Malgré la baisse sensible du nombre de nouveaux cas de COVID-19, 12 écoles ont été fermées entièrement ou partiellement au Québec, en raison d’une possible contamination aux variants. La grande majorité de ces établissements se trouvent dans la région de Montréal.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Les autorités scolaires, qui suivent les recommandations de la Santé publique quand il s’agit de fermer des classes ou des écoles, sentent que celle-ci a augmenté le niveau d’alerte et prend les grands moyens pour stopper la propagation de ces variants à travers le réseau scolaire.

« L’école est le seul milieu où on a beaucoup d’interactions sociales et où les gestes barrières ne sont pas appliqués à la lettre », dit Roxanne Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. « Or, le variant anglais est plus contagieux non seulement chez les adultes, mais également chez les enfants, contrairement à la souche originale. »

Selon Mme Borgès Da Silva, en l’absence d’autres mesures, « la seule solution, quand on a un variant qui entre dans une école, c’est de la fermer pour s’assurer d’arrêter tout de suite la contamination. Parce que quand les enfants d’une école l’attrapent, alors les parents l’attrapent et ça se répand très, très vite ».

Les tests de dépistage rapide pourraient être un moyen complémentaire. L’experte en santé publique cite l’exemple de la Californie, qui fait passer des tests rapides à tous les enfants, tous les deux jours, avant d’entrer à l’école. « Au moins, on est certains d’écarter les super propagateurs qui sont ceux qui sont les plus susceptibles d’être à l’origine des éclosions, d’autant plus que les enfants, on le sait, sont légèrement symptomatiques ou même asymptomatiques », dit-elle.

Le nombre de nouveaux cas chez les 0 à 19 ans, la semaine dernière, s’élevait à 1518, contre 2002 la semaine précédente. En date du 21 février, le gouvernement recensait 282 éclosions actives dans le réseau scolaire, soit le tiers des éclosions actives au Québec. Le nombre de cas actifs s’élevait à 2480 : 2009 enfants et 471 membres du personnel.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

L’école primaire Monseigneur-Gilles-Gervais, à Saint-Bruno-de-Montarville, est aussi fermée.

Au Centre de services scolaire de Laval, des variants du virus ont été relevés dans trois écoles, qui ont fermé leurs portes : l’école primaire de l’Arc-en-ciel, l’école primaire Père-Vimont et l’école secondaire Saint-Maxime.

À l’école Père-Vimont, le Centre de services, sur la recommandation de la Direction de santé publique, a dépisté préventivement tous les élèves, après avoir testé le personnel. « On demande aussi à la bulle familiale de demeurer isolée jusqu’à ce que l’élève ou le membre du personnel ait une confirmation de test négatif », signale Annie Goyette, directrice adjointe du service des communications du Centre de services scolaire de Laval.

Un dépistage massif dans une école complète, c’est assez agressif comme mesure.

Annie Goyette, directrice adjointe du service des communications du Centre de services scolaire de Laval

L’école secondaire Saint-Maxime, à Laval, est aussi fermée jusqu’au 8 mars.

« On sent que la Santé publique veut agir par extrême prudence, dit Mme Goyette. Ils ont à cœur de stopper la propagation. On le voit dans leurs recommandations. Depuis dimanche, on pousse les mesures à un autre niveau. »

Un ennemi dans la place

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Nathalie Couillard, directrice de l’école primaire Monseigneur-Gilles-Gervais, fermée à cause de la COVID-19. Plusieurs cas se sont subitement déclarés dans cette école primaire fermée pour au moins deux jours, mais probablement pour plus longtemps.

À Saint-Bruno-de-Montarville, la directrice de l’école primaire Monseigneur-Gilles-Gervais, Nathalie Couillard, a aussi fermé son école par mesure de prévention. Au moins 20 élèves et sept membres du personnel ont contracté le coronavirus depuis le 5 février. Le nombre de cas positifs risque toutefois d’augmenter avec le dépistage massif entrepris lundi.

« À l’automne, on a eu une éclosion, mais on a été capables de retracer rapidement la source et la raison, et d’expliquer chacun des cas, note Mme Couillard. Mais là, c’est difficile de savoir qui l’a donné à qui. Il y a un ennemi dans la place. »

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L’école primaire Victor-Lavigne, à Saint-Léonard, est aussi fermée.

L’école primaire des Grands-Êtres, à Saint-Laurent, est elle aussi fermée, de même que l’école primaire Victor-Lavigne, à Saint-Léonard, jusqu’au retour de la relâche.

« Depuis le 16 février, nous constatons une diminution constante et marquée des cas dans tous nos établissements du territoire : Anjou, Montréal-Nord, Saint-Léonard, Rivière-des-Prairies, Pointe-aux-Trembles et Montréal-Est », rapporte la porte-parole du Centre de services scolaire de la Pointe-de-l’Île (CSSPI), Valérie Biron.

Du côté du Centre de services scolaire de Montréal, on ne signale aucune fermeture d’école, mais 66 classes fermées, sur un total de plus de 4000.

« Aucun variant n’a été décelé dans les cas positifs jusqu’à maintenant », indique le porte-parole Alain Perron.

Des professeurs inquiets

La situation des variants inquiète néanmoins les professeurs.

« Il y a de grandes inquiétudes chez notre personnel », dit Josée Scalabrini, présidente de la Fédération des syndicats de l’enseignement (FSE), qui réclame, d’urgence, l’utilisation de tests de dépistage rapide dans les écoles. « Nous, on considère que le dépistage rapide devrait être rendu dans nos écoles depuis longtemps. »

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement, est du même avis.

Des écoles au complet sont fermées. Donc, c’est à coup de centaines que des élèves basculent vers l’enseignement à distance. Le variant modifie l’équation avec laquelle on doit travailler dans le contexte de la gestion de la pandémie dans le réseau scolaire.

Sylvain Mallette, président de la Fédération autonome de l’enseignement

« Ça va prendre combien d’écoles fermées pour qu’on en arrive à utiliser les tests rapides ? demande M. Mallette. Là, on fait du dépistage mobile, mais seulement après la fermeture de l’école. C’est un non-sens. Il faut travailler pour empêcher que l’école ferme, pas agir après que l’école est fermée. »