(Québec) Le gouvernement Legault donnera la priorité à la reprise d’activités à l’extérieur dans son plan de déconfinement, avec bientôt la fin du couvre-feu, l’autorisation de disputer des matchs de sport et la possibilité de recevoir de la visite dans sa cour. Les projections de la Santé publique montreraient que toutes les régions du Québec devraient graduellement virer au jaune d’ici un peu plus d’un mois, un seuil qui donne le feu vert aux rassemblements limités à l’extérieur comme à l’intérieur de la maison.

Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse
Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

C’est entre autres sur la base de ces projections que le premier ministre François Legault annoncera ce mardi, à 17 h, son plan de déconfinement visant un « retour graduel à la normale » au Québec.

Lundi, lors d’une conférence de presse sur le projet de tunnel Québec-Lévis, il s’est limité à dire que son plan de déconfinement sera « plus avantageux [pour cet été] que l’été passé, parce qu’on a la vaccination qui va bien et qu’on n’avait pas l’été passé. Mais il faut être prudents dans les prochaines semaines ».

Il y a un an presque jour pour jour, le 22 mai, les rassemblements à l’extérieur, dans la cour arrière de la maison par exemple, étaient autorisés à condition de respecter la limite de dix personnes d’un maximum de trois foyers différents et la distanciation physique de deux mètres. Québec a donné le feu vert aux rassemblements à l’intérieur entre le 15 et le 22 juin selon les régions, aux mêmes conditions.

À court terme, il y aura de bonnes nouvelles pour les régions de la Montérégie, de Lanaudière et des Laurentides, qui passeront en zone orange. Les salles à manger des restaurants pourront rouvrir, par exemple.

Graduel, mais rapide

La mairesse de Montréal, Valérie Plante, a observé lundi que la métropole « se rapproche vraiment de la ligne entre la zone orange et la zone rouge ». Elle a réitéré sa demande pour la réouverture des terrasses de restaurants en zone rouge le 1er juin ; Québec devrait annoncer que ce sera le 28 mai.

Les projections de la Santé publique permettent de croire à un déconfinement graduel, mais plutôt rapide.

Toutes les régions devraient graduellement passer en zone jaune d’ici un peu plus d’un mois, soit vers la fin de juin, selon ces prévisions, a indiqué une source anonyme qui n’avait pas l’autorisation de parler publiquement du dossier.

En zone jaune, le couvre-feu n’est plus en vigueur, alors que les rassemblements à domicile — à l’extérieur comme à l’intérieur — sont autorisés entre des personnes de deux adresses différentes.

Québec mettra fin au couvre-feu le 28 mai, sauf dans les régions où sont en vigueur les mesures spéciales d’urgence (rouge foncé), a indiqué TVA lundi soir.

De la maison au Centre Bell

François Legault a déjà signalé que son code de couleurs ne sera pas abandonné, mais il a laissé entendre que les mesures du plan de déconfinement viendraient y apporter des ajustements. Comme il l’a signalé lundi, il compte présenter un plan « complet » sur « ce qui va se passer dans les maisons », « ce qui va se passer au Centre Bell » et « ce qui va se passer dans notre vie en général ».

Ce plan tiendra compte à la fois de la progression de la vaccination et de la situation épidémiologique de chaque région. Dans les deux cas, la tendance générale est bonne.

Québec s’approche de son objectif de vacciner 75 % des adultes avec une première dose d’ici le 24 juin et d’administrer 500 000 deuxièmes doses — en priorité aux personnes âgées et aux travailleurs de la santé pour commencer. On frise maintenant les 60 % de la population adulte ayant reçu au moins une dose (49 % de la population totale) ; et près de 249 000 personnes ont reçu deux doses (3 % de la population).

Avec une moyenne quotidienne de 720 nouveaux cas de COVID-19 sur sept jours, le Québec enregistre une baisse des infections de 17 % par rapport à la semaine précédente. Les hospitalisations diminuent elles aussi.

Impatience dans la population

Avec la baisse des cas et la vaccination qui progresse rapidement, les Montréalais rencontrés lundi se disaient impatients d’entamer le déconfinement.

« L’ouverture des terrasses, c’est la chose la plus importante », s’est exclamée Aurélie Bailliache en riant, au parc Laurier. « En plus, ça libérerait de l’espace dans les parcs, parce qu’ils sont bondés », a renchéri son ami Romain Payan.

Les rassemblements dans les cours sont aussi fortement réclamés. « On se voit déjà de façon responsable dans les parcs, donc ce serait un poids de moins sur la conscience qu’on puisse se voir dans les cours », a dit Thomas Lussier.

PHOTO FRANÇOIS ROY, LA PRESSE

Alexandre Cabana et Thomas Lussier

Son ami Alexandre Cabana se réjouissait déjà à l’idée de retrouver sa famille dans la cour de ses parents, dans la couronne nord de Montréal. « Pour moi, aller faire un BBQ avec eux et manger en respectant la distanciation, ce serait le rêve. »

Assis un peu plus loin, Hélène et André profitaient du beau temps. « J’ai hâte de manger sur le balcon chez moi, en bonne compagnie. J’ai respecté les consignes depuis le début. Ça fait plus d’un an », a-t-elle lancé.

Avec l’arrivée du beau temps, les Montréalais rencontrés estimaient que c’était le bon moment pour abolir le couvre-feu. « Le couvre-feu, c’est une mesure d’urgence. Il a été utile. La preuve, c’est qu’en ce moment, quand on se compare à l’Ontario, on se console », a dit M. Cabana. Avec la hausse de la vaccination et la baisse des cas, il considère toutefois que cette mesure d’urgence n’a plus sa place et qu’elle devrait être retirée bientôt.

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Étienne Cerat et Camille Jutras

Camille Jutras est du même avis. « On a hâte aux terrasses et aux restaurants et de ne pas être stressés de rentrer avant le couvre-feu », a-t-elle affirmé. Son conjoint Étienne Cerat souhaite que les mesures soient allégées principalement pour les jeunes. « Il y a beaucoup plus de changements dans ta vie entre 19 et 21 ans qu’entre 47 et 49 ans. J’ai l’impression qu’on leur en enlève beaucoup aux jeunes en imposant un couvre-feu », a-t-il dit.

Selon Thomas Lussier et Alexandre Cabana, la prudence sera essentielle lors des allègements. « Tout le monde a hâte aux allègements, mais il faut que les gens soient respectueux », a rappelé M. Lussier. Il s’est dit confiant. « On est rendus à l’étape où on sait ce qu’on a à perdre avec les deux gros confinements qu’on a eus, donc je ne pense pas que le monde va agir en sans-génie. »

Jeanne Gendreau est convaincue que les Québécois respecteront les règles. « Je suis allée dans les théâtres et les cinémas et les gens sont très respectueux des normes », a-t-elle indiqué. Elle suppose que ce sera également le cas avec les nouvelles mesures.