Ottawa mène actuellement des démarches pour déterminer si une certaine « odeur caractéristique » est associée à la COVID-19, avec pour objectif la conception d’un programme de dressage de « chiens détecteurs ». L’idée, jugée prometteuse par des experts, est déjà utilisée ailleurs dans le monde.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Les premières données suggèrent que les chiens de détection peuvent identifier des échantillons positifs de COVID-19. Nous sommes à la recherche d’un entrepreneur qui serait en mesure d’élaborer une signature olfactive d’un composé organique volatil (COV) tiré du SARS-CoV-2 sensible aux chiens de détection, facilitant ainsi le signalement des cas », explique un porte-parole de Santé Canada, André Gagnon.

Une « demande de propositions » pour la réalisation d’études sur le sujet a été publiée sur le site gouvernemental Achatsetventes.gc.ca, en date du 23 décembre dernier. Au total, jusqu’à trois contrats d’une valeur totale de 225 000 $ pourraient bientôt être attribués. « Si les travaux donnent de bons résultats, le matériel de dressage de chiens renifleurs pourrait à terme faire partie d’un éventuel projet pilote sur le dépistage de la COVID‑19 chez les voyageurs arrivant de l’étranger », précise M. Gagnon.

Le projet est toutefois au stade embryonnaire, car le ministère de la Santé indique qu’il est « en phase initiale de recherche pour découvrir s’il y aurait une odeur associée à la COVID-19 ».

Dans le milieu universitaire, plusieurs équipes de recherche sont déjà sur la ligne de départ. C’est le cas du DÉric Troncy, professeur titulaire de pharmacologie de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, dont l’escouade canine en formation devrait être opérationnelle dès le printemps.

Le gros avantage avec le chien, c’est que la réponse est immédiate et que les risques d’exposition sont inexistants, parce qu’on travaille non pas sur l’antigène du virus ou la réaction des anticorps, mais bien sur l’émission de composés volatils dans la sueur.

Le Dr Éric Troncy, professeur titulaire de pharmacologie de la faculté de médecine vétérinaire de l’Université de Montréal, sur les ondes de Radio-Canada il y a quelques semaines

Notons que ce n’est pas l’infection elle-même, mais plutôt « la signature du virus sur les dommages dans le corps » qui intéresse les chercheurs. On retrouverait notamment cette signature dans le sang, dans l’urine et dans la sueur, ou encore dans l’air exhalé pour les patients qui ont un cancer pulmonaire, par exemple.

Des projets de recherche similaires sont en cours dans beaucoup d’autres pays, dont la France, la Russie, le Chili, l’Allemagne ou encore le Royaume-Uni et les Émirats arabes unis. Partout, les résultats seraient très concluants, avec des taux de succès de détection dépassant les 90 %, et atteignant même parfois la barre des 100 %. Les chiens dressés sont méticuleusement choisis pour leur capacité d’apprentissage rapide.

« Très prometteur », dit une experte

Pour la chef du département de santé publique et de médecine préventive du CHUM, la Dre Marie-France Raynault, les chiens détecteurs représentent assurément une voie d’avenir pour la lutte contre la COVID-19.

« C’est très prometteur. Le principal avantage, à mon sens, c’est qu’on ne laisserait plus entrer quelqu’un avec le virus dorénavant. On pourrait directement isoler le virus », souligne-t-elle, ajoutant que le chien détecteur pourrait même être plus efficace que les tests de dépistage rapide, dont le résultat peut être fourni en 15 minutes environ.

La capacité des chiens à détecter l’odeur de maladies comme des tumeurs, par exemple, est déjà bien connue et documentée. Ce n’est pas la première fois qu’on s’y intéresse dans le monde scientifique.

Marie-France Raynault, chef de département au CHUM

La médecin spécialiste affirme qu’au niveau provincial, l’Institut national de santé publique du Québec a aussi été saisi de la question. « Il faudra attendre de voir les résultats des analyses pour voir quelle en sera l’application précise, mais clairement, ça aidera dans les aéroports. Il y a un enjeu actuellement avec l’arrivée des voyageurs qu’il faut prendre en compte », dit-elle.

PHOTO PHILIPPE LOPEZ, AGENCE FRANCE-PRESSE

L’arrivée des chiens détecteurs pourrait aider notamment dans les aéroports.

En fin de compte, la seule limite de cette approche, ce sont ses coûts, rappelle Mme Raynault. « Un chien dressé comme tel demande un maître-chien et beaucoup d’équipes derrière. Il faut beaucoup de formation, donc ce sont des ressources précieuses. Chose certaine : on a la capacité de recherche pour le faire », raisonne-t-elle.

Les services frontaliers impliqués

Interrogée pour savoir qui participera au projet au gouvernement fédéral, Santé Canada a indiqué qu’elle collaborerait de près avec l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC) « dans l’analyse du travail de candidats potentiels ».

« Sur la base de l’identification d’une odeur, le soumissionnaire potentiel développerait également une aide à la formation pour le dressage des chiens détecteurs », précise à ce sujet une porte-parole de l’ASFC, Judith Gadbois-St-Cyr.

Elle rappelle qu’à l’heure actuelle, le programme du Service des chiens détecteurs (SCD) assure « des services de détection de contrebande ». « Les équipes du SCD aident l’ASFC en détectant les drogues prohibées ou réglementées, les armes à feu, les devises et les produits alimentaires, végétaux et animaux », conclut la porte-parole.

Avec la collaboration de William Leclerc, La Presse