Au cours des dernières décennies, le monde a dû composer avec une panoplie de nouvelles maladies infectieuses, que ce soit l’Ebola, le Zika, le sida, le SRAS ou la COVID-19. Pour être mieux préparé quand la prochaine crise frappera, le DKarl Weiss planche sur la création d’un Centre d’excellence en maladies infectieuses à l’Hôpital général juif. La Presse l’a accompagné dans une journée de clinique.

Ariane Lacoursière Ariane Lacoursière
La Presse

Un jeune homme d’une vingtaine d’années s’avance timidement dans le bureau du chef du service des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal, le DKarl Weiss. Il y a quelques semaines, le patient a contracté le « mycoplasma genitalium », une bactérie plutôt nouvelle décrite par le DWeiss comme le « New Kid on the Block » des infections transmissibles sexuellement (ITS).

Après avoir eu une relation sexuelle non protégée, le patient présentait des écoulements au niveau du pénis. Il s’était fait prescrire des antibiotiques traditionnels pour soigner une infection commune. « Mais les antibiotiques ne changeaient rien », résume le DWeiss. Après avoir passé des tests, le DWeiss a identifié la cause du malaise et il a pu soigner le patient avec les bons traitements contre cette ITS en émergence.

Dans les années 1970, des acteurs de la santé publique aux États-Unis avaient prédit que les maladies infectieuses « étaient chose du passé ». Mais c’est plutôt l’inverse qui s’est produit. Le monde a été frappé par le sida, le Zika, le SRAS, la grippe H1N1 et d’autres virus, comme le plus récent coronavirus.

Pour le DWeiss, créer un Centre d’excellence en maladies infectieuses permettrait de mieux se préparer pour la prochaine crise. « En gros, c’est un centre où on veut avoir une capacité de recherche plus grande qu’actuellement […] pour avoir une capacité de réponse qui est nettement augmentée dans le futur en maladies infectieuses », résume-t-il.

Des interventions variées

Dans leur pratique de tous les jours, les microbiologistes-infectiologues soignent une panoplie de problématiques liées aux maladies infectieuses, a pu constater La Presse en accompagnant le DWeiss en clinique à la mi-février.

Ce jour-là, les patients qui entraient dans le bureau du DWeiss avaient des affections très variables, de la tuberculose au VIH en passant par la sclérose en plaques.

Un jeune patient, qui a le statut de réfugié, fait son entrée dans le bureau du DWeiss. Il travaille comme aide de service dans un CHSLD de Montréal et est suivi depuis peu, car il est atteint d’hépatite C. En analysant le dossier du jeune homme, le DWeiss lui explique « qu’un traitement existe et il est très efficace ». Parce que le traitement est très coûteux et que le patient est un réfugié, l’accès sera un peu plus compliqué, ajoute le DWeiss. « Mais je ne suis pas inquiet pour vous. D’ici six mois, tout sera fini », dit-il.

Un couple âgé se présente ensuite. La dernière fois que le DWeiss a vu l’homme, il était en salle d’opération et venait d’être opéré pour une fistule aorto-duodénale. Le DWeiss avait été appelé en renfort pour soigner une infection dans l’abdomen du patient.

Depuis son congé de l’hôpital, le patient est traité par antibiotiques intraveineux chez lui. Il a un cathéter veineux central (PICC line) dans le bras et peut lui-même s’administrer ses médicaments. À l’Hôpital général juif, des patients sont suivis par antibiothérapie à domicile. Ces patients représentent à eux seuls un hôpital virtuel de 250-300 lits, évalue le DWeiss.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Selon le Dr Karl Weiss, la création d’un centre d’excellence en maladies infectieuses aidera à la recherche sur les infections, ainsi qu’à leur prévention et leur contrôle.

Un projet de 7,5 millions

Pour créer le Centre d’excellence sur les maladies infectieuses, l’Hôpital général juif lance ce lundi une campagne de financement afin d’amasser 7,5 millions de dollars. En effectuant de la recherche notamment sur la résistance aux antibiotiques, sur les vaccins et sur la prévention et le contrôle des infections, le Centre permettrait de réagir plus promptement si un nouveau virus frappait, estime le DWeiss.

Ce dernier souligne qu’avant que la COVID-19 ne frappe, « jamais n’avait-on autant voyagé sur la planète ». La pandémie actuelle démontre que les virus qui apparaissent à l’autre bout du monde peuvent rapidement toucher le globe en entier.

C’est donc important d’avoir une structure capable de répondre rapidement aux défis qui vont surgir en maladies infectieuses.

Le DKarl Weiss, chef du service des maladies infectieuses à l’Hôpital général juif de Montréal

En fin de matinée, une dame âgée fait son entrée dans le bureau du DWeiss avec sa marchette. Elle est visiblement ravie de voir le médecin. Elle se remet d’une grave infection au dos. Le DWeiss l’ausculte : l’infection est complètement disparue.

La patiente est si heureuse de voir le DWeiss qu’elle ne veut pas le quitter. Elle discute longuement avec lui. « Quand est-ce que je reviens vous voir ? », demande-t-elle. « Votre infection est guérie. J’espère ne jamais vous revoir ! », lance à la rigolade le DWeiss. « Moi, j’espère attraper une autre infection pour revenir ! », réplique la dame en riant. Poliment, le DWeiss ouvre la porte de son bureau et incite la patiente à le suivre. Le spécialiste termine sa matinée en ayant vu une vingtaine de patients de tous les âges et de tous les sexes, aucun n’ayant le même type d’infection.