La préparation du réseau de la santé québécois à la première vague de la pandémie de COVID-19 s’est concentrée essentiellement dans les hôpitaux, alors que les CHSLD ont reçu très peu d’attention, a expliqué le directeur régional de la santé publique de Laval, le DJean-Pierre Trépanier, mardi.

Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Une directive ministérielle envoyée à la mi-mars demandait d’ailleurs aux hôpitaux de la province de vider 80 % de leurs lits occupés par des patients en fin de soins actifs. Ces patients, souvent âgés, ont été dirigés en grand nombre vers des CHSLD. Au CHSLD Ste-Dorothée de Laval, 13 lits ont ainsi été ajoutés « pour accueillir entre autres des personnes qui venaient de la Cité de la Santé », a expliqué le PDG du CISSS de Laval, Christian Gagné.

Le DTrépanier et M. Gagné témoignaient mardi à l’Enquête publique du coroner sur le décès d’Anna Jose Maquet, survenu lors de la première vague de la pandémie au CHSLD Ste-Dorothée. Cette enquête s’inscrit dans le processus plus large d’enquête publique de la coroner Géhane Kamel, qui se penche sur les décès survenus en CHSLD au printemps 2020.

Dès janvier 2020, alors que la Chine rapportait 440 cas et 17 décès liés à une nouvelle maladie qu’on nommera plus tard COVID-19, les directeurs régionaux de santé publique du Québec se réunissaient avec les PDG d’établissements de santé de la province et le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS). Mais très peu d’information était disponible à ce moment, a souligné le DTrépanier.

Le 6 février, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) émettait des « Recommandations intérimaires sur les mesures de prévention et contrôle des infections pour les milieux de soins aigus ». Ce document, qui visait essentiellement les hôpitaux, mentionnait qu’il était « justifié de recommander des mesures plus strictes par précaution ».

Même si elle reconnaît qu’il est facile, avec le recul, de juger les actions commises à l’époque, la coroner Kamel s’est ouvertement questionnée mardi, à savoir pourquoi plus d’attention n’a pas été accordée dès ce moment aux CHSLD. « Quand je regarde ce document qui invite à la prudence […] j’ai de la difficulté à comprendre comment on n’a pas vu ça venir comme un train en CHSLD… »

Le CHSLD le plus endeuillé

Le DTrépanier affirme que les autorités de santé ont travaillé pendant plusieurs semaines à actualiser le « Plan de pandémie » qui avait servi en 2006 lors de la crise de grippe A H1N1. « Un an plus tard, ce qui me frappe, c’est qu’on fait très peu mention des CHSLD. Les CHSLD reviennent dans le document. Mais ce n’était pas sur la sellette », affirme le DTrépanier, qui souligne que malgré l’absence de directives à ce sujet, certains intervenants ont tout de même posé des actions préventives en CHSLD.

Directrice adjointe au programme Soutien à l’autonomie des personnes âgées au CISSS de Laval, Marie-France Jobin explique que le Québec a décidé de vider les hôpitaux en envoyant des patients vers les CHSLD en regardant ce qui se passait ailleurs dans le monde. En Europe et en Asie, les hôpitaux débordaient de patients atteints de la COVID. « Ce qu’on avait peut-être oublié de regarder, c’est qu’en Europe et en Asie, les hôpitaux étaient pleins, mais ils n’ont pas vraiment de CHSLD là-bas […] On a peut-être omis cette analyse-là », a expliqué Mme Jobin.

Le premier cas positif de COVID-19 au CHSLD Ste-Dorothée se déclarera le 25 mars 2020. Un résultat qui sera confirmé par fax à la santé publique de Laval. À partir de ce moment, les cas se répandent comme une traînée de poudre au CHSLD Ste-Dorothée, et dans plusieurs milieux de vie pour aînés de Laval. Durant la première vague de COVID-19, 1452 cas de COVID-19 et 613 décès seront confirmés dans 48 milieux de vie pour aînés de Laval. Le CHSLD Ste-Dorothée, qui a 253 places au permis, sera le CHSLD « le plus endeuillé du Québec » avec plus de 100 décès, note le DTrépanier.

En tout, 175 travailleurs ont dû être délestés et envoyés au CHSLD Ste-Dorothée pour prêter main-forte à l’établissement, qui affichait un taux d’absentéisme du personnel de 67 %.