Les Québécois pourront obtenir à partir du 13 mai une preuve électronique de vaccination contre la COVID-19. Mais plusieurs ont déjà une telle preuve numérique dans le Carnet santé gouvernemental, a constaté La Presse.

Ariane Krol
Ariane Krol La Presse

« À partir de jeudi prochain, le 13 mai, les gens qui ont déjà reçu une dose ou qui iront se faire vacciner vont recevoir graduellement un courriel demandant s’ils veulent recevoir la preuve électronique, le fameux code QR », a annoncé le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, en point de presse jeudi après-midi.

Pour ceux qui ont déjà été vaccinés, cette preuve sera fournie rétroactivement.

« À compter du 13 [mai], on va repasser tous les dossiers de façon électronique, a expliqué le ministre Dubé. Ça va suivre de peut-être une semaine parce qu’il faut tout mettre ça en branle. »

Pourtant, plusieurs Québécois ont déjà reçu une preuve électronique de leur première dose, sans en avoir été informés.

Après avoir été vacciné le mois dernier, Rémi Asselin est allé consulter son Carnet santé – le dossier gouvernemental en ligne contenant divers renseignements de santé (résultats de prélèvements et d’examens d’imagerie médicale, liste des médicaments, etc.) que chaque Québécois peut activer.

« J’ai regardé dans toutes les sections pour finalement me rendre compte que l’information était disponible dans la section Médicaments », raconte M. Asselin.

Date et lieu de l’injection, noms du vaccinateur et du produit, toutes les données de base confirmant l’administration de sa première dose y sont. D’autres lecteurs nous ont aussi indiqué que leur vaccin était inscrit dans leur Carnet santé.

Tous l’ont reçu en pharmacie.

CAPTURE D’ÉCRAN FOURNIE PAR UN PATIENT VACCINÉ EN PHARMACIE

Extrait d’un Carnet santé attestant de l’administration d’une première dose du vaccin de Moderna

C’est que, contrairement à la plupart des sites de vaccination qui, pour l’instant, remettent seulement un papier attestant de la première dose, les pharmacies enregistrent l’information dans les dossiers informatisés de leurs patients, afin de réclamer leurs honoraires à la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ).

« La journée où je vaccine le patient et où je fais la réclamation à Québec, ça s’importe dans son dossier de santé et lui peut le voir [dans son Carnet santé] », résume le président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP), Benoît Morin. « C’est automatique. »

Le dossier patient de la pharmacie communique l’information au Dossier santé Québec (DSQ, une vaste plateforme gouvernementale où sont conservés divers renseignements de santé de la population) qui, lui, alimente le Carnet santé du patient.

Un outil trop complexe

Pourquoi ne pas avoir inscrit les vaccins contre la COVID-19 de tous les Québécois dans leur Carnet santé ?

Interrogé cette semaine, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) s’est montré surpris que cela se fasse déjà pour une partie de la population.

« Je suis vraiment embêté avec ce cas de figure, car après avoir de nouveau vérifié auprès de la Santé publique, on m’explique qu’aucun vaccin n’est inscrit au Carnet santé du patient », nous a indiqué un porte-parole du MSSS, Robert Maranda.

« Actuellement, aucun lien informatique n’existe entre le Registre de vaccination et le Carnet santé », a expliqué M. Maranda.

Le Registre de vaccination du Québec est un autre système gouvernemental dans lequel tous les vaccins reçus par une personne au Québec doivent être consignés. Mais seuls des « intervenants du réseau de la santé », dont les médecins et les infirmières, peuvent le consulter.

Pour donner une preuve numérique aux citoyens, il faut « opérer une transformation numérique » des informations contenues dans le Registre, explique-t-on au MSSS.

En attendant, pourquoi ne pas avoir utilisé le Carnet alimenté par le DSQ (deux systèmes gérés par la RAMQ) pour que tous les Québécois aient une preuve numérique de leur première dose ?

Le Carnet santé, auquel il faut s’inscrire, est un outil trop complexe du point de vue administratif, nous a-t-on indiqué au cabinet du ministre Dubé. Le système de prise de rendez-vous pour la vaccination Clic Santé est simple, centralisé et accessible, fait valoir l’attachée de presse du ministre, Marjaurie Côté-Boileau. « C’est aussi un principe qu’on veut réutiliser dans notre preuve vaccinale qui sera numérisée. »

Pas un passeport vaccinal

Le code QR fourni comme preuve numérique au Québec ne jouera cependant pas le rôle de passeport vaccinal pour aller à l’étranger. Le gouvernement Trudeau réfléchit encore à la forme que pourrait prendre un tel document de voyage.

Et au Québec, le gouvernement Legault n’a pas encore déterminé qui pourra exiger le code QR comme preuve de vaccination. La Santé publique en est encore à évaluer encore les enjeux éthiques.

« On va être clairs sur les bons usages, tout comme sur les situations où ce sont de mauvais usages », a déclaré le DHoracio Arruda, directeur national de santé publique, jeudi. « Ça va se faire, le plus rapidement possible », a-t-il assuré.

700 000

Nombre de Québécois ayant activé leur Carnet santé. Pour s’inscrire : https://carnetsante.gouv.qc.ca/portail

1 million

Nombre de Québécois que l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires souhaite vacciner en pharmacie, soit 2 millions de doses.