Les oncologues déplorent que les patients atteints de cancer ainsi que leurs aidants naturels ne soient pas vaccinés en priorité. Ils demandent à Québec de rectifier le tir.

Caroline Touzin Caroline Touzin
La Presse

« Alors que s’amorce la deuxième vague de vaccination de masse au Québec, nous constatons que les populations vulnérables telles que les patients atteints de cancer ainsi que leurs aidants naturels n’ont pas été priorisées », s’inquiète le président de l’Association des médecins hématologues et oncologues du Québec, le DMartin Champagne, dans une lettre adressée au directeur de la campagne de vaccination contre la COVID-19 au Québec, que La Presse a obtenue.

La démarche est appuyée par les principaux organismes représentant les patients atteints de cancer ainsi que la recherche contre le cancer.

« Actuellement, ce qu’on comprend, c’est qu’au Québec, les gens atteints de cancer vont être vaccinés en fonction de leur catégorie d’âge », observe le directeur général de la Fondation québécoise du cancer, Marco Décelles. « Nous comprenons que Québec doive faire des choix, mais pour nous, ça n’a pas de sens », précise-t-il en donnant l’exemple américain.

Aux États-Unis, le National Comprehensive Cancer Network – alliance de 30 centres de cancérologie – recommande la vaccination prioritaire des patients atteints de cancer, de leurs aidants naturels et des membres rapprochés de leur famille, en accord avec la priorisation fixée par les Centres pour le contrôle et la prévention des maladies (les CDC, en anglais), soit la principale agence fédérale des États-Unis en matière de protection de la santé publique, rappelle le DMartin Champagne dans sa lettre au directeur de la campagne de vaccination québécoise.

Aux yeux des oncologues et des hématologues québécois, il ne fait pas de doute que l’infection par la COVID-19 représente un « risque majeur » pour leurs patients.

Aussi, comme suggéré dans la revue de la littérature de la Direction québécoise du cancer, ces patients peuvent être vaccinés sans risque pour eux, soulignent-ils.

« La vaccination des aidants naturels pour ces patients et [de] tous les patients maintenus à domicile est primordiale pour diminuer l’impact sur les ressources hospitalières, que vous savez déjà fragiles », ajoute le DChampagne.

Ailleurs au Canada, l’Ontario a indiqué que les personnes atteintes de maladie chronique à haut risque et leurs fournisseurs de soins pourraient recevoir le vaccin dès la deuxième phase du programme de vaccination. La Colombie-Britannique, elle, a indiqué que les personnes âgées de 16 à 69 ans extrêmement vulnérables cliniquement seraient incluses dans la phase 3 (avril à juin 2021) de son plan. Cette catégorie inclut les personnes atteintes de cancer spécifique, notamment celles qui subissent une chimiothérapie active.

En 2020, au Québec, selon les estimations annuelles, plus de 56 000 Québécois ont reçu un diagnostic de cancer. « Avoir un cancer, ce n’est pas une sinécure. Imaginez en temps de pandémie », lâche M. Décelles, de la Fondation québécoise du cancer, qui souhaite que Québec modifie sa stratégie.

Questionné par La Presse sur sa stratégie de vaccination, vendredi, le ministère de la Santé et des Services sociaux n’a pas été en mesure de préciser si les patients atteints de cancer et leurs proches aidants allaient pouvoir être vaccinés en priorité.