(Québec) Le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, est d’avis qu’on « surestime » les avantages liés à l’utilisation d’un passeport vaccinal, qui pourrait donner aux personnes vaccinées un accès élargi à certains services. Si on en venait à donner le feu vert à un tel passeport, « ça serait dans une utilisation assez marginale », prévient-il.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Le DHoracio Arruda a manifesté mercredi peu d’enthousiasme à l’idée d’offrir aux Québécois vaccinés un passeport vaccinal. Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, a confié à la Santé publique le mandat d’évaluer cette option, et surtout de déterminer dans quel contexte cela pourrait être utilisé.

« Quant à l’utilisation d’un passeport qui nous permettrait d’avoir accès à certains services, on est en train de regarder les expériences internationales, et il y a énormément d’enjeux éthiques », a souligné le DArruda, interrogé par la députée libérale Marie Montpetit lors de l’étude des crédits. « Les avantages versus les inconvénients ne sont pas si élevés que ça », a-t-il poursuivi.

Le DArruda a fait savoir que « les orientations actuelles » de ses équipes ne tendaient pas à favoriser une importante utilisation d’un tel passeport numérique. « On s’enligne et on va suivre la littérature, suivre les données probantes s’il y en a, mais je pense qu’on surestime ce que ça peut faire et je pense qu’on sous-estime les effets pervers et tous les enjeux d’opérationnalisation [d’un passeport vaccinal] », a-t-il expliqué.

Sans fermer la porte complètement, il a indiqué que si on en venait à donner le feu vert à l’usage d’un passeport vaccinal, « ça serait dans une utilisation assez marginale ».

Le ministre Christian Dubé aura des discussions sur le sujet cette semaine, a-t-il fait savoir. Il a tenu à préciser que son intention était de doter les Québécois d’une « preuve digitale » qu’ils ont été vaccinés, notamment pour leur permettre de voyager si une preuve de cet ordre devenait requise pour visiter certains pays. À son avis, il est encore trop tôt pour spéculer sur une utilisation plus large. « On n’est pas rendus là », a-t-il dit.

Qualité de l’air : Arruda admet un « certain inconfort »

Le DHoracio Arruda a admis avoir ressenti un « certain inconfort » lorsque le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a affirmé au début du mois d’avril que le protocole des tests de qualité de l’air dans les écoles avait été approuvé par la Santé publique. Il était alors interrogé par le co-porte-parole de Québec solidaire Gabriel Nadeau-Dubois lors de l’étude des crédits.

« Il faut comprendre que la position de la Santé publique par rapport à toute la question de la ventilation s’est faite avec un comité tripartite d’experts […]. On n’était pas dans un champ où on avait toute l’expertise. Alors notre [avis] a été donné. Le choix a été fait peut-être différemment, de prendre certains commentaires et d’autres pas. […] Je ne sais pas jusqu’à quel point, et je n’ai pas fait cet exercice-là, le ministre était au courant ou qu’il a interprété que [le protocole] était approuvé », a-t-il expliqué.

Le DArruda a expliqué que son collègue le DRichard Massé et lui ont « parlé au sous-ministre de l’Éducation » à ce sujet. Il a dit avoir compris que « le message avait été ajusté » ensuite. Le DArruda a indiqué que les équipes de santé publique « ont commenté » le document soumis par le ministère de l’Éducation, mais « on n’a pas validé le document », a-t-il précisé.

Jean-François Roberge et le ministère de l’Éducation ont affirmé à plusieurs reprises que la Santé publique avait validé leur méthode pour échantillonner la qualité de l’air dans les classes. Or, des révélations faites par Radio-Canada démontrent le contraire. La Santé publique a commenté le protocole sans pour autant l’approuver. Les partis de l’opposition ont accusé le ministre Roberge d’avoir menti.