Il n’existe pas d’étude scientifique exacte concernant la stratégie à mettre en place pour effectuer un plan de déconfinement efficace, prévient Karl Weiss, chef de la division des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal. N’empêche, ajoute le spécialiste, tracer une ligne d’arrivée même imparfaite est essentiel pour maintenir l’équilibre de l’adhésion aux mesures.

Coralie Laplante La Presse

« Peu importe la décision ou le plan qui va être posé, il y a une incertitude scientifique avec un certain risque, mais depuis le début de la pandémie, tout ce qu’on fait, c’est prendre des risques », évoque le médecin, qui a participé à une conférence présentée par la Chambre de commerce du Montréal métropolitain (CCMM).

Le premier ministre François Legault a annoncé jeudi matin vouloir présenter un plan de déconfinement estival avant le 24 juin. L’élu a affirmé vouloir s’inspirer de la planification de la Saskatchewan, qui est basée sur le taux de vaccination de la population. L’avis des experts est toutefois mitigé sur cette stratégie.

Pour le DWeiss, il s’agit cependant d’un bon plan. Il considère qu’il est important pour la population de comprendre qu’elle est aussi responsable du succès d’un déconfinement en respectant les mesures sanitaires. Il s’agit d’une responsabilité partagée entre le gouvernement et les individus de mettre un frein à la pandémie, comme aucun plan n’a une garantie de réussite, selon le spécialiste.

« Il y a des choix politiques en arrière de tout ça qui ne sont pas nécessairement scientifiques », a déclaré le médecin.

Pour le DWeiss, il est clair que la vaccination correspond à la sortie de crise. Cependant, il est impossible de prévoir précisément à quel taux de vaccination de la population il est possible de déconfiner certains secteurs d’activités. « C’est un équilibre difficile à trouver », ajoute le médecin.

Il faut toutefois conserver toutes les mesures sanitaires en vigueur malgré un déconfinement, jusqu’à ce que toute la population ait reçu deux doses de vaccin. « Tout le monde n’est pas égal devant la deuxième dose. Si vous êtes jeunes et en bonne santé, la probabilité que vous soyez protégé 14 jours après la première dose est élevée », énonce le médecin. Cependant, les groupes plus vulnérables doivent absolument recevoir deux doses pour être protégés adéquatement contre la COVID-19.

Karl Weiss précise qu’il est adéquat de commencer le déconfinement avant l’injection des deux doses à toute la population en respectant les consignes sanitaires. Les tranches d’âge plus âgées sont davantage vaccinées actuellement, ce qui change la donne. En date du 6 mai, plus de 92 % des Québécois de 70 ans et plus qui ont été vaccinés au moins une fois.

« Mille cas chez les gens de 70 ans dans les CHSLD, c’est beaucoup, car beaucoup risquent d’aller aux soins intensifs et d’être malades. Mais 1000 cas dont la majorité est entre 0 et 29 ans, ce n’est pas la même chose », déclare le médecin.

Ce sont 3,4 millions de doses de vaccins qui ont d’ailleurs été administrées au Québec en date de jeudi, selon la Santé publique.

Apprendre… pour la prochaine pandémie

« Au Canada, on a été long à partir sur la ligne de départ, parce que la capacité à obtenir des vaccins a été très compliquée », a précisé le DWeiss. La vaccination est cependant la seule façon de revenir à la vie normale, selon le spécialiste.

Toutefois, « on n’est pas encore sorti du bois », alors que plus d’un milliard de doses ont été administrées dans le monde à ce jour, sur les 8 milliards d’habitants de la planète, évoque-t-il.

Karl Weiss déplore également que le gouvernement ait « manqué le virage des tests rapides ». Il considère que même si ce type de dépistage est moins efficace que celui effectué dans les hôpitaux, « les tests rapides auraient dû être utilisés de façon beaucoup plus rapide au niveau des provinces ».

Pour le médecin, il est inévitable que d’autres pandémies surviennent dans le futur. C’est pourquoi il croit qu’il faut apprendre de celle-ci, pour affronter efficacement les suivantes.

Le Dr Weiss, aussi professeur de médecine à l’Université McGill, a côtoyé la COVID-19 de près. Pour mieux se préparer à la prochaine crise sanitaire, le médecin s’attarde notamment à la création d’un Centre d’excellence en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif, comme l'avait rapporté La Presse en mars dernier. Une campagne de financement pour réaliser ce projet est toujours en cours pour atteindre l’objectif de 7,5 millions de dollars nécessaires.