Au pic de la première vague, 125 personnes ont été hospitalisées à l’hôpital du Sacré-Cœur de Montréal (HSCM) en lien avec la COVID-19. Durant la même période, une trentaine de patients qui sont entrés à Sacré-Cœur pour d’autres problèmes de santé ont contracté le virus à l’hôpital et sont décédés des suites de complications d’une infection nosocomiale à la COVID-19. Deuxième d’une série de trois textes.

Simon Van Vliet, Initiative de journalisme local Journal des voisins

De nombreux facteurs peuvent être mis en cause pour expliquer ce phénomène des infections acquises à l’hôpital, dont l’intensité de la vitesse avec laquelle le virus s’est propagé au printemps 2020.

Les territoires desservis par le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Nord-de-l’Île-de-Montréal ont en effet été parmi les plus touchés dès le début de la pandémie.

Le manque de connaissances sur le virus et ses modes de transmission ainsi que la vétusté des installations a certainement joué un rôle, comme l’avance le CIUSSS.

Benoit Taillefer, vice-président du Syndicat des travailleurs et travailleuses du CIUSSS du Nord-de-l’île-de-Montréal (STT-CIUSSS-NIM), pointe plutôt du doigt le manque de préparation pour expliquer les difficultés à contenir la transmission à l’hôpital.

De nombreux manquements documentés

Manque de formation du personnel en hygiène et salubrité, mouvements de personnel entre les zones chaudes et froides, consigne de ne pas porter le masque de procédure en dehors des zones chaudes, absence de dépistage systématique, absence de plexiglas séparateurs entre les tables dans les salles de pause et de repas du personnel : la liste des manquements observés au début de la crise est longue.

Le syndicat dit avoir demandé l’intervention de la Commission nationale de l’équité, de la santé et de la sécurité au travail (CNESST) pour corriger certains problèmes, notamment ceux liés aux transferts de personnel d’un service à l’autre, parfois d’une zone chaude à une zone froide, durant un même quart de travail.

Cette situation était loin d’être unique à HSCM ou aux installations du CIUSSS du Nord de l’Île.

Selon une enquête publiée en février dernier par La Presse — qui s’était arrêtée en détail sur de sérieux problèmes survenus à Sacré-Cœur ainsi que dans certains milieux de vie et de soins pour aînés dans le Nord-de-l’Île — la CNESST a constaté des ratés dans plus de 20 % des établissements de santé entre mars et septembre 2020.

Lisez l’enquête de La Presse

Pénurie de masques et manque dépistage

Kathleen Bertrand se souvient que, dans les premières semaines, l’accès aux équipements de protection individuelle (EPI) « était vraiment beaucoup plus difficile ».

En raison d’une pénurie évitée de justesse au printemps 2020, les établissements de santé ont dû rationner les masques pendant les premiers mois de la pandémie. La consigne envoyée par le gouvernement du Québec le 30 mars aux travailleurs de la santé était de ne porter le masque que lorsqu’« absolument nécessaire ».

Ce n’est pourtant qu’en octobre 2020, au début de la deuxième vague, que le ministre de la Santé, Christian Dubé, a fini par ouvrir la porte à ce que le N95 soit utilisé par un plus grand nombre de travailleurs de la santé. Il a encore fallu attendre jusqu’en février 2021 pour que la CNESST rende obligatoire le port du masque N95 en zone chaude, une obligation qui a été étendue en zone tiède un mois et demi plus tard.

Il s’agit là d’une « protection supplémentaire » plus que bienvenue, souligne Kathleen Bertrand.

C’est que contrairement au masque de procédure, le masque N95 permet filtrer les fines particules aérosols qui peuvent transmettre le virus.

Le risque de transmission par aérosols est reconnu par l’Agence de santé publique du Canada depuis novembre 2020, un constat auquel l’INSPQ s’est rallié en janvier 2021.

En plus de laisser les travailleurs de la santé mal protégés en rationnant les masques de procédure et les N95, le réseau de la santé a été lent à implanter un dépistage systématique du personnel, souligne Benoît Taillefer.

Si elles ont été corrigées depuis, ce sont selon lui « de grosses lacunes » de cet ordre qui peuvent en partie expliquer le taux de contamination élevé du personnel — et de patients sous leurs soins — dans les premiers mois de la pandémie.

Lisez la première partie du dossier

Lire la dernière partie de ce dossier lundi : Infections nosocomiales à la COVID-19 : le tir ajusté après la première vague.