(Québec) L’espérance de vie à la naissance a diminué de 6,6 mois au Québec en 2020 en raison de la pandémie de COVID-19, a annoncé l’Institut de la statistique du Québec (ISQ) mercredi. Et l’augmentation du nombre de décès causée par le virus pourrait encore noircir le tableau en 2021.

Ariane Krol Ariane Krol
La Presse

« C’est vraiment du jamais vu », souligne Frédéric Fleury-Payeur, démographe à l’ISQ, au sujet de la hausse de mortalité enregistrée dans la population québécoise en 2020.

La tendance de fond, rappelons-le, est plutôt à l’augmentation de l’espérance de vie d’année en année. Au lieu de cela, elle a reculé de 4,8 mois chez les hommes et de huit mois chez les femmes l’an dernier.

L’espérance de vie à la naissance a donc été ramenée à 80,6 ans chez les hommes et à 84,0 ans chez les femmes en 2020, aux seuils où elle était entre 2015 et 2016.

Ça ne veut pas dire que les progrès des dernières années viennent d’être annulés, ni que la pandémie aura pour effet de réduire l’espérance de vie des prochaines années, prévient toutefois M. Fleury-Payeur.

« Le nom [espérance de vie] peut induire un peu en erreur, on a l’impression que c’est ce qu’on peut espérer vivre. Mais c’est vraiment un indicateur théorique qui résume ce qui s’est passé en 2020 », dit-il. « C’est plutôt à considérer comme une balafre, un accident de parcours. »

L’année qui débute est trop jeune, et l’évolution de la pandémie trop incertaine, pour prédire si, et avec quelle ampleur, l’espérance de vie aura de nouveau diminué à la fin de 2021. Mais les données de l’ISQ sur les décès hebdomadaires, qui couvrent les quatre premières semaines de l’année, montrent que ces décès sont plus nombreux qu’à la même période les années précédentes.

Plus de 1700 décès par semaine ont ainsi été enregistrés durant la première moitié de janvier, soit environ 200 de plus que d’ordinaire. La grippe avait aussi causé des pics de mortalité durant cette période en 2017 et 2018, mais sur l’ensemble de l’année, cette grippe saisonnière avait seulement fait stagner, et non diminuer, l’espérance de vie en 2017 et 2018, signale le démographe.

La question des femmes reste aussi à éclaircir. Pourquoi leur espérance de vie a-t-elle été davantage affectée par la pandémie au Québec – elles ont perdu huit mois alors que les hommes en ont perdu moins de cinq ?

C’est d’autant plus intrigant que dans des pays comme la France, les Pays-Bas et les États-Unis, ce sont les hommes qui accusent une baisse plus marquée.

« Ça peut être dû à une multitude de facteurs, notamment les lieux où y a eu des éclosions de COVID », avance M. Fleury-Payeur, en évoquant les CHSLD et les résidences pour aînés, où les femmes sont plus nombreuses.

« Des analyses supplémentaires devront être faites pour expliquer cette particularité », indique le démographe. Il faudra d’ailleurs attendre que davantage de pays aient publié leurs données pour savoir s’il s’agit bien d’une particularité unique au Québec.