Chez le personnel scolaire et les parents, la crainte des cas de variants en hausse s’ajoute à celle des masques chirurgicaux possiblement toxiques distribués dans certains établissements, alors que la fin de l’école en alternance en zone rouge pour les élèves de 3e, 4e et 5e secondaire débute lundi.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Jeudi dernier, un avis diffusé par Santé Canada indiquait que les masques du fournisseur Metallifer – le modèle SNN200642 – avaient « un potentiel de toxicité pulmonaire précoce liée à l’inhalation de graphène nanoformé ».

Ces masques gris et bleu jugés potentiellement dangereux, désormais retirés, ont été distribués au personnel de l’éducation, des garderies et de la santé de la province.

La Centrale des syndicats du Québec (CSQ) a réagi avec vigueur dimanche. « On demande à Québec de fermer les établissements où le matériel de protection ne serait pas conforme à compter de lundi », a exigé sa présidente Sonia Éthier.

Québec a fait savoir que chaque école et service de garde éducatif dispose de masques de protection sécuritaires en quantité suffisante. « Les services de garde éducatifs à l’enfance ont reçu en février une livraison de masques conformes suffisante pour couvrir l’utilisation du mois de mars. Les masques non conformes seront remplacés dès le début de cette semaine pour approvisionner l’ensemble des milieux de garde touchés pour le mois d’avril », assure le cabinet du ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

« Dès vendredi nous avons communiqué avec les directions des centres de services scolaires. Aucun ne nous a signalé de problématique. Ils ont des quantités amplement suffisantes de masques conformes », soutient Jean-François Del Torchio, attaché de presse du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge.

On a encore un problème de qualité de l’air dans les établissements, les variants prennent de l’ampleur et le personnel enseignant n’est toujours pas vacciné, ensuite arrive cette situation de masques non conformes.

Sonia Éthier, présidente de la Centrale des syndicats du Québec

Selon la présidente de la CSQ, neuf centres de services scolaires ainsi que des CPE et garderies en milieu familial les ont distribués.

Mme Éthier dit avoir consulté un courriel d’un centre de services qui aurait informé le personnel que des masques seraient fournis « au courant de la semaine ».

« Ça veut dire que des écoles n’ont pas de solutions de rechange. On demande de fermer ces écoles le temps d’avoir le matériel nécessaire. »

Interrogations chez les parents

Alayne Moody, mère d’un élève du secondaire à Montréal, se posait des questions sur le masque chirurgical bleu à bordure grise depuis janvier. Il était alors fourni à son fils, qui le portait obligatoirement en classe cinq jours par semaine, six heures par jour.

PHOTO FOURNIE PAR ALAYNE MOODY

Quantité de masques portés par le fils d’Alayne Moody chaque semaine

« J’étais loin de penser que le masque pouvait poser un risque et je suis pour le port du masque dans les écoles. Je me demandais simplement pourquoi il était de couleur différente », explique-t-elle au bout du fil.

Elle a demandé à son fils de prendre une photo de la boîte afin d’obtenir le numéro de série. Après quelques recherches sommaires sur le Net, elle a appris que le masque contenait du graphène, mais ignorait si c’était nocif.

Elle a fini par envoyer un courriel à Santé Canada en janvier dernier. « Ça a pris du temps, mais je suis reconnaissante que quelque chose ait été fait. Je ne panique pas, le risque est potentiel », explique Mme Moody.

La mère de famille se demande toutefois comment un masque désormais jugé non conforme a été distribué en masse.

Si le gouvernement fournit un masque obligatoire, il a la responsabilité d’être certain qu’il est sécuritaire.

Alayne Moody, mère d’un élève

Catherine Roy, mère d’un élève de 4e secondaire, est du même avis. « Mon fils porte ce masque depuis deux mois et n’a ressenti aucun inconfort, mais on se questionne sur la décision de fournir ce modèle sans vérifier s’il est risqué. »

En décembre dernier, le ministère de la Famille avait demandé le retrait de masques non conformes utilisés depuis des mois par les services de garde de la province.

C’était alors la filtration du masque qui était en cause, puisqu’elle n’était pas 100 % du temps efficace.

École à temps plein : décision prématurée ?

Avec la montée des variants, Sonia Éthier juge prématuré de reprendre l’école à temps plein ce lundi.

« J’aurais attendu quelques semaines. Ce serait la pire des choses de retourner en alternance sous peu si les cas remontent. Les gens seraient extrêmement déçus », dit la présidente de la CSQ.

Les groupes prioritaires dans la campagne de vaccination ont été déterminés avant l’arrivée des variants.

La CSQ demande au gouvernement de se pencher sur la vaccination du personnel des établissements scolaires, puisque les écoles demeurent un lieu de propagation propice.

« L’ordre de priorisation de vaccination est déterminé par le Comité d’immunologie du Québec. Ce sont les experts qui le déterminent, ce ne sont pas les politiciens. Nous souhaitons évidemment que tout le monde soit vacciné le plus rapidement possible », a répondu le cabinet du ministre Roberge.

Catherine Roy, mère d’un élève de 4e secondaire, trouve précipité ce retour en classe à temps plein. Elle comprend toutefois que certains élèves bénéficieront de cet assouplissement. « C’est hâtif comme décision, compte tenu des risques de propagation. Ça va être très difficile de garder ses distances dans les classes, mais aussi dans les transports en commun. »

Bilan sous la barre des 1000

Le bilan des nouveaux cas quotidiens de dimanche retourne sous la barre des 1000, avec 917 nouvelles contaminations.

Samedi, on signalait 1009 cas. La moyenne mobile sur sept jours est de 810 cas.

On rapporte 29 407 prélèvements réalisés le 26 mars.

Le virus a fait 10 647 morts au Québec jusqu’à présent. Parmi les deux décès comptabilisés dimanche, aucun n’est survenu dans les 24 dernières heures. Les deux décès se sont produits dans les régions de Montréal et de l’Estrie entre le 21 et le 26 mars.

Dans les zones rouges, l’île de Montréal recense 280 cas supplémentaires, la Montérégie, 124, Laval, 112, Lanaudière, 47 et les Laurentides, 45.

En zone orange, la situation est de plus en plus préoccupante, notamment dans la Capitale-Nationale, où les autorités signalent 114 nouveaux cas. On en a enregistré 50 en Outaouais, 48 en Chaudière-Appalaches, 29 au Saguenay–Lac-Saint-Jean, 27 dans le Bas-Saint-Laurent et 16 en Estrie.

Elles rapportaient également 13 nouveaux cas en Mauricie–Centre-du-Québec.

La situation dans les hôpitaux demeure stable. On compte 480 patients hospitalisés au Québec, une baisse de 1 par rapport à samedi. Parmi ceux-ci, 114 se trouvent aux soins intensifs, soit 6 de plus que la veille.

Au total, 45 745 doses de vaccin ont été administrées dans la dernière journée, pour un total de 1 222 884 à travers la province.

Québec a reçu 1 380 295 doses.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a invité les Montréalais de 60 ans et plus non vaccinés à prendre rendez-vous. « Il reste des [rendez-vous disponibles] dans les prochains [jours] dans certaines régions, surtout à [Montréal] au Palais des congrès et à la Clinique Saint-Laurent », a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Du côté des variants, l’Institut national de santé publique (INSPQ) signale 553 nouveaux cas de variants par criblage, pour un total de 6118. On ne rapporte aucun cas supplémentaire de variant par séquençage, procédé permettant d’identifier de quelle souche il s’agit. Le total est donc toujours de 705.

Avec La Presse Canadienne