Il faudra attendre un mois de plus pour célébrer le « Freedom Day » au Royaume-Uni : face à la montée du variant Delta, le premier ministre Boris Johnson a annoncé lundi que la réouverture totale du pays, prévue pour le 21 juin, est reportée au 19 juillet.

Judith Lachapelle
Judith Lachapelle La Presse

La décision permettra de donner du « temps supplémentaire nécessaire » au système de santé pour contrer ce variant initialement apparu en Inde. Du temps, notamment, pour donner deux doses de vaccin aux deux tiers des adultes, dont tous les Britanniques de plus de 50 ans, d’ici au 19 juillet. Actuellement, près de 80 % des adultes ont reçu une dose et 57 %, deux doses. « Nous avons l’occasion, au cours des quatre prochaines semaines, de sauver des milliers de vies en vaccinant des millions de personnes de plus », a dit le premier ministre Johnson.

Car les études ont montré que les deux doses de vaccin sont nécessaires pour se protéger efficacement du variant Delta. Dans une étude publiée lundi, les autorités de santé publique anglaises (Public Health England) ont dévoilé d’autres résultats à ce sujet. En investiguant les cas de 14 000 personnes qui ont reçu un test de dépistage positif à la COVID-19 entre avril et juin (le variant Delta représente maintenant 96 % des nouveaux cas au Royaume-Uni), les chercheurs ont évalué que les vaccins de Pfizer et d’AstraZeneca préviennent 90 % des hospitalisations chez les personnes qui avaient reçu les deux doses.

« On sait que les trois vaccins utilisés au Canada, Pfizer, Moderna et AstraZeneca, sont efficaces contre le variant Delta », dit le DDonald Vinh, infectiologue-microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill. Le Royaume-Uni, lui, utilise deux des trois vaccins – le vaccin Moderna n’y est pas distribué.

Même si le vaccin d’AstraZeneca est un peu moins efficace que celui de Pfizer contre le variant Delta après une seule dose, le DVinh réfute l’hypothèse que ce soit le recours à ce vaccin au Royaume-Uni qui soit à l’origine de la montée des cas. « La situation en Grande-Bretagne n’est pas une conséquence de l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca. Au contraire, c’est la conséquence de ne pas utiliser de vaccin du tout. »

Les éclosions au Royaume-Uni ont surtout touché des personnes qui n’étaient pas complètement immunisées – soit qu’elles n’avaient qu’une seule dose, soit qu’elles n’avaient pas été vaccinées du tout.

Le DDonald Vinh, infectiologue-microbiologiste au Centre universitaire de santé McGill

De fait, les données montrent que 70 % des patients britanniques actuellement hospitalisés en raison de la COVID-19 sont âgés de moins de 65 ans. Un « renversement complet » du portrait qui avait cours durant la première vague, a noté lundi le responsable anglais de la santé publique, Chris Whitty.

Pour quelle raison ? Les plus de 65 ans, eux, ont reçu leurs deux doses de vaccin.

Attendre, ou non, sa deuxième dose

Comme au Québec, le délai entre les deux doses de vaccin en Grande-Bretagne vient d’être raccourci à huit semaines. Près de la moitié des Britanniques ont reçu deux doses de vaccin. Par contre, les Canadiens (et les Québécois) sont désormais proportionnellement plus nombreux que les Britanniques à avoir reçu une dose.

« Ce qui se passe au Royaume-Uni devrait être un avertissement très important pour nous », observe la chercheuse Nathalie Grandvaux, professeure au département de biochimie et médecine moléculaire de l’Université de Montréal.

« Pour le moment, tout est sur une lancée très positive et nous récoltons les fruits de mois d’efforts de la population et d’une réponse extrêmement positive à la vaccination », dit-elle. « Toutefois, nous sommes à un moment où nous déconfinons à très grande vitesse et où des activités intérieures sont à nouveau autorisées comme avec la réouverture des bars jusqu’à 2 h du matin. Cela arrive à un moment où la frontière avec l’Ontario rouvre aussi. Nous savons que le variant Delta, qui se transmet très vite chez les personnes non vaccinées et celles qui n’ont reçu qu’une seule dose, est présent dans d’autres provinces. »

En ce moment, avec 34 cas identifiés au Québec, le variant Delta est beaucoup moins présent que le variant Alpha (le variant dit britannique), avec 6789 cas identifiés.

La meilleure façon d’étouffer le virus, dit le DDonald Vinh, c’est « d’aller chercher sa deuxième dose lorsqu’elle devient disponible, peu importe le fabricant ». Il donne d’ailleurs ce conseil aux personnes qui ont reçu le vaccin d’AstraZeneca en première dose et qui songent à attendre l’accès à un vaccin à ARNm pour la seconde dose. « Si on attend quatre mois pour obtenir un autre vaccin, ça ralentira probablement la courbe de vaccination et cette lacune peut laisser le temps au variant de s’installer », dit-il.

Des vaccinés contaminés par le variant Delta en Alberta

Une éclosion dans une aile d’un hôpital de Calgary la semaine dernière a permis d’identifier 22 personnes (patients et membres du personnel) ayant reçu un test de dépistage positif au variant Delta auquel ils ont été exposés à l’hôpital. De ce nombre, huit personnes avaient reçu une dose de vaccin et 11 personnes (dont cinq employés) avaient reçu deux doses. Cependant, une seule personne de tout le groupe a dû être hospitalisée en raison de la COVID-19 – toutes les autres ont souffert de symptômes légers. Pour la cheffe médicale de l’Alberta, le DDeena Hinshaw, il s’agit d’un rappel que les vaccins « ne nous rendent pas invincibles ». « Même si aucun vaccin ne prévient 100 % de toutes les maladies, ces vaccins protègent très bien. »