(Québec) Les « messages contradictoires » de François Legault les jours qui ont précédé le renforcement des mesures sanitaires ont miné la confiance des Québécois, estiment les partis de l’opposition. Tandis que Québec défendait sa gestion de la pandémie cette semaine, deux ministres se sont retrouvés au cœur de controverses, dont l’une a mené le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, à pousser un long cri jeudi au Salon bleu.

Hugo Pilon-Larose Hugo Pilon-Larose
La Presse

Le nouveau confinement à Québec, Lévis et Gatineau, annoncé mercredi par le premier ministre François Legault, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, et le directeur national de santé publique, le DHoracio Arruda, a fait l’objet des débats, jeudi, à la veille d’une pause parlementaire.

Les partis de l’opposition ont accusé le gouvernement d’avoir « détourné le regard » face à la menace que font peser les variants. Pire, ils ont affirmé que Québec avait mis « des lunettes roses » avant de reconfiner une partie de la province avec des « discours qui virevoltent comme une feuille au vent ». Ils exhortent toutefois les Québécois à respecter les consignes sanitaires.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Dominique Anglade, cheffe du Parti libéral du Québec

La cheffe libérale, Dominique Anglade, a affirmé que « rien n’excuse la gestion chaotique et les messages contradictoires » du premier ministre, qu’elle accuse d’avoir troqué ses habits de bon père de famille contre ceux d’homme « paternaliste » qui écarte l’avis d’experts.

« Aujourd’hui, la population ne comprend pas. On lui dit une chose et son contraire. […] Les gens sont sonnés parce qu’on leur a dit que tout le monde serait vacciné au 24 juin, qu’on est en train de résister [à la troisième vague], et du jour au lendemain, on envoie le message que c’est vraiment la panique à bord », a déploré Mme Anglade.

Un « faux sentiment de sécurité »

Le leader parlementaire de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s’est demandé à son tour « comment les gens sont censés adhérer aux mesures [sanitaires] avec un discours qui virevolte comme une feuille au vent ». Selon lui, le premier ministre Legault a « créé un faux sentiment de sécurité » en affirmant ces dernières semaines que le Québec résistait à la troisième vague.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Joël Arseneau, député du Parti québécois

Le gouvernement a soit fait fi des signaux qui étaient disponibles pour lui, pour plaire aux Québécois, pour continuer d’avoir un message positif, mais quelque part, il a favorisé un relâchement.

Joël Arseneau, député péquiste des Îles-de-la-Madeleine

À la période de questions, jeudi, le gouvernement n’a pas donné son consentement à une proposition du Parti libéral, et appuyée par les autres partis de l’opposition, pour tenir un débat d’urgence sur « la situation sanitaire au Québec [qui] s’est dégradée de façon alarmante ». Le président de l’Assemblée nationale, François Paradis, avait aussi exclu cette demande des libéraux en début de séance, justifiant sa décision par des règles de procédure.

Des débats difficiles

La semaine qui se termine a été rude pour le gouvernement. En plus de la crise sanitaire, la Coalition avenir Québec a perdu l’un de ses députés, Louis-Charles Thouin, qui s’est retiré du caucus caquiste puisqu’il est visé par une enquête de l’Unité permanente anticorruption (UPAC). Deux ministres se retrouvent aussi sur la sellette.

Jeudi, François Legault a réitéré sa confiance envers son ministre de l’Économie. Le Journal de Montréal rapportait plus tôt cette semaine que Pierre Fitzgibbon avait présenté en janvier 2019 le cofondateur de White Star Capital à François Legault. Or, M. Fitzgibbon est investisseur de ce fonds. Il s’est défendu de s’être placé en conflit d’intérêts.

PHOTO JACQUES BOISSINOT, ARCHIVES LA PRESSE CANADIENNE

Jean-François Roberge, ministre de l’Éducation

Puis c’était au tour du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, d’être la cible de critiques jeudi, alors que l’opposition l’a accusé d’avoir « menti » en affirmant que le protocole des tests de qualité de l’air dans les écoles avait été approuvé par la Santé publique. Les libéraux ont réclamé sa démission.

Selon Radio-Canada, Jean-François Roberge n’avait pas validé auprès de la Santé publique la méthode utilisée pour mesurer la qualité de l’air dans les classes en cette période de pandémie. Le diffuseur public a ajouté que la Direction générale de la santé publique avait dénoncé le fait que le gouvernement avait à tort affirmé qu’elle avait validé le protocole.

L’enjeu a suscité de vifs échanges à la période de questions. À un moment, la députée libérale Marwah Rizqy a souligné que M. Roberge était absent du Salon bleu, information qu’on ne peut dire en chambre, selon les règles parlementaires. Le leader du gouvernement, Simon Jolin-Barrette, a littéralement crié son mécontentement.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

Gabriel Nadeau-Dubois, leader parlementaire de Québec solidaire

« Heille, arrête de crier comme ça, Simon, tu ne peux pas faire ça, man ! », a rétorqué hors micro le leader de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois.

François Legault a ensuite affirmé sans détour qu’il faisait toujours confiance à son ministre, absent de la période de questions parce qu’il mène un sommet sur la réussite éducative à huis clos. Le premier ministre, talonné sur le sujet par le chef parlementaire péquiste Pascal Bérubé, a déposé des documents qui prouvent selon lui que M. Roberge et son cabinet ont consulté les experts en santé publique.

En fin de journée, le ministre de l’Éducation a publié sur Twitter de nouveaux documents qui montrent cette fois-ci des critiques formulées par un expert de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) sur le protocole des tests de qualité de l’air dans les écoles. Québec n’a pas modifié sa procédure en fonction de ces commentaires, contrairement à ce qu’a affirmé le gouvernement lors de la période de questions.