Je me réjouis pour les nombreux Québécois qui viennent enfin d’accéder au palier orange. Les résidants et les commerçants vont pouvoir mieux respirer. Mais je persiste à croire que les mesures d’assouplissement annoncées mercredi soir par François Legault arrivent beaucoup trop vite.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

Il m’apparaît évident que ces mesures, qui s’appliquent maintenant à 40 % des habitants, auront un effet sur l’ensemble de la province, y compris Montréal. Cette ambiance de relâche aura un effet d’entraînement.

Tous les Montréalais, ou presque, ont des liens avec d’autres régions du Québec. Que croyez-vous que certains feront ? Ils iront là où il y a un semblant de vie normale. Un mélange de la population est à prévoir.

Ajoutez à cela l’effet vaccin, qui procure une impression d’immunité, un sentiment d’invincibilité.

On isole d’un côté et on relâche de l’autre en souhaitant qu’il n’y ait pas de vases communicants. Allô, les licornes !

Vraiment, ces mesures ne m’inspirent pas du tout confiance. Pas plus que les explications fournies mercredi par François Legault, Christian Dubé et le DHoracio Arruda. Une fois de plus, nous étions dans le vague et dans le flou.

On nous a dit que cette décision était basée sur des « projections » et des « simulations ». Sauf que nous avons fait le même exercice avant le temps des Fêtes avec le résultat que l’on sait.

En conférence de presse, mercredi soir, François Legault a dit que le prochain mois serait fait d’inconnu. Justement, pourquoi permettre des assouplissements maintenant alors que les effets de la semaine de relâche ne se font pas encore sentir ?

Pourquoi ne pas se donner un peu de temps, mettons deux ou trois semaines ?

Selon la Santé publique, c’est la menace des variants qui offre peu de « marge de manœuvre » à la région métropolitaine. Plus tôt dans la journée, la directrice régionale de santé publique de Montréal, Mylène Drouin, a affirmé qu’environ 15 % des nouveaux cas enregistrés dans la métropole étaient liés à des variants qui ont pour caractéristique d’être plus transmissibles.

Sur quoi s’appuie-t-on pour affirmer qu’une augmentation de cas liés aux variants aurait lieu à Montréal ? On n’a pas su nous l’expliquer clairement.

Avec l’entrée de plusieurs grandes régions en zone orange, Montréal et les régions environnantes prennent la forme d’un gros point rouge sur la carte du Québec.

La prochaine étape sera-t-elle d’isoler ce point rouge du reste du Québec ? Bien des Québécois orangés qui n’ont pas envie d’avoir la visite de Montréalais, encore moins de variants (qui voyagent facilement dans la province, comme on peut le voir), le souhaitent.

De mon côté, je commence à croire que nous sommes rendus là.

Le pire boulot

Il paraît que la première chose que les gens qui font la file au Stade olympique veulent savoir est le nom du vaccin qu’ils vont recevoir.

Au cours des derniers jours, le débat qui oppose le vaccin d’AstraZeneca à ceux de Pfizer et de Moderna ne cesse de susciter des doutes. Et avec raison.

On se retrouve dans une situation très étrange où l’on administre des vaccins qui ont des taux d’efficacité différents (62 % pour AstraZeneca et 95 % pour Pfizer et Moderna), où les études ne cessent d’affluer et où une surenchère d’informations contradictoires alimente la suspicion.

Ajoutez à cela l’ironie. J’entendais le chroniqueur d’une radio française qualifier le vaccin d’AstraZeneca de « Lada des vaccins ».

Il faut préciser que, selon des tests effectués sur le vaccin d’AstraZeneca, aucune personne n’a été hospitalisée pour une maladie grave et qu’aucun décès lié à la COVID-19 n’a été observé. De plus, une étude britannique publiée mercredi indique que l’injection d’une seule dose de ce vaccin permet de réduire de plus des trois quarts le risque d’hospitalisation des personnes de plus de 80 ans.

Mais voilà, si Santé Canada a approuvé son usage pour tous les adultes, le Comité consultatif national de l’immunisation a recommandé que le vaccin d’AstraZeneca ne soit pas administré aux personnes âgées de plus de 65 ans en raison du manque de données sur son efficacité.

Le Canada a commandé 24 millions de doses du vaccin d’AstraZeneca, qui est fabriqué en Inde et en Corée du Sud. Et pour ajouter une tuile à ce vaccin, on a appris que sur les 500 000 doses attendues au Canada, 300 000 devaient être utilisées avant le 2 avril.

Pour utiliser ces doses rapidement, il faudrait les offrir à d’autres groupes plus jeunes, comme les travailleurs essentiels. Mais comment modifier le plan et le calendrier de vaccination pour joindre ces groupes dans les prochains jours ?

Un sérieux casse-tête est à prévoir.

Si on résume, nous allons nous retrouver avec trois vaccins offrant des taux d’efficacité différents, deux vaccins que l’on peut administrer aux 65 ans et plus, et un troisième qui est en attente de tests supplémentaires, une date de péremption qui va mettre de la pression sur tout le monde et des conditions de conservation diverses.

À cela s’ajoute la pression que mettent les centaines de Québécois qui ont grandement hâte de se faire vacciner.

Il n’y a pas à dire, le pire boulot en ce moment, c’est de diriger l’opération de vaccination au Québec.