique qui affichent le meilleur taux de vaccination pour la première dose, avec 75,5 % de leur population ayant reçu au moins une dose du vaccin contre la COVID-19 ; 53,3 % de leur population est entièrement vaccinée.

Du côté de l’Ontario, 70,5 % de la population a reçu au moins une dose du vaccin contre la COVID-19 tandis que 58,2 % est entièrement vaccinée. Au Manitoba, 68,4 % de la population a reçu au moins une première dose et 57 % est entièrement vaccinée.

Difficulté chez les jeunes adultes

Par ailleurs, les données sur la couverture vaccinale dans les provinces permettent de constater que le Québec n’est pas le seul à peiner dans la vaccination des jeunes adultes. Ceux-ci affichent des taux inférieurs dans l’ensemble du Canada.

À ce jour, 69 % des Canadiens de 18 à 29 ans ont reçu au moins une dose. Le taux est particulièrement faible en Saskatchewan, où ils sont à peine 62 % à avoir retroussé leur manche. À l’inverse, l’Île-du-Prince-Édouard affiche le plus haut taux, soit 78 %. Le Québec se situe tout près de la moyenne, à 68 %.

À l’Hôpital général juif de Montréal, le DMatthew Oughton, spécialiste des maladies infectieuses, précise que « personne ne sait vraiment encore quelle est la stratégie optimale » quant au rythme d’administration des première et deuxième doses.

« La stratégie du Québec a assurément démontré qu’il y avait des avantages marqués à fournir une protection partielle à une large population, mais d’un autre côté, on sait qu’il faut être vaccinés à deux doses pour s’immuniser contre les variants. Si on reproduisait la même stratégie aujourd’hui, avec le spectre du Delta, peut-être que ça ne fonctionnerait pas aussi bien », soutient-il à ce sujet.

Ultimement, le virus dans cette pandémie « n’est pas une cible statique. Il est donc normal que les politiques changent d’une province à l’autre », poursuit le DOughton.

Ce n’est certainement pas une science parfaite. Il faut constamment s’adapter à cette pandémie et tout le monde réagit un peu différemment.

Le DMatthew Oughton, spécialiste des maladies infectieuses

« Le défi, à l’issue de la crise, ça sera vraiment de déterminer les meilleures pratiques qu’on devrait adopter plus globalement pour le futur. À l’avenir, une meilleure uniformisation des pratiques nous permettrait entre autres d’avoir des données plus robustes pour documenter la transmission », explique le spécialiste.

En Alberta et en Saskatchewan, où les restrictions ont été allégées ou sont sur le point de l’être, on recense les plus bas taux de vaccination, avec une couverture de 64,1 % et 63,1 % respectivement pour les premières doses au moins ; 54 % des personnes ont reçu une deuxième dose en Alberta, contre 53 % en Saskatchewan.

Les trois territoires affichent quant à eux le plus haut pourcentage de population entièrement vaccinée (60,2 %), et 67 % de leur population a reçu au moins une dose du vaccin contre la COVID-19. Précisons toutefois que les couvertures vaccinales des provinces de l’Atlantique et des territoires ont été calculées en utilisant les estimations de la population de Statistique Canada pour le deuxième trimestre de 2021.

Avec Pierre-André Normandin, La Presse