(Québec) Les restaurants peuvent désormais accueillir des clients dans la région de la Capitale-Nationale, passée lundi en zone orange. Mais certains n’ont pas eu le choix de rester fermés encore quelques jours, faute de personnel.

Publié le 9 mars 2021
Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« Il y a une course à l’embauche », avance Pénélope Lachapelle, copropriétaire de Nina Pizza, qui menait lundi une ronde d’entrevues. Les salles à manger des deux populaires pizzerias vont rouvrir à une date « indéterminée ».

« Il est hors de question de rajouter trop de pression sur le personnel resté fidèle durant la pandémie, dit-elle. On ne fera pas ça. On va ouvrir quand on va ouvrir. Ç’a été une grosse année pour tout le monde. »

PHOTO FRÉDÉRIC MATTE, LE SOLEIL

Les restaurants peuvent désormais accueillir des clients dans la région de la Capitale-Nationale.

Plusieurs restaurateurs joints par La Presse constatent cette « course à l’embauche ». L’annonce de la réouverture des salles à manger a été faite mercredi dernier. Les restaurateurs n’avaient donc que quelques jours pour trouver le personnel manquant.

Sur les groupes Facebook de restauration, les offres d’emploi se succèdent. « Si tu n’as pas d’expérience, écris-moi quand même, c’est ta chance d’apprendre », propose par exemple un restaurateur pour attirer les candidatures.

Sur le site d’Emploi-Québec, il y avait lundi une cinquantaine d’offres d’emploi pour des cuisiniers dans la capitale seulement, et à peu près le même nombre de postes de serveur à pourvoir.

Jocelyne Langlois, propriétaire de trois franchises Ben & Florentine dans la grande région de Québec, n’a pu ouvrir qu’une seule salle à manger lundi. Les deux autres manquent cruellement d’employés. Elles doivent ouvrir d’ici le 15 mars.

Je suis rendue au stade de regarder avec une agence de placement, même si ça va me coûter un petit peu plus cher. Il faut rouvrir un jour ou l’autre, on n’a pas le choix, si on ne veut pas que nos clients nous oublient.

Jocelyne Langlois, propriétaire de trois franchises Ben & Florentine

Mme Langlois constate que les offres d’emploi restent souvent lettre morte. « Ou les gens nous contactent, mais ne se présentent pas pour des entrevues. »

Même son de cloche au Chic Shack, dans le Vieux-Québec. « On est en recherche active de personnel comme tout le monde. C’est le nerf de la guerre », indique le copropriétaire Mikaël Garneau.

Le restaurateur avait organisé lundi plusieurs entrevues. « J’ai deux personnes qui ne se sont pas présentées », dit-il pour illustrer la difficulté de recruter des gens.

PHOTO FRÉDÉRIC MATTE, LE SOLEIL

Les restaurants peuvent désormais accueillir des clients dans la région de la Capitale-Nationale.

Il croit pouvoir ouvrir sa salle à manger mercredi ou jeudi. Mais il le fera à raison de cinq jours par semaine, car il ne pense pas avoir le personnel nécessaire pour ouvrir sept jours.

« On est motivés. On est positifs. Mais il faut quand même admettre que ce ne sera pas facile », lâche-t-il.

Des clients au rendez-vous

Ceux qui étaient en mesure d’ouvrir lundi ont constaté que les clients étaient au rendez-vous.

« On a rouvert à 7 h du matin. J’ai du monde. Je suis complet en réservations jusqu’à jeudi », se félicite Louis McNeil, copropriétaire des restaurants Cosmos. « On est bien, bien, bien contents. On est de bonne humeur. »

PHOTO FRÉDÉRIC MATTE, LE SOLEIL

Les restaurants peuvent désormais accueillir des clients dans la région de la Capitale-Nationale.

M. McNeil admet aussi que l’enjeu de la main-d’œuvre est bien réel. Bien des restaurants ont dû laisser partir des serveurs ou des cuisiniers dans les derniers mois, alors que leur salle à manger était fermée. Ces derniers ont parfois réorienté leur carrière ou poursuivi leurs études.

Il m’en manque deux en cuisine, ça reste quand même fragile. Les salaires ont déjà augmenté. Le plongeur qui gagne 18 $, s’il gagne 22 $ l’autre bord, il va aller de l’autre bord. Le danger, en ce moment, c’est la compétition qu’on va avoir entre nous.

Louis McNeil, copropriétaire des restaurants Cosmos

L’autre enjeu qui préoccupe le restaurateur, c’est l’interdiction faite aux clients des zones rouges de fréquenter une salle à manger en zone orange. Ses employés vont d’ailleurs demander des preuves de résidence aux clients.

« Nous, on est à côté d’un hôtel. Il va falloir faire attention. Mais ils peuvent aller manger dans leur chambre, on fait du take-out », s’empresse-t-il d’ajouter.

Dans les régions qui sont en zone orange depuis des semaines, les restaurateurs ont rapporté devoir régulièrement refuser à des clients de zones rouges l’accès à leur salle à manger.