L’imposition d’un séjour de trois jours à l’hôtel aux voyageurs qui rentrent au pays débute ce lundi. Avec de nombreux vols annulés, l’isolement à l’hôtel, jugé coûteux, donne du fil à retordre à certains d’entre eux, bien qu’ils comprennent l’importance d’une quarantaine stricte.

Mayssa Ferah Mayssa Ferah
La Presse

Alexandre Lachance est découragé. Sa conjointe, Arlette Abrego, est au Mexique depuis la fin de janvier. Elle est dans le Sud, mais pas dans un tout-inclus à boire des margaritas. « Le 28 janvier au matin, on a reçu un appel qui a fait l’effet d’une bombe au sein de notre famille, ma belle-mère était entre la vie et la mort aux soins intensifs suite aux complications d’une chirurgie mineure. » Sa femme est donc partie pour le Mexique en urgence.

Le 29 janvier dernier, le premier ministre Justin Trudeau a annoncé qu’une quarantaine à l’hôtel serait obligatoire au retour et qu’elle se ferait aux frais des voyageurs.

Mme Abrego, déjà affectée par l’état de santé de sa mère et fatiguée d’être séparée de son conjoint et de leur enfant de 4 ans, a retardé son départ d’une semaine faute de vols disponibles. Elle devait revenir au Québec le 20 février, mais son vol de retour a été annulé. Elle est donc contrainte à un séjour à l’hôtel coûteux et imprévu. « Je comprends qu’il fallait réagir aux touristes dans les tout-inclus et couper les vols vers le Mexique et les Caraïbes. Mais ce n’est pas du tout un voyage de loisirs, ma fille et moi, on ne l’a pas accompagnée justement parce qu’on est conscients de ça. Il y a un peu d’injustice dans tout ça, on sent que c’est un plan bâclé », estime M. Lachance.

Il a entamé des démarches auprès de son député pour une exemption, sans succès pour le moment. Les trois nuits à l’hôtel sont donc obligatoires.

Il a ensuite demandé le tarif le moins cher à la personne chargée de la réservation de l’hôtel. Pour 1130 $, sa femme pourra passer trois jours isolée au Holiday Inn, l’un des quatre établissements qui accueillent les voyageurs de retour au pays.

Le hic ? On lui signale qu’une fois la réservation payée, la somme n’est pas remboursable. Impossible de garantir une modification possible des dates, car ça dépend du nombre de places libres à l’hôtel.

« À cause de l’annulation de son vol, on est pris avec des options à plusieurs escales, où il faut passer par les États-Unis. Si ma conjointe rate son vol, tant pis », déplore-t-il.

« C’est frustrant, mais on est capables et on n’a pas le choix. Je pense à tous les gens qui habitent dans des destinations soleil. Pour eux, c’est leur pays. Ils vont dépenser pour des voyages qui ne sont pas des vacances. »

M. Lachance comprend l’importance d’une quarantaine stricte pour freiner la transmission des nouveaux variants au pays, mais dénonce le manque de flexibilité. Le prix des nuitées à l’hôtel est à son avis trop élevé. « Je comprends les mesures dissuasives, mais elle n’est quand même pas allée dans un resort. C’est frustrant de se faire coincer en souricière. »

Mesure punitive ?

Virginie Léger est en Floride depuis novembre dernier, bien avant l’annonce de la quarantaine obligatoire à l’hôtel. Elle et son conjoint possèdent une maison à Vero Beach.

« Nous limitons nos sorties et nos contacts et nous refusons de fréquenter les rares petits commerces où le port du masque n’est pas respecté. Mon conjoint a même reçu sa première dose de vaccin Pfizer, moi, je n’y ai pas droit pour l’instant à cause de mon âge », a raconté Mme Léger à La Presse.

Elle prévoit son retour pour la mi-mars. Elle ne s’oppose pas à une quarantaine, mais se pose plusieurs questions quant à l’organisation du séjour à l’hôtel, une dépense imprévue.

S’agit-il d’une mesure pour protéger la population ou une punition ? Le gouvernement et les hôteliers sélectionnés vont prétexter que plusieurs facteurs expliquent l’augmentation extrême du coût du séjour obligatoire, mais quand même.

Virginie Léger

Les voyageurs peuvent quitter leur hôtel à la réception d’un résultat négatif au dépistage. « Si je reçois le résultat en 24 heures seulement, est-ce que je suis remboursée pour les deux nuits prépayées à l’hôtel ? Ce sont des interrogations qu’on a », souligne Mme Léger.

Temps d’attente élevé pour réserver

Le message automatisé destiné à ceux qui appellent pour réserver les trois nuits annonce un « temps d’attente élevé qui peut aller jusqu’à trois heures ». On souligne aussi que la priorité pour les réservations est accordée à ceux dont le retour est prévu dans les 48 heures.

Pas si simple de prévoir sa quarantaine, confirme Alexandre Lachance. « J’ai en effet passé un peu plus de trois heures en attente au téléphone avant de parler à quelqu’un. C’est comme une autre tuile qui nous tombe sur la tête. »

L’Aloft Montreal Airport, le Crowne Plaza Montreal Airport, le Holiday Inn Express and Suites Montreal Airport et le Montreal Airport Marriott In-Terminal sont les quatre établissements qui accueilleront les voyageurs au Québec en attente du résultat de leur test de dépistage.

Les voyageurs doivent poursuivre leur isolement de 14 jours après les trois nuitées à l’hôtel.

Rappelons qu’ils devront aussi passer un autre test de dépistage de la COVID‑19 plus tard au cours de leur quarantaine. « Ils recevront une trousse de dépistage de la COVID‑19 et des directives avant de quitter l’aéroport », peut-on lire sur le site du gouvernement du Canada.