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Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

Après des arrivages au compte-gouttes ces derniers mois, le Canada a finalement reçu des millions de doses du vaccin à ARNm de Moderna. Près de 10 millions de doses ont été livrées depuis le 14 juin, soit deux fois plus que ce qui a été administré depuis le début de l’année en première dose ! Juste cette semaine, le Québec a reçu près de trois fois plus de doses du vaccin de Moderna que de doses de celui de Pfizer, qui accuse par ailleurs un retard dans ses livraisons de juin et de juillet.

Du Moderna, il y en a donc beaucoup dans les réfrigérateurs ces jours-ci, et ce sera encore le cas jusqu’à la mi-juillet. Si la livraison a réjoui les primovaccinés Moderna, qui attendaient impatiemment le devancement de la deuxième dose, l’offre du vaccin de Moderna à des personnes qui s’attendaient plutôt à recevoir un vaccin Pfizer a causé quelques surprises dans les centres de vaccination du pays cette semaine.

En Ontario, des personnes qui avaient reçu le vaccin de Pfizer en première dose ont refusé le vaccin à ARNm de Moderna qu’on leur offrait en deuxième dose. « Des employés de notre clinique ont dit que des gens se présentaient, étaient excités à l’idée d’être vaccinés, mais que lorsqu’on leur disait qu’ils allaient recevoir celui de Moderna, ils répondaient : “Oh ! Je pense que je vais attendre jusqu’à ce que je puisse avoir un Pfizer” », déplorait cette semaine au réseau CBC le DGerald Evans, directeur médical de la prévention et du contrôle des infections du Centre des sciences de la santé de Kingston.

La pharmacologue torontoise Sabina Vohra-Miller admettait, quant à elle, être étonnée que ses concitoyens prennent le risque d’attendre un vaccin de Pfizer, alors qu’ils ont l’occasion d’être protégés dès maintenant avec celui de Moderna.

Il y a tellement de pays dans le monde qui sont désespérés de recevoir n’importe quel vaccin, alors qu’ici, nous levons le nez sur l’un des meilleurs vaccins disponibles. Pour ma part, ça n’a aucun sens.

Sabina Vohra-Miller, pharmacologue

Tant du côté du Comité sur l’immunisation du Québec que du côté du Comité consultatif national de l’immunisation du Canada, l’interchangeabilité des deux vaccins à ARNm est une option valide. Les deux vaccins ne sont pas totalement identiques, mais sont très semblables, dit le DAndré Veillette, du Groupe de travail sur les vaccins contre la COVID-19. « La composante d’ARN, soit le code pour le spicule du virus, est quasi identique. C’est l’autre composante, la particule lipidique qui encapsule l’ARN, qui est différente. »

Il existe également moins de recherches scientifiques pour évaluer l’efficacité du vaccin de Moderna, pour une raison assez simple : le vaccin est beaucoup moins distribué que celui de Pfizer, notamment en Europe. En général, les experts évaluent que les résultats obtenus avec le vaccin de Pfizer seront les mêmes qu’avec celui de Moderna. Par exemple, s’il n’y a pas encore d’études prouvant l’efficacité du vaccin de Moderna face au variant Delta, le DAnthony Fauci, sommité américaine de la lutte contre la COVID-19, a dit que son efficacité serait semblable à celle obtenue par le vaccin de Pfizer.

De fait, si la protection vaccinale offerte par une combinaison de deux vaccins anti-COVID-19 différents n’a pas encore été scientifiquement précisée, les experts estiment qu’elle sera suffisante pour permettre immédiatement l’interchangeabilité.

Avec l’émergence du variant Delta, qui a ravagé l’Inde, beaucoup plus transmissible que la souche originale du SARS-Cov-2, et l’importance d’avoir deux doses pour s’en protéger, « je ne pense pas qu’on puisse être trop difficile sur le choix du vaccin », dit le DVeillette. « Mais ça demeure un choix personnel », rappelle-t-il. « Personnellement, si je devais attendre un mois de plus pour recevoir le vaccin de Pfizer, et qu’on m’offrait tout de suite le Moderna, je le prendrais. »

Les pharmacies jubilent

S’il y en a un que les livraisons importantes de vaccins de Moderna réjouit, c’est bien Benoit Morin, de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires, dont les membres ont administré près de 700 000 premières doses de Moderna depuis le printemps. Mais depuis l’annonce du devancement de la deuxième dose, début juin, les pharmacies peinaient à recevoir suffisamment de doses pour pouvoir ouvrir des plages horaires à leurs primovaccinés. La situation est en train de changer, dit M. Morin.

La première chose que je conseille aux gens qui n’arrivaient pas à trouver de rendez-vous dans leur pharmacie, c’est de retourner voir régulièrement sur Clic Santé.

Benoit Morin, de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires

« En ce moment, dans certaines régions, il y a des disponibilités non comblées. Et ça va augmenter parce que notre prévisibilité s’améliore », dit le pharmacien.

Les pharmacies, s’attend Benoit Morin, auront même bientôt assez de doses de Moderna pour en offrir à des personnes qui n’avaient pas reçu leur première dose chez elles. Cette possibilité pourrait être offerte dès la semaine prochaine, indique M. Morin, qui se dit par ailleurs très à l’aise d’interchanger les vaccins de Pfizer et de Moderna, au choix de la personne vaccinée.

Mais attention : rien ne sert de téléphoner à sa pharmacie pour s’enquérir des plages horaires disponibles, signale-t-il. « Il faut passer par Clic Santé. Si Clic Santé indique qu’il y a un problème avec vos données, alors, oui, il faut appeler la pharmacie. »

Le vaccin de Dolly Parton

Ceux qui ont écouté les épisodes de la (formidable) émission balado Dolly Parton’s America apprécieront la référence… Au printemps 2020, en pleine crise pandémique, le DNaji Abumrad, père du créateur de cette balado, a suggéré à son amie, la chanteuse country Dolly Parton, de donner un coup de pouce à ses collègues du centre de recherche médical de l’Université Vanderbilt, au Tennessee. Le don de 1 million de dollars est arrivé au moment important où les chercheurs de Vanderbilt mettaient au point la recette d’un vaccin à ARNm en collaboration avec une société pharmaceutique du Massachusetts, Moderna. Un an plus tard, Dolly Parton a eu l’occasion de « goûter à sa propre médecine » en recevant son vaccin Moderna, administré par le DAbumrad. Elle a même chanté quelques notes de son succès Jolene en remplaçant le nom par vaccine

Regardez la vidéo de Dolly Parton sur le vaccin de Moderna (en anglais)

Allocation au Québec des vaccins, semaine du 21 au 27 juin

Pfizer : 546 000

Moderna : 1 494 920

Couverture vaccinale de la 1re dose selon le vaccin au Canada

Pfizer : 47 % (17 815 261)

Moderna : 12 % (4 419 453)

AstraZeneca (Covishield) : 5 % (2 075 423)

Source : gouvernement du Canada