C’est à Montréal que le taux de vaccination est le moins élevé dans la province, et ce, malgré le nombre élevé de doses administrées sur l’île. La forte mobilité urbaine de la région et l’âge médian de sa population sont des pistes d’explication, selon des spécialistes.

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Pierre-André Normandin Pierre-André Normandin
La Presse

Dans la course au vaccin, l’île de Montréal n’a pas conservé sa longueur d’avance bien longtemps. Des données fournies par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) permettent de constater que 617 000 Montréalais ont reçu au moins une première dose de vaccin, soit 29,9 % de la population de la métropole. C’est nettement en deçà de la moyenne provinciale de 35,2 %.

Pour Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, il est urgent de rediriger les doses du vaccin contre la COVID-19 vers la métropole. « C’est d’autant plus important que l’île de Montréal est à la charge de la région métropolitaine entière », indique Mme Borgès Da Silva.

Elle explique qu’en raison de la forte mobilité urbaine de la grande région de Montréal, les doses doivent combler les besoins non seulement de la population montréalaise, mais aussi de celle des banlieues nord et sud. Le MSSS rapporte que pas moins de 785 000 doses ont été administrées sur l’île. Ainsi, une dose sur cinq administrée sur l’île n’aurait pas été donnée à un Montréalais.

On peut penser que des travailleurs de la santé des établissements de Montréal ont pu être vaccinés dans l’établissement où ils travaillent à Montréal, mais ne vivent pas à Montréal.

Maryse Guay, professeure à la faculté de médecine et des sciences de la santé de l’Université de Sherbrooke

Les régions limitrophes de Montréal comptent nettement plus de personnes vaccinées que de doses administrées sur leur territoire. En Montérégie, un peu plus de 501 000 personnes sont vaccinées. Pourtant, les autorités sanitaires de la région rapportent avoir administré 466 000 doses. Des écarts similaires s’observent dans les Laurentides et dans Lanaudière. À noter, Laval compte pratiquement autant de personnes vaccinées que de doses administrées.

Une population plus jeune

Autre facteur en cause, l’âge médian de la population montréalaise est inférieur à celui de l’ensemble du Québec, ce qui pourrait expliquer en partie les disparités dans les couvertures vaccinales des différentes régions. À Montréal, l’âge médian est de 38,7 ans, contre 42,7 ans dans l’ensemble de la province, selon les dernières données de l’Institut de la statistique du Québec.

Il est souvent arrivé que les cliniques de vaccination à Montréal se retrouvent avec des plages libres, parce qu’il n’y avait plus de monde dans cette catégorie d’âge.

Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Plus tôt en avril, le MSSS avait redirigé quelques dizaines de milliers de doses de vaccin destinées à Montréal vers sept régions frappées de plein fouet par la troisième vague, dont l’Outaouais et la Capitale-Nationale. Mme Borgès Da Silva espère que le même raisonnement sera appliqué à la métropole, qui, à son tour, souffre d’un déficit de vaccination. « En ce moment, ce sont les Montréalais qui sont perdants », se désole-t-elle.

Au moment d’écrire ces lignes, le MSSS n’avait pas répondu aux questions de La Presse à ce propos.