(Québec) Québec offre le vaccin d’AstraZeneca aux 45 ans et plus à compter de mercredi, mais il faut « se lever de bonne heure » pour espérer une dose du sérum. Et contrairement à ce qui était prévu, les personnes handicapées pourront finalement être vaccinées avant la population générale.

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Le Comité sur l’immunisation du Québec (CIQ) a recommandé une baisse de l’âge d’admissibilité au vaccin d’AstraZeneca, dont l’utilisation était suspendue jusqu’ici pour les moins de 55 ans, a confirmé le premier ministre François Legault mardi. L’avis du comité a été rendu public uniquement après la conférence de presse.

L’admissibilité à ce vaccin est fixée à 45 ans et plus. Or, lundi, l’Ontario, l’Alberta et le Manitoba ont décidé de l’offrir à partir de 40 ans.

Le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, a expliqué que le comité a arrêté son choix après avoir fait une « analyse en fonction des bénéfices et du potentiel de risque ». Il fallait aussi tenir compte du nombre de doses disponibles, a-t-il ajouté.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, LA PRESSE CANADIENNE

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Le Québec compte moins de 200 000 doses d’AstraZeneca, et aucune autre livraison n’est confirmée à ce jour. Il y a plus de 600 000 personnes âgées de 45 à 55 ans. Et c’est sans compter les 200 000 autres personnes plus âgées qui ont déjà accès à ce vaccin. « Levez-vous de bonne heure » pour obtenir une dose, a conseillé le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé. Le vaccin sera offert avec rendez-vous, mais aussi sans rendez-vous. « Il y aura des files d’attente », a-t-il prévenu.

Selon le président du CIQ, le DNicholas Brousseau, la décision de fixer l’âge à 45 ans et non à 40 ans, comme l’ont fait d’autres provinces, a été prise en fonction « des données spécifiques de la troisième vague » au Québec, comme le nombre de cas, les hospitalisations et les admissions aux soins intensifs.

C’est vraiment à 45 ans et plus que les avantages dépassaient de façon importante les risques liés au vaccin. Actuellement, c’est beaucoup des gens de 45, 50 et 60 ans qui sont aux soins intensifs.

Le DNicholas Brousseau, président du Comité sur l’immunisation du Québec

« La situation en Ontario et dans les Prairies, qui est pire que celle au Québec, peut expliquer pourquoi leurs analyses leur permettent de descendre à un âge plus bas », a nuancé le DBrousseau.

Il indique par ailleurs que le nombre de doses disponibles n’a pas « vraiment été un facteur de l’analyse » du comité. « À la suite de la suspension temporaire [de l’AstraZeneca aux 55 ans et moins], il était déjà prévu qu’on fasse cette analyse-là. […] On a vraiment pris la décision sur la base de l’analyse avantages-risques », a-t-il précisé. « Si le résultat avait été 50 ou 55 ans, on aurait choisi cet âge-là même s’il y avait des doses à écouler. »

« Dans le contexte épidémiologique actuel d’une troisième vague en croissance, le CIQ considère que les avantages de la vaccination chez les personnes de 45 ans et plus dépassent largement les risques de thrombose avec thrombocytopénie immunitaire vaccinale (VITT) et recommande l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca chez ces dernières », peut-on lire dans son avis. « Les personnes de ce groupe d’âge vivant avec une maladie chronique ont un risque plus important de complications de la COVID-19 et devraient être particulièrement encouragées à recevoir le vaccin. »

Priorité aux personnes handicapées

Jeudi, Québec élargira la catégorie des malades chroniques pour finalement donner la priorité aux personnes handicapées physiques ou intellectuelles dans la campagne de vaccination. Cette annonce à venir est rendue possible grâce aux doses supplémentaires de Pfizer attendues au début de mai, a expliqué Christian Dubé.

On va être capables de prioriser ces gens-là avant la population [générale].

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Il était en effet d’abord prévu que les personnes handicapées soient vaccinées en même temps que le reste de la population. La catégorie des malades chroniques a fait l’objet de bien des critiques puisque pour le moment, elle n’accorde une priorité qu’à des personnes jugées à très haut risque et soignées à l’hôpital.

Québec ne voit pas la nécessité d’accélérer le rythme de vaccination dans les CHSLD, les résidences pour aînés et les ressources intermédiaires, contrairement à l’avis de certains experts. « On va respecter notre échéancier à l’intérieur de 112 jours », a-t-il répondu. « Au plus tard le 8 mai, toutes les personnes des CHSLD vont avoir reçu leur deuxième dose, ce qui nous permet d’être à l’intérieur de nos délais, et, lorsqu’on aura terminé avec les CHSLD, à ce moment-là, on pourra passer dans les autres résidences. Mais on va respecter notre engagement, malgré le petit pépin qu’on a eu avec Moderna » et ses retards de livraison. Ceux qui ont reçu le vaccin de Moderna pourront recevoir une deuxième dose de Pfizer pour pallier la disponibilité réduite du sérum de Moderna et respecter le délai de 112 jours, a-t-il indiqué.

Au Parti libéral, la critique en santé Marie Montpetit s’est dit « préoccupée » de voir que le virus « se remet à circuler de nouveau dans les CHSLD ». « Le nombre de cas actifs a quadruplé depuis le début avril. […] Il est urgent que le gouvernement accélère l’administration de la deuxième dose », implore-t-elle.

« C’est déjà tard », affirme-t-elle aussi à propos de la date du 8 mai, fixée par le gouvernement comme date butoir pour avoir administré la deuxième dose dans tous les établissements. « Le temps que le vaccin fasse effet, ça voudrait dire encore plusieurs semaines avant que les aînés soient pleinement protégés. Pendant ce temps-là, les variants continuent de se propager », conclut Mme Montpetit.

LA VACCINATION POUR LES AUTOCHTONES S’OUVRE À MONTRÉAL

La vaccination des Autochtones vivant en milieu urbain s’amorce à Montréal. Trois sites seront ouverts pour « offrir un espace sécuritaire et adapté » à leurs besoins culturels. Les établissements de santé ont notamment collaboré avec Montréal Autochtone, le Centre de l’amitié autochtone de Montréal et le Réseau de la communauté autochtone à Montréal. Des services d’interprétariat et de l’accompagnement par les intervenants seront accessibles sur place. Les sites sont les suivants : le CEDA, le Centre de l’amitié autochtone de Montréal et l’Institut universitaire en santé mentale (pavillon Douglas Hall). Les services sont destinés exclusivement à la population autochtone et aux membres de leur famille. En permettant à toute la bulle familiale de se faire vacciner, on estime que les aînés hésiteront moins à le faire. Cette offensive menée en milieu urbain est déployée « dans le but d’assurer la même couverture vaccinale que celle déjà offerte dans plusieurs communautés autochtones de la province », souligne-t-on.

Fanny Lévesque, La Presse