Le dépistage chez les travailleurs essentiels sur leur lieu de travail à l’aide de prélèvements de salive est « sûr, acceptable et peu coûteux », conclut une étude menée par l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill (IR-CUSM).

Caroline Touzin
Caroline Touzin La Presse

La Presse avait suivi une équipe mobile de l’IR-CUSM dans des commerces essentiels l’hiver dernier. Sans attendre Québec, ces chercheurs, appuyés par des philanthropes, avaient pris le taureau par les cornes et lancé à Montréal-Nord un projet pilote de dépistage systématique de la COVID-19 visant les personnes les plus à risque.

Ce projet pilote montre que des tests de dépistage répétés dans un milieu aux prises avec une éclosion semblent permettre d’éliminer avec succès cette éclosion, explique Jonathon Campbell, chercheur principal de l’étude et boursier de recherches postdoctorales en épidémiologie.

PHOTO OLIVIER JEAN, ARCHIVES LA PRESSE

Jonathon Campbell, chercheur principal de l’étude sur la stratégie de dépistage systématique chez les travailleurs essentiels à l’Institut de recherche du Centre universitaire de santé McGill

Dans ce quartier durement frappé par la COVID-19, deux équipes mobiles ont ainsi visité 69 entreprises essentielles entre la fin janvier et la mi-mars pour tester les travailleurs qui n’avaient pas de symptômes apparents.

Cinq entreprises – trois fabricants ou fournisseurs et deux usines de transformation de viande – étaient en situation d’éclosion (2 cas et plus). Dans ces entreprises, 40 (4,4 %) des 917 participants étaient positifs au moment du test initial.

En revenant tester les travailleurs à plusieurs reprises après l’éclosion, on a pu éteindre de petits feux avant que ces feux se transforment en brasier.

Jonathon Campbell, chercheur principal de l’étude

En effet, les tests ont été répétés dans trois de ces entreprises sur une période de deux à trois semaines : 8 participants sur 350 (2,3 %) étaient positifs au deuxième test, et aucun n’était positif au troisième et au quatrième test (148 tests).

Aux yeux du chercheur, alors que la situation globale s’améliore au Québec, cela démontre que des ressources de dépistage devraient être allouées aux milieux de travail dès l’apparition des premiers cas.

Cette stratégie de dépistage pourrait faciliter la reprise tant attendue de nombreuses activités et aider à maintenir les lieux de travail ouverts en toute sécurité, compte tenu du fait que les lieux de travail demeurent le milieu où se produisent le plus d’éclosions, poursuit-il.

Comme les taux de vaccination restent faibles dans certains quartiers défavorisés de Montréal, où la transmission est également plus importante, cette stratégie de dépistage conserve toute sa pertinence, selon les chercheurs. La réouverture progressive augmentera le nombre de contacts et d’occasions de transmission, rappellent-ils. De plus, les variants demeurent une menace.

Simplicité du processus

Concernant l’allocation de ressources, cette stratégie de dépistage avec un prélèvement de salive comporte un avantage sur celle des prélèvements nasopharyngés : elle ne nécessite pas d’infirmière. Un argument important en faveur de cette méthode, croient les chercheurs, puisque le réseau de la santé s’arrache actuellement ces professionnelles en soins, déjà en nombre insuffisant.

Dans les entreprises visitées, la grande majorité des personnes asymptomatiques ont accepté de participer à l’étude (90 % des employés), possiblement en raison de la simplicité du processus (il suffit de cracher dans un gobelet). Les employeurs étaient aussi ravis puisque la stratégie n’altérait pas la productivité des employés, les tests étant réalisés sur place.

Preuve de la nécessité de trouver les asymptomatiques et de les isoler rapidement, les chercheurs ont obtenu 2 % de tests positifs (53 sur 2626 tests effectués). Ce sont des gens qui étaient au travail sans symptômes apparents et qui risquaient de transmettre le virus à d’autres.

Par personne, les coûts de cette stratégie sont évalués à 42,67 $ (34 $ pour le test RT-PCR et 8,67 $ pour les coûts), d’où la conclusion des chercheurs selon laquelle la méthode est « peu coûteuse ».

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on confirme avoir pris connaissance des résultats de l’étude. « Pour différentes raisons, ce sont les tests antigéniques qui ont été privilégiés au moment de l’implantation de l’arrêté ministériel 2021-024, notamment afin d’éviter d’engorger les laboratoires », explique la porte-parole du MSSS Marie-Hélène Émond. « Avec la vaccination en cours et le nombre de cas en baisse, il semble moins indiqué de lancer de nouvelles initiatives de dépistage, pour l’instant, poursuit Mme Émond. Il n’est cependant pas exclu de reconsidérer l’utilisation des tests rapides dans l’éventualité d’un rehaussement des cas, surtout dans des communautés où la couverture vaccinale serait sous-optimale. »