Incapable de remplir ses nombreuses chambres laissées vacantes après que le tiers de sa clientèle eut succombé à la COVID-19 en janvier, la résidence pour aînées Fulford, qui a pignon sur rue depuis 131 ans à Montréal, fermera ses portes.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

« La COVID-19 nous a achevés », résume la directrice générale de l’établissement, Marie-France Lacoste.

Cette fermeture est accueillie comme une douche froide par de nombreuses familles de résidantes, qui craignent de ne pouvoir trouver un hébergement de si grande qualité et aussi abordable pour leurs proches. « On ne comprend pas cette fermeture », affirme Robin Black, dont la mère de 79 ans habite depuis un an à la résidence Fulford. « Ma mère est très anxieuse à l’idée de devoir déménager », ajoute Christopher Holcroft, dont la mère de 76 ans, aveugle, habite la résidence Fulford depuis trois ans.

L’établissement de la rue Guy, particulièrement connu de la communauté anglophone de Montréal, a été construit en 1855. C’est en 1890 que l’évêque anglican Fulford en a fait une résidence pour aînées. « Avec sa femme, ils voulaient aider les femmes âgées et les veuves », explique Mme Lacoste.

Jusqu’à tout récemment, la résidence Fulford, organisme sans but lucratif, hébergeait 31 personnes sur un total de 38 chambres.

Épargnée par la COVID-19 durant la première vague, la résidence a été frappée de plein fouet par le virus en janvier, et 10 résidantes en sont mortes.

Depuis, l’établissement a 17 chambres libres. « On perd de 60 000 $ à 70 000 $ par mois », dit Mme Lacoste. La résidence devra fermer ses portes dans six mois.

Industrie changeante

La directrice générale explique que le profil de clientèle accueillie à la résidence Fulford a beaucoup changé ces dernières années. Les résidantes sont en perte d’autonomie plus avancée.

Le bâtiment étant très vieux, seulement cinq chambres disposent d’une salle de bain privée. L’établissement a envisagé de faire des travaux il y a deux ans afin de doter toutes ses chambres d’une salle de bain privée. Mais la configuration de la bâtisse rend cette option impossible.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, LA PRESSE

Le bâtiment qui abrite la résidence pour aînées Fulford a été construit en 1855, rue Guy, à Montréal.

La vétusté du bâtiment a aussi pour conséquence le fait que les personnes en perte d’autonomie avancée peuvent uniquement être hébergées au rez-de-chaussée pour des raisons de sécurité.

Avec ses installations qui ne sont pas au goût du jour, la résidence Fulford est de moins en moins attrayante pour les aînées autonomes, qui sont peu nombreuses à vouloir s’installer aux autres étages de l’établissement.

Recruter des clientes était déjà difficile ces dernières années et, avec la pandémie, la situation est encore pire, selon Mme Lacoste.

Les gens ne veulent pas aller habiter en résidence. Les familles les gardent à la maison longtemps ou trouvent des soins à domicile…

Marie-France Lacoste, directrice générale de la résidence Fulford, à propos des effets de la pandémie

Une situation constatée par le Regroupement québécois des résidences pour aînés. Son président, Yves Desjardins, indique qu’avant la pandémie, « les taux d’inoccupation pour l’ensemble de l’industrie s’établissaient à 6,9 % ». Depuis mars 2020, les taux ont grimpé jusqu’à 20 % par endroits. Si la situation est moins mauvaise qu’au printemps dernier, certaines résidences privées pour aînés (RPA) « n’ont pas retrouvé le niveau d’occupation d’avant la pandémie ». « La situation est toutefois très variable d’une région à l’autre, d’une RPA à l’autre », souligne M. Desjardins.

Familles en quête de solutions

Bousculées par la fermeture annoncée de la résidence Fulford, des familles tentent de trouver des solutions. Elles demandent un moratoire de six mois sur la fermeture, le temps que des solutions de rechange soient trouvées.

Robin Black est du nombre. Il déplore que si la résidence Fulford ferme, il doive se tourner vers le privé, « souvent cher et pas toujours avec une qualité de service ». « Parce que vraiment, ici, le service est impeccable », dit-il.

Il y a quelque chose d’unique à Fulford. C’est intime. Tout le monde se connaît. On aimerait trouver des solutions.

Christopher Holcroft, fils d’une résidante de la résidence Fulford

Pour M. Holcroft, alors que la pandémie a poussé le gouvernement à remettre en question les modèles de soins aux aînés, la résidence Fulford « devrait servir de modèle ». « On est prêts à payer plus. Il y a aussi sûrement d’autres avenues à considérer pour garder la résidence ouverte », ajoute M. Black.

Mais pour Mme Lacoste, « les enjeux financiers sont trop grands ». « On en a regardé, des options. Depuis longtemps », dit-elle. Après sa fermeture, l’établissement retournera entre les mains du diocèse anglican.