La pandémie de COVID-19 a eu des effets considérables sur de multiples phénomènes démographiques, notamment une surmortalité, ainsi qu’une baisse des naissances et de l’immigration. Quels en seront les impacts à long terme ? Il est trop tôt pour le savoir, estiment les spécialistes, qui se font néanmoins rassurants pour la suite des choses.

Alice Girard-Bossé
Alice Girard-Bossé La Presse

74 550

Nombre de décès en 2020 (67 800 en 2019)

La pandémie de COVID-19 a eu une influence importante sur la mortalité. En 2020, le Québec a enregistré une hausse de 9 % des décès. En raison de la croissance et du vieillissement de la population, il est attendu que le nombre de décès augmente d’une année à l’autre, indique Chantal Girard, démographe à l’Institut de la statistique du Québec. Toutefois, l’augmentation de 2020 constitue une exception, puisque la hausse annuelle moyenne au cours de la dernière décennie était plutôt de 2 %.

INSTITUT DE LA STATISTIQUE DU QUÉBEC

Décès par semaine selon le groupe d’âge

L’augmentation des décès a été particulièrement marquée lors de la première vague de COVID-19. Entre le 22 mars et le 6 juin 2020, la province a enregistré une augmentation de 33 % des morts, toutes causes confondues. L’augmentation a été marquée à Montréal et à Laval, qui ont connu une hausse de 97 %. « Lors de la première vague, ç’a été une catastrophe, mais la deuxième et la troisième vague n’ont pas eu tant d’effet que ça », indique Richard Marcoux, professeur au département de sociologie de l’Université Laval et directeur de l’Observatoire démographique et statistique de l’espace francophone. De juin à octobre 2020, le nombre de décès a rejoint un niveau semblable à celui de 2019.

81 850

Nombre de naissances au Québec (84 309 en 2019)

Une baisse du nombre de naissances au Québec a commencé à se faire sentir à la fin de l’année 2020, soit neuf mois après le début de la pandémie. En effet, la majorité des bébés nés en 2020 ont été conçus avant la pandémie. « La littérature montre qu’en climat d’incertitude, on observe une baisse de la natalité. C’était le cas notamment lors de la crise économique de 2008 », indique Patrick Charbonneau, démographe à Statistique Canada. Les spécialistes s’attendent toutefois à une remontée de la fécondité, après la pandémie. « Ce qui est attendu, c’est une certaine baisse de la fécondité suivie d’un rattrapage. Les familles vont reporter leur projet d’avoir des enfants. On l’a vu dans le passé lors de guerres, d’épidémies ou de désastres naturels », soutient Patrice Dion, démographe à Statistique Canada.

11 350

Nombre de mariages en 2020 (22 250 en 2019)

Le nombre de mariages au Québec a diminué de moitié entre 2019 et 2020. Selon Mme Girard, la diminution des mariages pourrait en partie expliquer la diminution des naissances dans la dernière année. « Dans certains groupes de population, les mariages sont liés aux naissances, parce qu’ils sont considérés comme la première étape avant de fonder une famille », dit-elle. Par ailleurs, l’arrêt temporaire des services de procréation a probablement aussi eu un impact sur la diminution des naissances, ajoute la spécialiste.

25 223

Nombre d’immigrants admis au Québec en 2020 (40 565 en 2019)

La fermeture des frontières en raison de la pandémie a réduit de manière très importante les mouvements migratoires internationaux au Québec. En avril 2020, la province a enregistré une baisse de 94 % du nombre d’immigrants admis par rapport à 2019. En mai et juin 2020, la diminution a plutôt été de 60 %. « Les mouvements migratoires augmentent normalement d’année en année. En 2020, au contraire, ça a diminué et ça a eu un effet important sur le ralentissement de la croissance de la population », explique Mme Girard. La situation devrait toutefois revenir à la normale au cours des prochains mois. « Tout comme avec les naissances, on devrait avoir un rattrapage. On va probablement accueillir davantage d’immigrants dans l’année ou dans les années à venir », soutient M. Marcoux.

1916

Le Canada a atteint le plus faible taux d’accroissement démographique depuis 1916 en raison de la COVID-19

Les baisses des naissances et de l’immigration sont liées à un important ralentissement de la croissance de la population. En effet, le Canada a enregistré le plus faible taux d’accroissement démographique depuis 1916, soit pendant la Première Guerre mondiale. Des répercussions similaires ont été observées dans toutes les provinces canadiennes.

8 576 000

Population du Québec au 1er janvier 2021 (8 557 000 au 1er janvier 2020)

Entre le 1er janvier et le 1er juin 2020, le Québec a enregistré une augmentation de 17 900 habitants. Cette augmentation est trois fois plus faible que celle qui avait été enregistrée en 2019. « La croissance plus faible qu’on a observée en 2020 est davantage liée à la baisse de l’immigration internationale qu’à la hausse des décès », soutient M. Charbonneau. Un rattrapage dans les naissances et dans les mouvements migratoires au cours des prochains mois devrait engendrer un regain de croissance de la population, rappelle-t-il. « On s’attend donc à un certain retour à la normale », croit M. Dion.

Sources : Institut de la statistique du Québec et Statistique Canada