(Québec et Montréal) Inquiets, des centaines de Québécois refusent de recevoir le vaccin d’AstraZeneca, après que de nombreux pays en eurent suspendu l’administration. À Québec et à Ottawa, on maintient le cap : le vaccin d’AstraZeneca est « sécuritaire et efficace ».

Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse
Antoine Trussart
Antoine Trussart La Presse

« La Santé publique du Québec fait un suivi d’heure et heure et nous dit qu’il n’y a aucun risque avec le vaccin d’AstraZeneca et qu’il est sécuritaire », a assuré lundi le premier ministre François Legault, qui participait à une annonce économique à Montréal, en compagnie du premier ministre fédéral Justin Trudeau.

« Santé Canada et nos experts et scientifiques ont passé beaucoup de temps afin de s’assurer que tous les vaccins approuvés au Canada sont sécuritaires et efficaces, a déclaré M. Trudeau. Le meilleur vaccin pour vous, c’est le premier qui vous est offert. »

Le premier ministre canadien a par ailleurs soutenu que le lot de vaccins faisant l’objet de l’enquête européenne n’a pas été expédié au Canada. « On suit évidemment ce qui se passe avec un lot précis en Europe, a ajouté M. Trudeau. On veut rassurer tous les Canadiens qu’il n’y a aucune dose qui est venue des mêmes lots que ceux qui sont préoccupants en Europe. »

Aucun incident lié au vaccin d’AstraZeneca n’a été déclaré au Canada.

Lundi, l’Allemagne, la France, l’Italie, la Slovénie, l’Espagne, le Portugal et la Lettonie ont annoncé tour à tour qu’elles suspendaient « par précaution » l’utilisation du vaccin d’AstraZeneca jusqu’à la publication d’un avis de l’autorité européenne du médicament attendu dans les prochains jours. Plusieurs autres pays européens avaient déjà fait de même.

Ces suspensions interviennent « après de nouvelles informations concernant des thromboses de veines cérébrales en lien avec la vaccination », a-t-on indiqué en Europe. Ces décisions suivent l’annonce par la Norvège de la mort dimanche d’une soignante récemment vaccinée.

L’Organisation mondiale de la santé recommande toujours de vacciner avec le sérum d’AstraZeneca.

PHOTO JOEL SAGET, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le vaccin d’AstraZeneca

De nombreux refus

Mais la méfiance envers le vaccin d’AstraZeneca se fait sentir dans les centres de vaccination du Grand Montréal, qui ont commencé à le distribuer samedi. Au CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, « moins de 8 % » des personnes qui se sont fait offrir le vaccin d’AstraZeneca l’ont refusé. Jusqu’à présent, aucun patient n’avait refusé de recevoir les vaccins de Pfizer et de Moderna offerts dans les centres de vaccination de ce CIUSSS.

À Laval, une centaine de personnes par jour sur les 2400 qui se font vacciner refusent le vaccin d’AstraZeneca.

Au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal, on enregistre un taux de refus de 12 % pour ce même vaccin.

Au Stade olympique, 60 personnes ont aussi refusé de se faire injecter ce vaccin en fin de semaine. Le porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, Christian Merciari, explique que 4200 personnes se sont fait vacciner samedi et dimanche, et que les refus ne représentent que 1 % des cas.

Sachant que certains citoyens pourraient être réticents, nous avons modifié nos processus afin que l’évaluateur vaccinateur prenne le temps de bien expliquer la composition du vaccin et de répondre aux préoccupations de citoyens. Un travailleur social était également sur place au Stade olympique afin de soutenir les personnes plus anxieuses.

Christian Merciari, porte-parole du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal

La conjointe de Richard Labelle a rebroussé chemin samedi au Stade olympique lorsqu’elle a appris qu’on allait lui administrer le vaccin d’AstraZeneca. « C’est certain qu’on entend de plus en plus de pays dire qu’ils suspendent ce vaccin. Plus on en parle dans les médias également, plus ça augmente l’insécurité », a relaté M. Labelle.

Sa conjointe, âgée de 65 ans, tentera à nouveau sa chance en prenant un rendez-vous en pharmacie, où l’on doit administrer le vaccin de Moderna. M. Labelle, pour sa part, doit se faire vacciner ce mardi à Montréal. « Je vais le prendre, AstraZeneca, si c’est lui qu’on me propose. Je fais confiance à Santé Canada », a confié l’homme de 67 ans.

Au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), on précise que le taux de refus du vaccin d’AstraZeneca n’est pas compilé. « Ce que nous recevons comme information des centres de vaccination, c’est que le refus à ce vaccin est marginal », a assuré le porte-parole Robert Maranda.

Pas de lien de causalité

Les autorités canadiennes et québécoises ont réaffirmé lundi que « les premières informations disponibles suggèrent qu’il n’y aurait pas de lien de causalité direct entre l’administration du vaccin et certains problèmes de coagulation répertoriés » jusqu’à présent en Europe.

« Je pense que [ces pays] partent du principe de précaution », nuance le président du Comité sur l’immunisation du Québec, le DNicholas Brousseau.

On pourrait [parler] d’un excès de prudence dans le sens où il y a quand même plus de 10 millions de doses qui ont été administrées en Europe, surtout au Royaume-Uni, et qu’il n’y a aucune indication que les problèmes de thromboses ou embolies sont plus fréquents chez les personnes vaccinées que chez les non-vaccinées.

Le DNicholas Brousseau, président du Comité sur l’immunisation du Québec

Il rappelle que le Canada et le Québec disposent de mécanismes de surveillance « robustes » et que tout évènement survenant après la vaccination doit être reporté.

Montréal a reçu 25 320 doses du vaccin AstraZeneca dans les derniers jours et Laval, 4680. Le Québec a obtenu la semaine dernière ses premières doses de ce vaccin (un total de 113 000). De cette cargaison, quelque 20 000 doses doivent servir à vacciner les populations vulnérables directement à leur domicile.

Les personnes ne peuvent pas choisir quel vaccin leur sera administré. Il est déterminé en fonction des doses disponibles, et selon la recommandation des experts, a-t-on indiqué au MSSS.

Oui aux 65 ans et plus

À Ottawa, le comité consultatif national sur l’immunisation (CCNI) annoncera mardi qu’il change son fusil d’épaule et recommandera finalement d’injecter le vaccin aux personnes âgées de 65 ans et plus, selon ce qu’a pu confirmer La Presse, lundi soir.

Au départ, le groupe d’experts avait déconseillé aux provinces d’utiliser le vaccin d’AstraZeneca « en raison du peu d’informations disponibles à ce jour sur l’efficacité du vaccin dans ce groupe d’âge », était-il stipulé dans un avis daté du 1er mars.

Le comité fédéral expliquera les raisons derrière cet ajustement dans un nouvel avis qui tient compte de nouvelles données concrètes obtenues sur le terrain.

Québec avait déjà autorisé l’utilisation du vaccin AstraZeneca pour les personnes de plus de 65 ans.

— Avec Mélanie Marquis, La Presse, et l’Agence France-Presse