Les principaux variants deviendront « dominants » et représenteront plus de 50 % des nouveaux cas d’ici le début d'avril au Québec, a prévenu vendredi l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). Pour l’organisme, le constat est clair : les mesures en place sont insuffisantes pour ralentir ces nouvelles souches du coronavirus.

Mis à jour le 26 mars 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Tout le monde a hâte de revoir les gens qu’ils aiment, mais ceci étant dit, les mesures actuellement sont insuffisantes pour ralentir les variants. […] J’imagine que le gouvernement va devoir changer certaines décisions, pour ce qui est permis ce qui n’est pas permis », a expliqué le médecin épidémiologiste de l’INSPQ, le DGaston De Serres, lors de la présentation de nouvelles modélisations, vendredi matin.

Selon les premières observations de l’Institut, la diminution de l’adhésion aux mesures qui s’observe depuis quelques semaines joue pour beaucoup, au moment où il est « plus important que jamais » d’appliquer les différents moyens de freiner la transmission.

Pour l'heure, le criblage a permis d'identifier 5157 cas « cumulatifs » de variants au Québec, une hausse de 475 par rapport à la veille. Le nombre de cas séquencés, lui, demeure stable à 704. « Je ne sais pas à quel moment on parlera de troisième vague, mais on a certainement une vague de variants qui est en mouvement depuis quelques semaines, et qui va nous amener à avoir plus de cas », insiste le DDe Serres.

Dans certaines régions, dont la Capitale-Nationale, les variants pourraient d’ailleurs déjà être « dominants ». « En fait, ce qui existait avant même le relâchement des mesures était insuffisant pour contrôler les variants, d’après ce qu’on constate », avance l’épidémiologiste, pour qui la hausse des cas engendrera forcément une « hausse des décès et des hospitalisations ».

Faut-il restreindre les mesures ?

Questionné à savoir si Québec devrait imposer de nouvelles restrictions ou même reconfiner dans le contexte, Gaston De Serres a semblé répondre par l’affirmative. « Si les choses continuent sans modifications, ça va aller en augmentant. Maintenant, c’est sûr que le gouvernement doit peser l’ensemble des inconvénients que cause la pandémie », dit-il, citant notamment l’importance du réseau scolaire, du travail et des relations sociales.

Ce sera la décision du gouvernement, mais au niveau épidémiologique, de voir que même avant l’ouverture de certaines activités, on n’avait pas le contrôle sur les variants, disons que ça n’augure pas bien.

Le DGaston De Serres, médecin-épidémiologiste à l’INSPQ

Rappelons que ce signal d’alarme de l'INSPQ survient au lendemain d’un assouplissement pour les rassemblements dans les lieux de culte, qui peuvent depuis aujourd'hui accueillir 250 personnes par bâtiment, y compris en zone rouge. Il y a trois jours, le gouvernement annonçait aussi le retour en classe à temps plein des élèves de 3e, 4e et 5e secondaires en zone rouge, dès lundi. Les spas, les gyms et les salles de spectacles rouvrent aussi vendredi.

Le professeur et épidémiologiste à l’Université McGill Mathieu Maheu-Giroux, qui a aussi participé à ces nouvelles projections, affirme que la situation du Québec est tout à fait comparable avec celle de l’Ontario, qui est « officiellement entrée dans ce qu’ils appellent leur troisième vague, propulsée par les variants ». « Dans leur cas, au 24 mars, c’était un peu moins de 60 % des cas qui étaient des variants », soulève-t-il. Si le Québec et le Canada devaient se rendre à une proportion de 100 % des nouveaux variants, la situation serait beaucoup plus problématique. « Ça serait une autre bibitte. Et ça serait beaucoup plus difficile à contrôler », glisse au passage M. Maheu-Giroux.

« Les deux ou trois prochains mois vont être une période difficile à traverser », précise le Dr De Serres, qui dit espérer que la vaccination protège au minimum les plus âgés et plus vulnérables. « Oui, les personnes âgées seront moins touchées à cause de la vaccination, mais chez les plus jeunes, il n'y a aura pas de changement. Et si beaucoup de jeunes sont touchés, un certain nombre vont être hospitalisés. »

Et les écoles ?

Jeudi, devant la hausse du nombre de cas et l'incidence de variants dans le Bas-Saint-Laurent, le Centre de services scolaire de Kamouraska–Rivière-du-Loup a annoncé qu'il fermera toutes ses écoles primaires et secondaires jusqu’au 5 avril inclusivement.

Pour le Dr Gaston De Serres, la situation illustre que dans les écoles, la transmission risque d'être encore « plus grande et plus difficile à mitiger ou contrôler ». « Les éclosions dans le réseau scolaire, ce n'était pas facile avec les coronavirus historiques. Mais là, avec les variants, ça pourrait rendre le contrôle encore plus compliqué », a-t-il reconnu.

Le Bas-Saint-Laurent établissait jeudi un nouveau record en enregistrant 46 nouveaux cas. À l'heure actuelle, la région compte un peu plus d'une centaine de cas actifs à l'échelle de son territoire, ce qui est largement au-delà des proportions équivalentes enregistrées lors des dernières semaines.

Avec Tommy Chouinard, La Presse