Le nombre de nouveaux cas de COVID-19 diminue au Canada, mais la propagation des variants préoccupants continue de s’accélérer. Les experts affirment qu’il est encore temps d’agir afin d’éviter une troisième vague.

Alice Girard-Bossé Alice Girard-Bossé
La Presse

« Malheureusement, les chiffres concernant les variants suggèrent que leur présence est déjà très marquée. Sans aucun doute cela invite à garder des mesures strictes pour en limiter la propagation. En ne baissant pas la garde, on pourrait contrôler leur propagation », affirme la directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre de recherche du CHUM, Nathalie Grandvaux.

Les autorités sanitaires du pays ont identifié plus de 700 cas de différents variants de la COVID-19 dans l’ensemble du pays, a indiqué samedi l’administratrice en chef de la santé publique du Canada, la Dre Theresa Tam. En date du 18 février, le pays a recensé 664 cas du variant britannique, 39 du variant sud-africain et 1 du variant brésilien.

En contrepartie, le nombre de nouveaux cas de COVID-19 recensés au Canada continue de diminuer, et la Dre Tam s’en réjouit. « Notre effort collectif a commencé à faire pencher la balance en notre faveur, l’activité de la maladie est toujours en baisse. Nous sommes à un moment critique avec les [variants préoccupants] – nous avons travaillé dur, mais nous devons continuer à protéger nos progrès et à nous protéger les uns les autres », a-t-elle écrit dimanche sur son compte Twitter.

La hausse de la distribution des doses vaccinales permettra également de ralentir la propagation des nouveaux variants, estime Benoit Barbeau, professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal et expert en virologie. « Nous savons que la campagne de vaccination est redémarrée et permettra de contrôler l’apparition de la maladie chez les personnes infectées et possiblement même de limiter la transmission du virus lui-même », dit-il.

Il précise que même si certaines études démontrent que les variants répondent moins bien aux vaccins, les approches vaccinales semblent être suffisamment efficaces pour empêcher une personne de développer la COVID-19 après l’infection.

Vers une troisième vague ?

Si les provinces et les territoires maintiennent les mesures de santé publique actuelles, les nouveaux variants pourraient engendrer une troisième vague et le Canada pourrait recenser jusqu’à 20 000 nouveaux cas de COVID-19 par jour en avril, selon les projections publiées vendredi par l’Agence de la santé publique du Canada. C’est presque le double du record actuel qui a été enregistré le 2 janvier 2021 avec 10 209 nouveaux cas.

IMAGE AGENCE DE LA SANTÉ PUBLIQUE DU CANADA

Prévisions du nombre de cas de COVID-19 au Canada, en tenant compte des variants, selon les mesures de santé publique en place

> Consultez les projections de l’Agence de la santé publique du Canada

Mme Grandvaux précise toutefois que les modélisations proposées sont à l’échelle canadienne et que les mesures sanitaires en place sont très différentes d’une province à l’autre. « Au Québec, nous avions des mesures relativement strictes jusqu’à des assouplissements successifs, dont ceux qui vont entrer en vigueur sous peu. Les mesures se sont révélées relativement efficaces et le taux de positivité a très nettement diminué malgré le retour en classe », dit-elle.

Elle met malgré tout en garde contre la propagation des variants. « Pour éviter une troisième vague associée au variant B1.1.7, il faut assurer des mesures strictes limitant les contacts le plus possible. C’est encore possible, mais c’est maintenant que cela se décide. »

Il est important de ne pas opter pour un déconfinement trop rapide dans les différentes régions du Québec et plutôt de miser sur la poursuite des mesures restrictives tant que nous n’ayons pas obtenu une image plus complète de la prévalence des variants au Québec, renchérit M. Barbeau.

Les variants arrivent dans les écoles

Plusieurs écoles de la province ont annoncé leur fermeture temporaire après qu’un possible cas de variant a été détecté dans l’établissement. C’est le cas notamment de l’école Fontainebleau à Blainville, de l’école Marguerite-d’Youville à Québec et de l’école des Grands-Êtres à Montréal.

Un variant circule également à l’école de l’Équinoxe, a avisé la Direction de santé publique du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, dimanche. Des personnes ont pu être exposées les 15 et 17 février 2021. L’école secondaire Saint-Maxime, également à Laval, a annoncé, dimanche, qu’elle fermait plusieurs groupes jusqu’au 7 mars ; la présence de variants de la COVID-19 est soupçonnée.

Selon M. Barbeau, un suivi strict de la situation dans les établissements scolaires est fort important et des mesures telles que la fermeture immédiate d’une école après détection d’un variant est une approche adéquate.

Mme Grandvaux indique toutefois qu’avec la vitesse de transmission des variants, la majorité des écoles risquent de fermer. « Si nous voulons garder les écoles ouvertes, il va falloir changer notre façon de procéder. On est encore en mode réaction. On ferme les écoles lorsqu’un cas est suspecté. » Elle soutient qu’il est primordial de passer en mode préventif en utilisant les tests rapides pour aider à dépister plus rapidement les cas et limiter au maximum la propagation des variants.