(Ottawa) Ne remplissez pas le coffre arrière de la voiture avec tout le nécessaire pour un séjour à la plage au Maine. En dépit des pressions exercées par le milieu des affaires, et malgré la diminution du nombre de cas de COVID-19 de part et d’autre de la frontière entre le Canada et les États-Unis, celle-ci ne rouvrira pas le 21 juin.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Plusieurs sources gouvernementales ont confirmé à La Presse que l’heure n’est pas à un tel assouplissement. Même si la campagne de vaccination va rondement. Même si des maires de villes frontalières du Canada et des sénateurs américains réclament à cor et à cri la réouverture de la frontière.

Le premier ministre Justin Trudeau en a brièvement discuté avec le président des États-Unis, Joe Biden, en marge du Sommet du G7, au Royaume-Uni. De cet échange entre les deux hommes, rien n’a filtré. Mais à Ottawa, l’affaire est entendue : « Il n’y aura pas de changement à la frontière », a confié une source haut placée qui a requis l’anonymat.

Le gouvernement devrait plutôt fournir, au cours des prochains jours, des détails sur les allègements que l’on a fait miroiter pour les citoyens et résidents permanents canadiens adéquatement vaccinés en ce qui a trait à l’obligation de quarantaine à l’hôtel – on vise la levée de cette mesure au début du mois de juillet.

Il fallait d’ailleurs lire dans les feuilles de thé : Ottawa préconise une approche prudente. « C’est le signal qu’on a envoyé avec cette annonce », a soutenu une autre source gouvernementale – le signal étant qu’on n’est pas prêt à ouvrir les vannes au tourisme international.

PHOTO KENZO TRIBOUILLARD, AGENCE FRANCE-PRESSE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

D’autant que le premier ministre du Canada a déjà manifesté peu d’empressement à lever les restrictions à la frontière, établissant à 75 % le seuil de vaccination complète à atteindre dans l’ensemble de la population pour envisager un déblocage à la frontière. On en est à moins de 15 % à l’heure actuelle au pays.

La frontière terrestre entre le Canada et les États-Unis est fermée depuis le 21 mars 2020 aux voyages non essentiels, en vertu d’une entente conjointe qui est renouvelable chaque mois. Dans un sondage publié par la firme Angus Reid il y a trois semaines, près de la moitié des participants exprimaient le souhait qu’elle reste fermée jusqu’à l’automne (27 %) ou jusqu’à la fin de l’année (21 %).

Legault « pas opposé » à une réouverture en juin

Le premier ministre Trudeau doit aborder l’enjeu avec ses homologues des provinces et des territoires, ce jeudi. À Québec, le gouvernement de François Legault n’est pas contre la réouverture de la frontière, a souligné mercredi l’attaché de presse du premier ministre, Ewan Sauves.

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François Legault, premier ministre du Québec

« Ça fait plus d’un an que la frontière terrestre avec les États-Unis est fermée, hormis quelques exceptions. On comprend que pour plusieurs entreprises, certains États et différents groupes, ça commence à faire long », a-t-il écrit dans un courriel envoyé à La Presse.

M. Legault n’est pas opposé à une réouverture de la frontière, mais celle-ci doit se faire [en fonction de] règles précises. M. Trudeau a évoqué le fait d’avoir deux doses. On est d’accord. On a encore des discussions avec le gouvernement fédéral.

Ewan Sauves, attaché de presse du premier ministre François Legault

Du côté de l’Ontario, où la pression de la part des maires de Windsor, Cornwall ou Sault Ste. Marie – qui partagent tous une frontière avec les États-Unis – est très forte, le cabinet du premier ministre Doug Ford s’est contenté de réitérer deux requêtes faites dans une lettre transmise au fédéral le 3 juin dernier, en prévision du Sommet du G7.

On s’attend ainsi d’Ottawa qu’il « permette des arrivées internationales sûres pour les voyageurs entièrement vaccinés » et « mette en œuvre une politique de quarantaine efficace et appliquée pour ceux qui ne sont pas vaccinés », a rappelé mercredi la porte-parole Ivana Yelich.

Sur la scène fédérale, plusieurs députés du Parti conservateur ont exigé que la frontière soit rouverte. De manière officielle, au parti, on demande d’« articuler les paramètres qui seront utilisés » pour permettre au secteur aérien et à l’industrie touristique de « reprendre leurs activités en toute sécurité ».

Le Bloc québécois « est ouvert à certains assouplissements, comme dans le cas des voyageurs qui auraient reçu leurs deux doses de vaccin contre la COVID-19 », arguant que « l’enjeu principal, c’est de s’assurer que la réouverture se fasse de manière sécuritaire et avec l’accord de la Santé publique québécoise ».

Dans le camp néo-démocrate, on estime que « c’est au gouvernement de faire preuve de leadership sur cet enjeu et d’éclaircir sa position sur la question » et que « dans tous les cas, ce sont les conseils de la Santé publique qui devront guider sa décision ».

« Trop timide », le gouvernement ?

Un peu plus tôt cette semaine, la Table ronde canadienne du voyage et du tourisme, dont fait partie le président de la Chambre de commerce du Canada, Perrin Beatty, a de nouveau déploré l’absence de plan détaillé pour la réouverture de la frontière canado-américaine.

Selon lui, le gouvernement Trudeau tarde à adapter ses politiques à la réalité, alors qu’il serait temps d’envisager d’ouvrir nos frontières aux touristes qui sont pleinement vaccinés, comme d’autres pays s’apprêtent à le faire.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Perrin Beatty, président de la Chambre de commerce du Canada

« La COVID ne reconnaît pas les passeports. Mais la COVID reconnaît quelqu’un qui a été pleinement vacciné », a imagé M. Beatty dans une entrevue avec La Presse mercredi soir.

« Le gouvernement fédéral s’est montré trop timide jusqu’ici concernant la réouverture de la frontière. De toute évidence, il est plus facile de fermer la frontière que de la rouvrir. Il n’y a pas de stratégie cohérente en ce moment. »

Il a ajouté que sans touristes étrangers, les centres-villes de Montréal, de Toronto et d’autres grandes métropoles du pays continueront de souffrir au cours des prochains mois.