« Le Québec n’a plus d’excuses », tranche la Dre Roxane Borgès Da Silva. « Nous avons la chance de pouvoir apprendre de l’Europe, qui est en avance sur nous. Ça fait un an qu’on le sait, nous n’en profitons toujours pas », déplore l’experte en santé publique et professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

Léa Carrier Léa Carrier
La Presse

Vendredi, le premier ministre François Legault a reconnu qu’on assistait « au début d’une troisième vague », alors que le Québec recensait 950 nouvelles infections. En dépit des avertissements des experts et des craintes suscitées par la progression des variants dans la province, François Legault n’entend pas revenir sur ses mesures d’allègement pour le moment. En début de semaine, le premier ministre affirmait pourtant que le Québec résistait à la troisième vague.

Explosion du nombre des cas, hausse des hospitalisations, engorgement des soins intensifs : la Dre Borgès Da Silva craint que le scénario européen ne se reproduise au Québec, au cours des prochaines semaines.

Le fait d’alléger les mesures de confinement et de favoriser les contacts, ça ouvre la porte aux variants. Je suis très inquiète.

La Dre Roxane Borgès Da Silva, experte en santé publique et professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal

Selon l’experte, nos connaissances des variants étant limitées, le principe de précaution doit prévaloir.

Chercheure en infection virale au Centre hospitalier de l’Université de Montréal, la Dre Nathalie Grandvaux est tout aussi prudente. « J’aurais aimé que l’on soit un petit peu plus patients, ne serait-ce que deux ou trois semaines, avant de modifier les mesures sanitaires en place. »

Le premier ministre refuse de faire marche arrière.

« On va faire le point mardi. Il y aura une augmentation des cas et des hospitalisations dans les prochains jours, mais pour l’instant, la situation reste sous contrôle. On ne change pas les mesures annoncées, que ce soit l’ouverture des écoles en secondaire III, IV, V en zone rouge ou d’autres mesures comme les théâtres qui vont ouvrir », a déclaré le chef de la CAQ, lors d’une courte mêlée de presse au Stade olympique vendredi.

Âgé de 63 ans, le premier ministre a reçu sa première dose de vaccin, celui de Pfizer-BioNTech. « Je n’ai presque rien senti », a-t-il insisté, en appelant les citoyens autorisés à prendre rendez-vous pour se faire vacciner. « C’est un passeport pour notre liberté. »

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre François Legault a reçu sa première dose de vaccin vendredi.

Il dit avoir autorisé certains assouplissements parce qu’il savait que « les gens étaient tannés ». « Donner de l’air à la population était souhaitable, mais on est devant quelques semaines critiques », a ajouté le premier ministre, en parlant d’un équilibre à opérer.

On voit le début d’une troisième vague. […] Mais il faut que les mesures soient appuyées, respectées, en tenant compte du fait que ça fait un an que la population se fait demander de faire attention.

François Legault, premier ministre du Québec

M. Legault affirme qu’il n’exclura rien si la situation s’empire. « On va suivre ce qui se passe au cours des prochains jours. Comme tous les mardis, on va prendre les décisions nécessaires. J’en profite pour demander à tous les Québécois d’être prudents. Le variant est extrêmement contagieux », a-t-il avancé.

Les variants en progression

Plus tôt vendredi, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) avait prévenu dans un exposé technique que les principaux variants représenteraient plus de 50 % des nouveaux cas d’ici le début d’avril au Québec.

« Les mesures actuellement sont insuffisantes pour ralentir les variants. […] J’imagine que le gouvernement va devoir changer certaines décisions, pour ce qui est permis et ce qui n’est pas permis », a expliqué le médecin épidémiologiste de l’INSPQ, le DGaston De Serres.

PHOTO RYAN REMIORZ, LA PRESSE CANADIENNE

Les jeunes ont profité des températures records en se rassemblant dans les parcs de Montréal, jeudi.

Sa position contraste fortement avec celle du gouvernement, qui a autorisé jeudi un nouvel assouplissement pour les rassemblements dans les lieux de culte, qui peuvent depuis vendredi accueillir 250 personnes par bâtiment, y compris en zone rouge. Il y a trois jours, le gouvernement a aussi annoncé le retour en classe à temps plein des élèves de 3e, 4e et 5e secondaire en zone rouge, dès lundi. Les spas, les gyms et les salles de spectacle rouvraient aussi vendredi.

