Le Stade de soccer de Montréal, réquisitionné d’urgence en janvier pour en faire un gigantesque centre de soins pour les sans-abri atteints de la COVID-19, est complètement désert depuis le mois de mars. Des parents qui craignent l’annulation des camps d’entraînement estivaux implorent les autorités de lui redonner sa vocation première : le soccer.

Tristan Péloquin
Tristan Péloquin La Presse

Les camps de jour d’environ 135 enfants risquent d’être annulés d’ici quelques jours si les autorités sanitaires ne libèrent pas les installations. Les activités habituelles de l’Association régionale de soccer Concordia, auxquelles participent environ 500 enfants, sont aussi en péril, selon l’organisme. « La situation est non justifiée et inexplicable », tonne son directeur général, Stéphane Clémentoni. « En raison de la pandémie, nous avions accepté de jouer le jeu et de libérer l’espace en janvier pour les besoins de la Santé publique. Mais là, il n’y a plus un seul sans-abri ici depuis la fin du mois de mars, se désole-t-il. Nous avons été plus que patients. »

« À deux semaines du début des camps d’été, c’est irréaliste de demander aux parents de se trouver un autre camp de jour si les activités doivent être annulées », déplore Marie-Josée Pineda, mère de deux filles qui s’entraînent dans les installations de l’avenue Papineau, au nord de l’autoroute 40.

La pandémie a eu des effets sur la santé mentale et physique des enfants. Maintenant que la situation s’améliore, il faut les faire bouger, c’est prioritaire.

Marie-Josée Pineda, mère de deux filles qui s’entraînent au Stade de soccer de Montréal

Propriété de la Ville de Montréal, le stade s’était transformé à la vitesse de l’éclair en un centre d’isolement de fortune pour les sans-abri atteints de la COVID-19, au retour des Fêtes, alors qu’une éclosion de près de 200 cas frappait les personnes itinérantes. Le CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal, en collaboration avec la Croix-Rouge et le ministère de la Sécurité publique, l’avait réquisitionné et avait investi toute la surface de jeu, déchargeant des caisses d’équipement nécessaires aux soins des personnes vulnérables. Cinq groupes d’élèves du secondaire inscrits qui utilisaient le stade dans le cadre d’un programme de sport-études avaient dû être relogés à la dernière minute au Centre Claude-Robillard, situé à quelques centaines de mètres de là.

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La surface de jeu extérieure du Stade de soccer de Montréal

Même la surface de jeu extérieure avait été réclamée pour des raisons sanitaires.

Mais cinq mois plus tard, il n’y a pas un chat dans l’édifice vitré. L’endroit est officiellement en « dormance ». On n’y aperçoit que des rangées de cabines blanches vides, ainsi que quelques chaises inoccupées disposées en rangée devant un écran géant.

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Des rangées de cabines vides au Stade de soccer de Montréal

Discussions en cours

Selon nos informations, la Ville de Montréal, le CIUSSS et les autres partenaires ont entamé des discussions pour démanteler l’installation temporaire et la rendre aux activités sportives. Aucune date précise n’a cependant été fixée pour le retour à la normale. « Nous comprenons les préoccupations des parents, mais nous sommes toujours en pandémie. Personne ne peut nous blâmer d’être prudents », a justifié le porte-parole du CIUSSS, Jean-Nicolas Aubé.

« Nous comprenons que les familles et les jeunes ont besoin de flexibilité et de prévisibilité pour planifier leurs activités sportives et estivales, et nous espérons pouvoir confirmer bientôt la date de reprise des activités régulières du stade », a pour sa part indiqué le cabinet de la mairesse Valérie Plante.

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Le Stade de soccer de Montréal

Après l’éclosion de l’hiver dernier, la propagation du virus parmi les personnes en itinérance se résorbe comme dans le reste de la population. Plusieurs cliniques ambulantes de vaccination ont été organisées pour rejoindre cette partie de la population, avec un succès certain. La Mission Bon Accueil s’apprête par ailleurs à fermer le refuge de 250 places mis sur pied en octobre dernier.

« Les enfants ont été résilients depuis le début de la pandémie. Ils ont été chanceux de pouvoir continuer à s’entraîner [au Centre Claude-Robillard] depuis janvier, mais là, il est temps que les choses reviennent à la normale. On ne veut pas se faire couper l’herbe sous le pied », espère Jean-Marc Legault, père d’une élève du programme sport-études qui s’entraîne au Stade de soccer de Montréal.