(Ottawa) Le gouvernement canadien devrait faire une croix sur la quarantaine obligatoire à l’hôtel pour les voyageurs aériens, tranche un comité mis sur pied par le fédéral.

Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse

« Le Comité recommande que l’obligation que les voyageurs doivent faire l’objet d’une mise en quarantaine [d’au plus trois jours] dans les établissements autorisés par le gouvernement soit abandonnée », est-il écrit dans un rapport rendu public jeudi.

L’approche actuelle n’est « pas appliquée de façon égale aux voyageurs par voie terrestre et aérienne », elle est « coûteuse à faire respecter », elle « offre aux voyageurs la possibilité de la contourner en payant une amende » et elle est « incohérente avec la période d’incubation du virus », énumère le comité en question.

Les voyageurs soumis à la quarantaine devraient tout de même continuer à présenter un plan de quarantaine « adéquat pour approbation et y adhérer », ajoute le Comité consultatif d’experts sur les tests et le dépistage de la COVID-19, qui a été mis sur pied en novembre 2020.

Et alors que les campagnes de vaccination progressent dans de nombreux pays, le groupe d’experts conseille qu’un système pour valider la preuve de vaccination des voyageurs qui entrent au Canada entre en vigueur « dès que possible ».

Car la progression de l’immunisation, au pays comme à l’étranger, est « susceptible d’augmenter le volume des déplacements », et « un nouvel équilibre englobant des exigences modifiées en matière de tests et de quarantaine devra être trouvé », relève-t-il.

Le comité ne voit pas la pertinence de se doter d’approches à la carte selon le pays d’arrivée, que ce soit pour les tests ou la quarantaine. En revanche, il juge qu’une « surveillance accrue » devrait être envisagée « pour les voyageurs arrivant de pays avec des nouveaux variants préoccupants ».

Dans ce rapport, qui a été discrètement dévoilé en fin d’après-midi, les experts font valoir que « les mesures frontalières doivent être simples, faciles à comprendre, équitables et tenir compte à la fois des avantages et des méfaits ».

On y préconise par ailleurs que les modifications aux mesures se fassent de façon progressive.

Les mesures « portent fruit », réplique le gouvernement

Le gouvernement de Justin Trudeau a implanté cette mesure à la fin du mois de février. Il faisait depuis des semaines face à d’importantes pressions, notamment du Québec et de l’Ontario, pour resserrer les mesures de contrôle à la frontière.

Dans un communiqué conjoint, la ministre de la Santé, Patty Hajdu, et son collègue à la Sécurité publique, Bill Blair, ont remercié le comité pour son travail. Mais ce faisant, ils ont cependant plaidé que « les données actuelles montrent que l’imposition de ces exigences porte ses fruits ».

« Le gouvernement du Canada poursuivra la surveillance et l’examen de toutes les données et preuves scientifiques connues pour décider des futures mesures relatives aux frontières et aux voyages, et fera preuve de prudence dans son approche, sans perdre de vue la santé et la sécurité des Canadiens », ont-ils soutenu.

Au cabinet du premier ministre François Legault, l’attaché de presse Ewan Sauves a affirmé que l’on prenait acte du constat du comité fédéral et signalé que « le comité d’immunisation du Québec et la Santé publique prendront le temps d’analyser la recommandation ».

L’opposition officielle à Ottawa exhorte depuis plusieurs semaines les libéraux à mettre fin à ce programme de quarantaine.

Celui-ci a connu certains ratés, en particulier dans ses débuts. Des reportages publiés dans les médias ont mis en lumière, par exemple, le peu de cas que certains établissements triés sur le volet faisaient des règles sanitaires.

Par ailleurs, il existait des échappatoires : certains préféraient payer une amende pouvant aller jusqu’à 3000 $ au lieu de séjourner dans un hôtel autorisé par le gouvernement fédéral ou dans une autre installation de quarantaine désignée.