Pas encore tenue, déjà dénoncée. La manifestation contre les mesures sanitaires qui doit se dérouler samedi au Stade olympique a été vivement dénoncée vendredi par des élus à Québec et à Ottawa. Le gouvernement Legault affirme notamment que des rendez-vous de vaccination devront être « condensés ».

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

« C’est extrêmement dommage. On respecte le droit de manifester, mais vacciner est la priorité. On continue les opérations », a indiqué sur Twitter le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Il affirme du même coup que « les rendez-vous ont été condensés avant 10 h et déplacés dans d’autres cliniques ». « Les équipes se sont réorganisées, car on a la capacité », assure le ministre Dubé.

Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, le porte-parole Christian Merciari affirme : « Le petit volume de vaccins disponibles samedi jumelé à la faible demande de rendez-vous nous a permis de concentrer nos rendez-vous en matinée et ainsi de nous ajuster au contexte entourant la manifestation. » Selon nos informations, la réorganisation concerne une cinquantaine de personnes. Aucun rendez-vous n’aurait été annulé ; on a plutôt proposé aux personnes de déplacer leur rendez-vous en matinée, ou d’aller ailleurs.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Mardi, l’Assemblée nationale a adopté à l’unanimité une motion en appelant « au sens des responsabilités » de tous et demandant que « le droit de manifester ne s’exerce pas à l’encontre du droit à la santé et la sécurité du personnel soignant et des usagers et usagères des centres de vaccination ». Elle a demandé que les citoyens exercent ce droit « dans le respect de toutes les mesures sanitaires en vigueur tel que recommandé par la Santé publique », selon le libellé de la motion.

Cette motion était une initiative du député d’Hochelaga-Maisonneuve Alexandre Leduc. Il a suggéré aux manifestants de se rendre ailleurs qu’au Stade. « Ça ne rend pas sécuritaires les environs pour les travailleuses et les travailleurs, pour les personnes qui veulent aller se faire vacciner. Ils ont le droit d’y aller en paix, en santé et en sécurité », a fait valoir l’élu de Québec solidaire. Il a ajouté que les organisateurs de la manifestation « se trompent de cible ».

Trudeau s’inquiète

En conférence de presse à Ottawa, le premier ministre Justin Trudeau a affiché sa déception par rapport à la tenue de cette manifestation, vendredi midi. « C’est profondément désolant de voir des gens réagir comme ça », a-t-il lâché. Le chef libéral ne s’est par ailleurs pas privé de souligner l’ironie de la chose.

PHOTO ADRIAN WYLD, LA PRESSE CANADIENNE

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Malheureusement, les gens qui se rassemblent pour manifester sont en train de contribuer à la prolongation de ces mesures de santé publique.

Justin Trudeau, premier ministre du Canada

Sur les réseaux sociaux, les organisateurs de la manifestation « Québec Debout » affirment que les mesures sanitaires sont « excessives et injustifiées ». « Nous demandons un retour à la vie normale. Le moment est venu de tous se lever en même temps pour créer un rassemblement historique et pacifique », disent-ils, promettant que d’autres marches auront lieu dans la province simultanément samedi. Sur la page Facebook des organisateurs, 12 600 personnes ont signifié leur intention de participer à la manifestation, alors que 18 100 autres se disent intéressées.

Le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) confirme qu’il sera sur place. « C’est sûr qu’il y aura une grande présence policière, affirme le porte-parole du corps policier, Jean-Pierre Brabant. Nos agents vont encadrer la manifestation pour s’assurer qu’il n’y ait pas de débordements ou d’actes criminels. »

La vaccination progresse

En ce qui a trait à la vaccination, 63 145 doses supplémentaires ont été administrées jeudi. De plus, 1369 doses données avant le 29 avril qui n’avaient pas encore été comptabilisées s’ajoutent. Au total, 3 104 026 personnes ont jusqu’ici reçu leur première dose, ce qui représente environ 35,2 % de la population québécoise. De plus, le Québec vient de franchir la barre des 1 % de la population ayant reçu deux doses. En effet, 85 858 personnes ont été vaccinées à deux reprises, principalement des résidants de CHSLD et des travailleurs de la santé.

Actuellement, le gouvernement Legault dispose d’une réserve d’environ 318 000 doses de vaccin. Dans un communiqué, le MSSS indique aussi que « 123 340 des 137 200 doses de Moderna attendues cette semaine ont été reçues [jeudi] ». « Aux 13 860 doses restantes s’ajouteront 100 autres doses en raison d’une erreur de livraison la semaine dernière. »

En date du vendredi 30 avril, l’Institut national de santé publique (INSPQ) recensait de son côté 3963 cas confirmés de variants par séquençage, une hausse de 370 par rapport à la veille. Les 1041 nouveaux cas rapportés vendredi marquent une stabilisation de la tendance après la baisse observée depuis deux semaines. Les 13 décès portent à 9 la moyenne quotidienne des décès. Sur les 13 décès rapportés vendredi, 4 sont survenus dans la région de la Capitale-Nationale, 3 à Montréal et 2 en Outaouais. Les régions de l’Estrie, de Chaudière-Appalaches, de Laval et de la Montérégie rapportent chacune un décès.

Avec 59 nouveaux cas, la tendance à la hausse continue au Bas-Saint-Laurent, où le gouvernement Legault a imposé de nouvelles mesures spéciales dès vendredi soir. La tendance est en hausse de 48 % par rapport à la semaine dernière. La région a le deuxième taux de propagation parmi les plus hauts (23,6 cas pour 100 000 habitants) et risque de dépasser Chaudière-Appalaches, dont le taux est en baisse.

On observe également une baisse de 31 hospitalisations, lesquelles repassent ainsi sous la barre des 600. Pour l’heure, 592 patients sont hospitalisés en raison de la COVID-19, dont 164 se trouvent toujours aux soins intensifs. Cela représente une baisse d’un cas en 24 heures à ce chapitre.

Avec Mélanie Marquis, Tristan Péloquin et Pierre-André Normandin, La Presse