Selon l’INSPQ, la diminution de l’adhésion aux mesures qui s’observe depuis quelques semaines joue pour beaucoup, au moment où il est « plus important que jamais » d’appliquer les différents moyens de freiner la transmission.

Pour l’heure, le criblage a permis de détecter 5157 cas « cumulatifs » de variants au Québec, une hausse de 475 par rapport à la veille. Le nombre de cas séquencés, lui, demeure stable, à 704. « Je ne sais pas à quel moment on parlera de troisième vague, mais on a certainement une vague de variants qui est en mouvement depuis quelques semaines et qui va nous amener à avoir plus de cas », a précisé le Dr De Serres.

Dans certaines régions, dont la Capitale-Nationale, les variants seraient d’ailleurs « dominants », à plus de 50 %. « En fait, ce qui existait avant même le relâchement des mesures était insuffisant pour contrôler les variants, d’après ce qu’on constate », avance le DDeSerres, pour qui la hausse des cas engendrera forcément une « hausse des décès et des hospitalisations ».

Transparence et prudence réclamées

À l’Assemblée nationale, les partis de l’opposition n’ont pas tardé à réagir vendredi. Le co-porte-parole de Québec solidaire, Gabriel Nadeau-Dubois, s’est notamment demandé : « Où est le plan de la CAQ pour la troisième vague ? »

Dès février, nous avons averti la CAQ que le Québec n’était pas à l’abri d’une vague de variants du coronavirus. Aujourd’hui, l’INSPQ confirme nos craintes : les requins décrits par le DArruda sont en train d’encercler le Québec.

Gabriel Nadeau-Dubois, co-porte-parole de Québec solidaire

« Si les cas continuent d’augmenter, le gouvernement ne doit pas hésiter à faire des choix difficiles », a ajouté le co-porte-parole.

« La situation est préoccupante, a de son côté avancé la critique libérale en matière de santé, Marie Montpetit. La hausse des cas, la présence d’un variant extrêmement contagieux et le faible taux de vaccination dans plusieurs régions devraient amener le gouvernement caquiste à la plus grande prudence. […] Avec la recrudescence des cas, le gouvernement doit s’assurer d’être prêt à affronter une nouvelle vague. »

Mme Montpetit déplore par ailleurs que le budget Girard présenté jeudi « ne contenait aucune mesure afin de faire face à une troisième vague ».

Dans les rangs péquistes, le député Joël Arseneau a aussi réclamé plus des autorités. « Face aux projections de l’INSPQ et à la prépondérance anticipée des variants, le gouvernement doit plus que jamais appuyer ses décisions sur la science. Il doit faire preuve de transparence, dévoiler et suivre les avis de la Santé publique et expliquer les critères et indicateurs à l’appui de ses décisions », a-t-il lâché.

Bilan en demi-teinte

Le Québec a rapporté vendredi 950 infections supplémentaires et 7 décès, mais observé une nouvelle baisse de 15 hospitalisations. Pour l’heure, 481 patients demeurent hospitalisés au Québec, dont 115 se trouvent toujours aux soins intensifs, une baisse de 2 cas en 24 heures.

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Depuis une semaine au Québec, on observe en moyenne 781 cas par jour, une tendance qui est manifestement à la hausse par rapport aux dernières semaines. Des sept décès rapportés jeudi, trois sont survenus dans la Capitale-Nationale, qui enregistre 89 cas supplémentaires. Deux personnes ont aussi perdu la vie à Montréal (313 cas), une dans Lanaudière (31 cas) et une autre en Montérégie (103 cas). En baisse, la moyenne des décès quotidiens, rapportée sur sept jours, est de sept.

À noter : les données de l’INSPQ – qui corrige les bilans selon la date réelle où les cas ont été découverts – démontrent que le Québec a connu mercredi sa première journée de plus de 1000 cas en près d’un mois et demi. Il faut en effet remonter au 12 février pour trouver une journée de plus de 1000 cas.

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Avec 54 951 doses administrées dans la journée de jeudi, le Québec a atteint, de loin, un nouveau sommet dans sa campagne de vaccination. Jusqu’ici, 1 121 958 citoyens ont été vaccinés, ce qui signifie qu’environ 13,2 % de la population a reçu la première dose du vaccin contre la COVID-19. Le gouvernement Legault dispose d’une réserve d’environ 258 340 vaccins. Par ailleurs, 58 500 doses du vaccin de Moderna viennent d’être reçues et sont « en transit dans le réseau ».