C’est la ruée vers la première clinique IRCM post-COVID-19 de Montréal qui a ouvert ses portes au coin de l’avenue des Pins et de la rue Saint-Urbain.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

« Depuis vendredi, on n’arrête pas d’avoir des demandes. On en a déjà eu une centaine », lâche sa directrice, la Dre Emilia Liana Falcone, spécialiste des maladies infectieuses, en entrevue avec La Presse.

À qui s’adresse cette clinique ? Aux très nombreuses personnes qui souffrent de séquelles du coronavirus. Sa mission est de leur offrir des soins, mais aussi de recueillir des données pour soutenir la recherche.

Un corps de 90 ans

Violaine Cousineau, 47 ans, fait partie des patients nouvellement suivis. Cette professeure de littérature au cégep a contracté la maladie au début d’octobre. Quatre mois et demi plus tard, elle peine à parler, ne peut plus travailler et marche avec une canne de peur de tomber. Elle était pourtant en grande forme avant d’être infectée par sa fille aînée, qui a attrapé le virus à l’école secondaire alors que le port du masque en classe n’était pas obligatoire.

J’ai vraiment le corps d’une femme de 90 ans. J’ai pris 30 ans en quatre mois. Ça fait peur, oui. Puis on se dit : est-ce qu’on va récupérer de tout ça ? Le corps est tellement profondément hypothéqué. Les mois passent, et je me rends compte que j’en ai pour un très, très long bout. C’est vraiment désespérant, on ne voit pas la fin.

Violaine Cousineau

Au Québec, selon les données de la Santé publique, près de 260 000 personnes atteintes de la COVID-19 se sont rétablies. Mais derrière ce chiffre, il y a un nombre important de personnes comme Mme Cousineau qui souffrent de symptômes de longue durée bien après l’infection, un phénomène encore mal compris.

« Des gens aussi hypothéqués que je le suis, il y en a tout plein, ajoute l’enseignante. Je pense que ça serait bien qu’on commence à donner une idée du nombre de gens qui sont encore malades et qui ne peuvent pas travailler. »

C’est ce que pourra ultimement faire l’équipe dirigée par la Dre Falcone.

Un meilleur portrait

« On voit qu’il y a vraiment des symptômes qui perdurent. Cette clinique va nous permettre d’avoir un meilleur portrait de la situation », explique la spécialiste, qui dirige également l’Unité de recherche en microbiome et défenses mucosales à l’Institut de recherches cliniques de Montréal (IRCM) et pratique la médecine au CHUM.

Les séquelles du coronavirus sont connues : fatigue chronique, essoufflement, douleurs thoraciques, symptômes neurologiques, insomnie, douleurs articulaires…

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

La Dre Emilia Liana Falcone, qui pose devant l’IRCM, dirige la nouvelle clinique post-COVID-19 à Montréal.

À deux, trois mois, on voit beaucoup de fatigue, de troubles respiratoires, parfois des lésions cutanées, des douleurs musculaires, des articulations, de l’insomnie, de l’anxiété.

La Dre Emilia Liana Falcone, qui dirige la nouvelle clinique post-COVID-19 à Montréal

« Après six mois et un an, d’après l’évaluation des appels qu’on a reçus depuis notre ouverture, il y a encore beaucoup de fatigue, des troubles respiratoires, encore des séquelles d’insomnie et peut-être aussi d’ordre neuropsychologique. »

Des complications pourraient survenir « de manière asymptomatique », comme une insuffisance rénale ou un trouble cardiaque, ajoute-t-elle. « C’est le genre de choses auxquelles on s’intéresse beaucoup et qu’on aimerait évaluer parce que les gens n’ont pas forcément des symptômes. »

« On regarde tout »

Mais contrairement à ce qu’on pouvait croire, les gens qui souffrent de symptômes persistant pendant des semaines ou des mois après avoir été infectés ne sont pas nécessairement ceux qui ont été hospitalisés.

« Le portrait change, dit la Dre Falcone. On remarque que beaucoup de patients, qui étaient très symptomatiques, mais pas nécessairement hospitalisés, continuent à avoir des symptômes. Il y a aussi des patients qui auraient été asymptomatiques et qui, après, auraient pu devenir symptomatiques, et même développer une complication comme une insuffisance rénale. Nous, on regarde tout : ceux qui ont été hospitalisés, ceux qui n’ont pas été hospitalisés et même ceux qui ont été asymptomatiques. »

La clinique qu’elle dirige est la première à Montréal, qui est la ville la plus durement touchée par la pandémie au Québec. Deux autres cliniques existent en région, mais celle de Montréal, financée par Québec et l’IRCM, offre un suivi clinique et un projet de recherche intégré, qui comprend des évaluations cliniques et physiologiques plus poussées, ainsi des prélèvements d’échantillons versés dans une biobanque pour réaliser des études.

Ailleurs au Canada, les villes de Vancouver, Edmonton et Toronto ont des cliniques post-COVID-19.

Pour être suivis à la clinique post-COVID-19 de Montréal, les patients doivent avoir 18 ans et plus, habiter au Québec et être capables de se rendre à l’IRCM et au CHUM pour subir une évaluation et des tests. Ils doivent aussi avoir reçu un résultat positif à un test de dépistage au cours de la dernière année.