La réouverture des terrasses et les BBQ entre amis s’annoncent sécuritaires, selon deux experts consultés par La Presse. Mais attachez vos masques ! Le port du couvre-visage et l’interdiction de tenir de grands rassemblements à l’intérieur sont là pour longtemps, prédisent-ils tout juste avant le dévoilement du plan de déconfinement, à 17 h ce mardi.

Émilie Bilodeau
Émilie Bilodeau La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

La reprise d’activités extérieures devrait faire partie des premières mesures sanitaires à être levées, estime Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, car elles représentent un plus faible risque de transmission de la COVID-19.

Le souhait de la mairesse de Montréal, Valérie Plante, de rouvrir les terrasses dès le début du mois de juin va également se concrétiser. Celles-ci vont rouvrir le 28 mai.

Les vacanciers qui ont l’intention de parcourir le Québec cet été pourraient fort bien eux aussi pousser un soupir de soulagement très prochainement, croit Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Actuellement, les déplacements interrégionaux sont non recommandés, voire interdits, selon le niveau d’alerte de chacune des régions.

L’été dernier, on se demandait si les Montréalais qui allaient en Gaspésie, ça allait être dramatique, si ça allait amener une transmission élevée. Ce qu’on a pu constater, c’est que oui, il peut y avoir de la transmission, mais pas à des niveaux élevés.

Le Dr Gaston De Serres, médecin-épidémiologiste de l’INSPQ

Les deux spécialistes consultés par La Presse espèrent que le plan de déconfinement prendra en considération non seulement le taux de personnes vaccinées, mais aussi la situation épidémiologique et la capacité hospitalière du Québec. Surtout, les deux prônent la prudence dans la levée des mesures.

La professeure Roxane Borgès Da Silva cite entre autres l’exemple des Seychelles où 60 % de la population est vaccinée (avec le vaccin chinois Sinopharm, moins efficace, pour la plupart) ; un confinement national vient toutefois d’être décrété à cause du nombre élevé d’éclosions.

Et à l’intérieur ?

Le retour des grands rassemblements intérieurs, tels qu’on les a connus avant la pandémie, n’est pas pour bientôt, estime également le DDe Serres. Celui-ci n’écarte pas la présentation de spectacles à l’intérieur cet été, mais ceux-ci devront se tenir à plusieurs conditions. « Le problème, c’est qu’il n’y a pas de données qui nous disent si on a tant de personnes par mètre carré, si on a tel niveau de ventilation, si les spectateurs portent un masque, s’ils respectent la distanciation, on obtient un risque X. Ce niveau de précision n’existe pas. Les décisions doivent être prises avec une spéculation sur les risques. »

De son côté, Mme Borgès Da Silva croit que le port du masque sera l’une des dernières mesures à être levées. « Je m’attends à ce que cette pratique entre dans les mœurs sociales. Et je m’attends à ce que ça reste obligatoire pour assez longtemps », affirme-t-elle.

Moins de cas

Le premier ministre François Legault présentera son plan de déconfinement alors que la COVID-19 continue de perdre du terrain au Québec et que tout près de la moitié de la population est vaccinée.

Les nouveaux cas de COVID-19 ont diminué de 17 % par rapport à la semaine précédente au Québec. On en a recensé en moyenne 720 par jour, contre 875 la semaine précédente.

La tendance à la baisse s’est fait sentir dans toutes les régions, à l’exception du Saguenay–Lac-Saint-Jean.

Régions les plus touchées présentement, le Bas-Saint-Laurent et Chaudière-Appalaches ont vu leur nombre de cas reculer de 24 % et 33 % respectivement. Seule région en hausse, le Saguenay–Lac-Saint-Jean a vu ses cas augmenter de 23 % depuis une semaine. Officiellement en zone orange, il affiche désormais 10 cas par 100 000 habitants, soit le seuil pour passer au niveau d’alerte rouge.

Quant à Montréal, l’île flirte depuis une dizaine de jours avec le seuil orange, mais n’a pas encore réussi à passer sous cette barre psychologique.

Hospitalisations en baisse

La baisse des cas s’est fait sentir dans les hospitalisations, qui ont continué à reculer. On recense présentement 501 personnes hospitalisées, dont 116 se trouvent aux soins intensifs. Il s’agit d’un recul de 8 % sur une semaine. La baisse est particulièrement forte chez les 40 à 79 ans, chez qui la troisième vague s’est fait principalement sentir. Davantage couverts par la vaccination, ceux-ci sont revenus à des niveaux d’hospitalisation observés en septembre, soit avant même le début de la deuxième vague.

Malgré la baisse des cas et des hospitalisations, le nombre de décès est demeuré stable cette semaine, à sept en moyenne par jour. L’essentiel des décès continue à survenir chez les 60 ans et plus. Les données de l’INSPQ montrent que, avant d’être infectés, la majorité d’entre eux vivaient à domicile et non pas en CHSLD ou en RPA.

La tendance à la baisse survient alors que tout près de la moitié des Québécois ont reçu au moins une première dose de vaccin contre la COVID-19. À ce jour, 48,4 % de la population a ainsi été vaccinée au moins une fois — et 2,9 % a reçu ses deux doses. Si on tient uniquement compte des adultes, la proportion grimpe à 59,5 %. De plus, 1 million de Québécois ont pris rendez-vous afin d’être vaccinés, soit 15 % des adultes.

La vaccination a continué à s’accélérer, alors que 615 000 doses ont été administrées la semaine dernière, soit tout près de 88 000 par jour en moyenne. Le Québec pourra maintenir la cadence puisqu’il prévoit recevoir pas moins de 1,3 million de doses cette semaine.

– Avec Philippe Teisceira-Lessard, La Presse