Des médecins ont réclamé vendredi la fermeture des écoles et le reconfinement du Grand Montréal dès maintenant, devant la hausse des cas et la propagation des variants dans la métropole. Le gouvernement Legault, lui, réitère que rien n'est exclu, mais qu'aucune décision n'est prise pour le moment.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Devant un variant du virus plus contagieux et plus virulent, il faut faire preuve de prudence. Freinons avant qu’il ne soit trop tard », a soutenu Dre Marie-Michelle Bellon, spécialiste en médecine interne affectée à l’unité COVID de l’Hôpital Notre-Dame, vendredi matin.

Le collectif COVID-STOP, dont elle fait partie, recommande la mise sur pause du Grand Montréal pour trois à quatre semaines. « Nous invitons le gouvernement à réinstaurer les mesures de confinement, y compris la fermeture des écoles, dans la grande région de Montréal », a indiqué le DAmir Khadir, microbiologiste-infectiologue à l’hôpital Pierre-Le Gardeur. Les spécialistes souhaitent « écourter la souffrance » que la métropole pourrait subir avec une troisième vague.

Mercredi, le premier ministre François Legault a annoncé le retour du couvre-feu à 20 h et la fermeture des écoles ainsi que des commerces non essentiels à Gatineau, Québec et Lévis. Les restaurants, les cinémas, les salons de coiffure, les salles de spectacles, les gyms et musées devront fermer leurs portes. Les écoles resteront fermées pendant 10 jours, jusqu’au 12 avril.

Selon le DKhadir, dix jours de confinement sont insuffisants. « Un mois, c’est le minimum la plupart du temps pour reprendre le contrôle », plaide-t-il.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Le DAmir Khadir

Québec en examen

Appelé à réagir vendredi, le cabinet du ministre de la Santé, Christian Dubé, a indiqué qu’il était toujours en réflexion à ce sujet. « Nous continuons de suivre la situation de près, notamment dans le Grand Montréal, avec les autorités de la Santé publique », a indiqué l’attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau, par écrit.

« Comme l’a dit le premier ministre mercredi soir et le ministre de la Santé lors de leur conférence de presse, on ne peut rien exclure », a-t-elle ajouté.

Deux de mes patientes ont été infectées par de très jeunes enfants via les garderies et ça, c’est complètement inhabituel. Avec la souche virale initiale, les jeunes étaient des mauvais vecteurs de transmission.

La Dre Marie-Michelle Bellon

Ce qu’il se passe à Toronto et en Europe nous amène à penser que le variant affecte une population plus jeune et que les présentations cliniques sont plus sévères, renchérit la Dre Bellon. « Lors de ma dernière garde, j’ai soigné une jeune femme de 34 ans sans antécédents médicaux pour une pneumonie COVID sévère. On a dû la garder hospitalisée quelques jours et lui administrer de l’oxygène par canule nasale et de la cortisone par la bouche. C’était la première fois que j’avais une jeune femme hospitalisée dans mes lits pour une pneumonie COVID », illustre-t-elle.

Les variants plus contagieux de la COVID-19 représentent désormais près de la moitié de tous les nouveaux cas rapportés quotidiennement. Dans son dernier bilan quotidien, l’INSPQ a indiqué avoir recensé 625 nouveaux cas de variants détectés par criblage, 49 % de tous les nouveaux cas rapportés jeudi. Le variant britannique est non seulement plus transmissible que les variants préexistantes du virus, mais a un risque de décès 61 % plus élevé, selon une étude publiée récemment dans la revue scientifique Nature.

Spécialiste des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif, le DMatthew Oughton appuie le collectif dans ses revendications. « Leur conseil est très sage, parce que la transmission de la COVID-19 peut souvent arriver très rapidement et, on le sait, peut devenir très difficile à contrôler. La meilleure arme qu’on a, c’est d’être proactif et de mettre des mesures en place tôt, plutôt que d’attendre que la transmission s’accélère », soutient-il en entrevue à La Presse.

« Si nous attendons trop, il sera déjà trop tard au moment où on verra une transmission plus forte. Il faut des restrictions avant le problème. Étant donné qu’on voit déjà des reconfinements à Québec, Gatineau ainsi Lévis – et que les variants sont déjà bien présents à Montréal – je pense que si nous ne faisons rien, nous pourrions être surpris », ajoute le médecin.

Réforme des règles sanitaires

Le groupe soutient qu’une réforme des règles sanitaires devra absolument être faite dans les prochaines semaines, afin de s’adapter aux nouvelles données concernant la transmission du virus dans les lieux clos et mal ventilés.

« Il y a une étude d’Harvard qui montre que 85 % de la contamination se fait par aérosols et 40 % à plus de deux mètres. Donc en ce moment, les règles qui sont établies dans les lieux de travail ne sont pas adéquates », indique Nancy Delagrave, physicienne et coordinatrice scientifique de COVID-Stop.

Afin d’y arriver, la spécialiste suggère d’équiper tous les lieux publics de capteurs de CO2 qui permettent d’indiquer la proportion d’air potentiellement contagieux. Ces capteurs sont déjà utilisés dans plusieurs pays européens. « C’est un petit investissement autour de 150 $ », dit-elle.