Est-ce que les enfants peuvent souffrir de la « COVID-19 longue », des séquelles de la maladie qui perdurent plus de six mois après le diagnostic ? C’est ce que croient quelques chercheurs. Un groupe de parents qui compte maintenant 2000 membres, dont certains au Canada, a été créé en Grande-Bretagne afin de militer pour de meilleurs services pour ces petits patients, et pour un accès aux vaccins.

Mathieu Perreault Mathieu Perreault
La Presse

Deux ou trois heures par jour

Depuis un an, Sammie McFarlane et sa fille Kitty, qui a 16 ans, n’arrivent pas à se débarrasser de la COVID-19. Mme McFarlane, qui habite le Dorset, au sud-ouest de Londres, ne parvient à donner qu’une ou deux heures de cours de Pilates en ligne par jour. Kitty est trop épuisée pour faire plus de deux ou trois heures d’école par jour. « Quand l’école était ouverte, Kitty y allait pour un ou deux cours, trois fois par semaine », dit Mme McFarlane, qui a fondé le groupe Long COVID-19 Kids pour convaincre la communauté médicale de la possibilité que des enfants souffrent de cette « COVID-19 longue » de plus en plus reconnue chez les adultes. « Nous avons un peu moins de 2000 enfants dans notre groupe, dont une trentaine du Canada. » La maladie initiale, il y a un an, n’a pas été très grave pour Mme McFarlane et sa fille, mais depuis, les maux de tête, étourdissements et palpitations ne cessent pas, tout comme une fatigue généralisée.

PHOTO FOURNIE PAR SAMMIE MCFARLANE

Kitty McFarlane, 16 ans, tient une affiche énumérant les symptômes qu’elle ressent, après sept mois de « COVID-19 longue ».

Pas de cas à Sainte-Justine

La spécialiste des maladies infectieuses Valérie Lamarre, du CHU Sainte-Justine, ne rapporte aucun cas de COVID-19 longue pédiatrique à l’hôpital. « Je pense que la COVID-19 a des effets très graves pour les enfants, en ce qui concerne la socialisation, la fréquentation de l’école et les activités sportives, dit la Dre Lamarre. Mais sur le plan physique, il semble y avoir moins d’impacts de la maladie comme telle. Pour ce qui est de la COVID-19 longue, il se peut que ce soit dû à l’anxiété généralisée durant la pandémie, ou alors chez les enfants qui ont bel et bien eu la COVID-19 sous une forme plus grave, des conséquences d’avoir passé beaucoup de temps alité. Les muscles fondent, on peut être étourdi un certain temps après la guérison. »

Une cinquantaine de patients

Le groupe Long COVID-19 Kids cite deux études sur une possible COVID-19 longue pédiatrique. La première décrit une cinquantaine de patients de l’hôpital Gemelli, à Rome, qui ont eu des symptômes pendant au moins quatre mois après un diagnostic de COVID-19. « Le cadre clinique de la COVID-19 longue chez les enfants est très similaire à celui des adultes », explique Danilo Buonsenso, de l’Université du Sacré-Cœur de Rome, qui est l’auteur principal de l’étude publiée sur le site de prépublication scientifique MedRxiv. « Problèmes de concentration, diminution des activités scolaires et sportives. Mais étant donné que la COVID-19 affecte généralement moins les enfants que les adultes, il se peut que le mécanisme de la COVID-19 longue soit différent chez les enfants. Mes hypothèses sont une réaction auto-immune du corps du patient, ou alors un réservoir viral qui subsiste, peut-être dans le système gastro-intestinal. » La Dre Lamarre note que l’étude n’a pas de groupe contrôle et que la clinique des adolescents de Sainte-Justine voit beaucoup d’adolescents n’ayant pas la COVID-19, mais ayant des symptômes similaires à ceux que décrit le DBuonsenso. « De l’anxiété, ça cause ce genre de symptômes, dit la Dre Lamarre. L’insomnie, très fréquente chez les jeunes que je vois en clinique, encore plus maintenant. Il ne faut pas oublier l’effet d’avoir été étiqueté comme positif, très mal vécu parfois, se sentir responsable d’isolement ou de maladie dans la famille, avoir été mis à l’écart de la famille. »

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

La Dre Valérie Lamarre, pédiatre infectiologue au CHU Sainte-Justine, croit qu’il faut bien démêler les symptômes qui pourraient être attribués à une forme longue de la maladie de ceux provoqués par l’anxiété due à la pandémie.

Controverse en Suède

L’autre étude citée par Long COVID-19 Kids, qui décrit cinq enfants ayant une fatigue généralisée plus de six mois après un diagnostic de COVID-19 et publiée dans la revue Acta Pediatrica, est signée par un pédiatre suédois récemment impliqué dans une controverse qui a décidé d’arrêter ses recherches sur la COVID-19. Jonas Ludvigsson, de l’Institut Karolinska, a publié début février dans le prestigieux New England Journal of Medicine (NEJM) une étude montrant que très peu de cas de COVID-19 grave tirent leur origine dans les écoles, tant chez les enfants que chez les enseignants. Le DLudvigsson a été attaqué par deux commentaires publiés dans la même édition du NEJM, qui l’accusaient de sous-estimer le rôle des écoles dans la transmission du coronavirus dans la population. Le pédiatre de Stockholm, qui a souvent défendu dans les médias la décision des autorités suédoises d’éviter le confinement, n’a pas voulu donner d’entrevue à La Presse, parce qu’il a décidé d’arrêter ses recherches sur la COVID-19 à cause de la controverse.

La COVID-19 pédiatrique en chiffres

43 % des 129 enfants de l’étude de Danilo Buonsenso avaient encore des symptômes plus de quatre mois après le diagnostic

19,1 % des cas de COVID-19 au Québec avaient moins de 20 ans

282 : nombre de patients de moins de 20 ans qui ont été hospitalisés au Québec pour la COVID-19

1 : nombre de décès de patients de moins de 20 ans de la COVID-19 au Québec

SOURCES : MedRxiv, INSPQ

Une version précédente de ce texte indiquait erronément qu'il n'y a eu aucun décès dû à la COVID-19 chez les moins de 20 ans au Québec.