Au moins 104 des quelque 500 employés ont été infectés, contaminant chacun plusieurs personnes, avant que l’usine d’abattage et de transformation de porc duBreton à Rivière-du-Loup ne suspende ses activités pour 10 jours, jeudi. La Santé publique régionale se défend d’avoir trop tardé à intervenir.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Si on devait fermer chaque fois qu’il y a éclosion, toutes les entreprises auraient des difficultés impressionnantes. C’est ce qui fait qu’on a poursuivi notre évaluation », a plaidé le DSylvain Leduc, directeur de santé publique du Bas-Saint-Laurent, en point de presse jeudi.

Il ignore encore le nombre de cas secondaires engendrés par les 104 travailleurs infectés, « mais on sait qu’il y en a eu très certainement plusieurs par cas ».

Les Viandes duBreton a annoncé la fermeture temporaire de son usine en fin de soirée mercredi. La Santé publique a demandé cette fermeture et l’aurait imposée si elle n’avait pas eu la collaboration de l’entreprise, a précisé le DLeduc jeudi.

Le Syndicat des travailleuses et des travailleurs de Viandes du Breton affilié à la CSN s’est dit soulagé de la fermeture, tout en déplorant qu’elle n’ait pas eu lieu dimanche, comme il l’avait réclamé. « [Mercredi] encore en fin de journée, l’employeur prévoyait relancer l’abattage », a affirmé le président du syndicat, Yannick Morin, dans un communiqué jeudi. L’entreprise a fait savoir qu’elle ne donnerait pas d’entrevue.

La suspension du seul abattoir québécois pour les porcs certifiés biologiques obligera des producteurs à garder leurs animaux plus longtemps à la ferme, prévoit les Éleveurs de porcs du Québec.

Le Bas-Saint-Laurent durement touché

Plus de la moitié des 47 cas ajoutés au bilan régional jeudi sont dans la municipalité régionale de comté (MRC) de Rivière-du-Loup, mais « il ne faut jamais oublier que les employés de cette entreprise n’habitent pas tous Rivière-du-Loup », a souligné le DLeduc.

À Rimouski, la Poissonnerie Doucet a dû fermer jusqu’au 22 mai après la détection de deux cas, dont la conjointe d’un employé de Viandes duBreton.

« C’est certain que nous sommes déçus », mais la petite entreprise familiale devait « s’assurer de pouvoir recommencer en santé », nous a indiqué Florence Doucet, qui a aussi contracté le coronavirus.

Avec 25 nouveaux cas pour 100 000 habitants, la tendance au Bas-Saint-Laurent est légèrement en baisse, mais la région demeure la plus touchée au Québec.

Il ne faut « pas penser que la situation épidémiologique est uniquement due à une entreprise », a prévenu le DLeduc, en mentionnant « plusieurs signalements » où « les mesures ne sont pas très bien respectées ».

Un bilan stable au Québec

Les 781 nouveaux cas recensés jeudi portent à 812 la moyenne quotidienne calculée sur sept jours. La tendance est ainsi à la baisse de 13 % sur une semaine. Les cinq décès supplémentaires, eux, établissent la moyenne hebdomadaire à sept par jour.

Sur les cinq décès supplémentaires, deux sont survenus en Estrie. Les régions de la Capitale-Nationale, de Montréal et de la Montérégie déplorent un décès chacune. Au total, 11 017 personnes ont succombé aux complications liées au virus.

Dans le réseau de la santé, le nombre d’hospitalisations chute de 10 pour atteindre 520 patients. De ce nombre, 121 se trouvent aux soins intensifs, soit une baisse de cinq cas en 24 heures. L’Institut national d’excellence en santé et services sociaux (INESSS) a prévu jeudi, dans de nouvelles modélisations, que cette « diminution des nouvelles hospitalisations » se poursuivrait au cours des deux à trois prochaines semaines, tant à Montréal que dans le reste du Québec.

La situation continue à s’améliorer dans Chaudière-Appalaches, mais le nombre de cas reste élevé, soit 23 pour 100 000 habitants. Bien que Montréal ait peu ressenti l’impact de la troisième vague, le nombre de cas y est demeuré élevé tout l’hiver. Jeudi, l’île a vu son nombre de cas baisser à 10 pour 100 000 habitants. Il faut remonter à octobre pour voir un taux de contamination aussi bas dans la métropole.

De son côté, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) a rapporté 5534 cas de variants confirmés par séquençage jeudi, une hausse de 219 par rapport à la veille. Le taux de positivité aux quatre principaux variants qui sont sous surveillance est de 88,7 %. Enfin, mardi, le Québec a réalisé 37 619 tests de dépistage, un chiffre stable par rapport à la moyenne hebdomadaire.