Le nombre de cas actifs de COVID-19 en CHSLD a quadruplé depuis le début d’avril, passant de 30 à 125 au Québec. Préoccupés par cette hausse, des experts plaident pour que les CHSLD, les ressources intermédiaires et les résidences pour aînés reçoivent sans délai leur deuxième dose de vaccin.

Publié le 20 avr. 2021
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

« Il faut donner la deuxième dose dans les milieux où les aînés vivent en communauté. Ça presse », affirme le DRéjean Hébert, porte-parole du Collectif Action COVID-19.

Le gériatre Quoc Dinh Nguyen croit lui aussi que les deuxièmes doses doivent être données sans tarder dans ces milieux. Car plusieurs études ont démontré que la première dose est moins efficace chez les personnes de 80 ans et plus, explique-t-il.

PHOTO BERNARD BRAULT, ARCHIVES LA PRESSE

Le gériatre Quoc Dinh Nguyen

Ces jours-ci en Beauce, des CHSLD et des résidences pour aînés sont aux prises avec des éclosions de COVID-19. Les ressources intermédiaires ne sont également pas à l’abri du virus, même si les résidants y ont reçu une première dose du vaccin. Dans ces établissements, le nombre de cas actifs est passé de 4 à 50 depuis le début du mois au Québec, note le DNguyen.

En mêlée de presse lundi, le directeur national de santé publique du Québec, le DHoracio Arruda, a confirmé que des cas sont enregistrés dans les milieux de soins pour aînés actuellement. « Mais ce n’est absolument pas comparable à ce qu’on a vécu. Des gens font la maladie, mais ils n’ont pas besoin d’être hospitalisés », a-t-il dit, tout en ajoutant que ces milieux restent « à risque ».

Peut-être que les gens seront moins malades. Peut-être qu’ils mourront moins. Mais ça reste des gens très vulnérables. On reste inquiets.

La Dre Sophie Zhang, cofondatrice de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD

Le DHébert ajoute que des études ont montré que la protection contre la forme grave de la COVID-19 chez les personnes plus âgées et fragiles ayant reçu une dose de vaccin n’est pas aussi élevée que pour la population générale et pourrait même être de moins de 50 %.

Des retards de livraison qui inquiètent

Au départ, les fabricants de vaccins demandaient que le délai entre la première et la deuxième dose soit de 21 jours (Pfizer) ou de 28 jours (Moderna). Québec avait d’abord étiré à trois mois, puis a rajouté un mois de plus au début de mars, après une recommandation en ce sens du Comité consultatif national sur l’immunisation.

Les premières doses de vaccins en CHSLD ont été données en janvier dans la province. Dans les résidences pour aînés, ces doses ont été distribuées majoritairement en février. Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on affirme que l’administration des deuxièmes doses « est déjà débutée en CHSLD » et que le délai de 16 semaines entre les deux doses sera respecté. Mais pour les experts, ce délai devrait être raccourci dans tous les milieux d’hébergement pour aînés.

PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE

Le DRéjean Hébert, porte-parole du Collectif Action COVID-19

Il y a une bonne écoute pour les CHSLD. Mais on le souhaite aussi pour les gens en RPA.

Le DRéjean Hébert, porte-parole du Collectif Action COVID-19

Depuis le début du mois d’avril, des délais dans la livraison des vaccins de Moderna sont enregistrés au Canada. Ce vaccin a été administré en première dose dans certains CHSLD et RPA du Québec, et les délais de livraison actuels « retardent un peu le processus », constate le DHébert.

La Dre Zhang, qui travaille à Montréal, explique que l’administration des deuxièmes doses qui devait avoir lieu cette semaine dans son CHSLD a été repoussée. « J’espère que ce ne sera pas trop long », dit la Dre Zhang, qui prône une approche de « prévention ».

Selon le DHébert, il n’y a pas de raison d’attendre avant de distribuer les deuxièmes doses dans tous les milieux où vivent les aînés, ce qui demanderait environ 160 000 doses. « Ça retarderait la campagne de vaccination générale d’environ trois jours », dit-il.

Pour la Dre Zhang, si les délais continuent de s’accumuler avec le vaccin de Moderna, la Santé publique devrait aussi déterminer s’il ne serait pas souhaitable d’administrer une deuxième dose de vaccin Pfizer dans les CHSLD qui avaient reçu une première dose de Moderna, question de ne pas perdre de temps. « C’est urgent. On voit des cas apparaître », dit-elle.

Au ministère de la Santé, on affirme que des travaux sur l’interchangeabilité des vaccins sont en cours et que les résultats seront divulgués « lorsque disponibles ».

Avec la collaboration de Louise Leduc, La Presse