Le Comité d’éthique de l’Institut national de santé publique du Québec (CESP) s’est montré jeudi plutôt favorable à l’implantation d’un « passeport immunitaire » dans le contexte de la pandémie, soit une preuve de vaccination pour permettre l’accès à certaines activités.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Dans la balance, les bénéfices escomptés en termes de bienfaisance, de liberté et de solidarité sont légèrement plus importants que les inconvénients définis en termes d’équité, de respect de la vie privée et d’efficience dans les domaines du voyage et des activités de loisirs », estime l’organisme dans un rapport paru en fin de matinée.

Ainsi, un passeport immunitaire « basé sur un vaccin sûr et efficace et appliqué à certains secteurs d’activités précis serait justifiable en tant que mesure complémentaire et temporaire, permettant un retour plus rapide à la vie normale en attendant l’atteinte de l’immunité collective », martèlent également les experts du comité.

Néanmoins, le CESP affirme qu’il reste conscient « des taux d’efficacité et de protection contre la transmission variable des différents vaccins » et « de l’incertitude que représente pour l’instant les variants » en circulation. « Ces facteurs pourraient moduler l’appréciation de la bienfaisance attendue du [passeport], et de ses possibles champs d’application », note l’organisme, qui appelle les autorités à « statuer » sur ces enjeux avant d’aller de l’avant avec un passeport immunitaire.

De façon générale, ce type de passeport vaccinal « pourrait assurer une plus grande liberté de mouvement et d’action » à ses détenteurs, en les libérant des « contraintes liées à certaines mesures visant à lutter contre la pandémie », conclut le Conseil.

Un débat public

Fin février, le ministre de la Santé, Christian Dubé, avait suscité beaucoup de débats dans la population en annonçant que les Québécois pourraient avoir accès à une sorte de passeport numérique prouvant qu’ils ont bel et bien été vaccinés contre la COVID-19. M. Dubé avait aussi précisé que des équipes planchaient présentement sur ce projet à son ministère. « C’est évident qu’il faut le faire, a soutenu le ministre. Pour moi, un passeport vaccinal digital, c’est tout à fait normal. »

Jeudi, son cabinet a dit prendre acte de l’avis émis par le comité d’éthique de l’INSPQ, « qui mérite d’être évalué plus en profondeur ». « Nous avons demandé à la Santé publique de prendre position sur cet avis. Nous nous fierons à leur recommandation une fois émise, en temps et lieu. Déjà, soulignons que le Québec est bien outillé avec le registre de vaccination. Le ministre Christian Dubé a indiqué à maintes reprises son intention d’opérer une transformation numérique de la preuve de vaccination, tout simplement. Les travaux se poursuivent en ce sens », a indiqué l'attachée de presse, Marjaurie Côté-Boileau.

Rappelons que l'idée avait fait « sursauter » des membres des partis d’opposition, dont le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, pour qui l’idée d’un passeport vaccinal soulève de nombreuses questions éthiques et de discrimination. « Je trouve précipitée la certitude, ou en tout cas l’apparence de certitude qu’a le ministre de la Santé que ce serait une bonne chose », a-t-il déclaré à ce sujet.

À ce moment, le premier ministre du Canada, Justin Trudeau, était aussi demeuré prudent, indiquant simplement que son gouvernement allait « toujours écouter les experts ». « Je pense que c’est important de suivre les recommandations des experts à chaque étape ; il pourrait y avoir des conséquences néfastes pour avoir des bénéfices », a-t-il dit.