Richer Fortin, 52 ans, est un miraculé de la COVID-19. L’homme, en bonne santé physique, a été plongé dans un coma artificiel pendant 12 jours et séjourne à l’hôpital de la Cité-de-la-Santé, à Laval, depuis plus d’un mois. Une chose est sûre, la voix de son amoureuse l’a aidé à guérir.

Émilie Bilodeau Émilie Bilodeau
La Presse

France Cormier ignore comment le virus est entré dans leur maison de Laval. Le couple et leurs deux fils de 20 et 24 ans ont tour à tour été contaminés au début du mois de janvier.

« On a tous été malades à différents degrés. On a eu des courbatures, mal à la tête, on a fait un peu de fièvre, mais ce n’était rien en comparaison de [ce qu’a vécu] Richer. Lui a fait de la fièvre pendant plus de deux semaines. Ses poumons ont complètement été attaqués par le virus », raconte Mme Cormier, troublée d’être passée à un cheveu de perdre son mari des 26 dernières années.

PHOTO FOURNIE PAR FRANCE CORMIER

France Cormier et Richer Fortin se connaissent depuis l’école primaire. Ils se sont mariés, il y a 26 ans.

À bout de souffle, le père de famille se dirige vers les urgences de la Cité-de-la-Santé le 12 janvier. Il est aussitôt hospitalisé aux soins intensifs, où il est intubé.

L’état de santé du colosse se dégrade dangereusement. Les médecins décident de le plonger dans un coma artificiel et de le brancher sur un respirateur pour que la machine prenne le relais de ses poumons.

Mme Cormier ne peut pas se rendre au chevet de son mari, car elle est elle-même atteinte de la COVID-19.

Au début, le personnel organisait des rencontres sur une tablette, en FaceTime. C’était très difficile de lui parler à travers un écran alors qu’il était inconscient.

France Cormier

Aussitôt que Mme Cormier sort de sa période de contagiosité, l’hôpital lui accorde des « visites humanitaires », craignant pour la vie de son mari. Elle reçoit une formation pour réduire les risques d’infection lors de ses déplacements dans l’établissement.

Vêtue d’une blouse, d’un masque, d’une visière et de gants, elle se présente aux soins intensifs, à l’entrée de la chambre de son conjoint. Celle-ci est protégée par une grande porte vitrée.

Mme Cormier voudrait réconforter son mari, mais le bruit des respirateurs artificiels enterre sa voix. Une infirmière lui vient en renfort et place un téléphone sur l’oreille de M. Fortin. De l’autre côté de la fenêtre, à quelques mètres de son mari, elle lui parle doucement dans son propre téléphone.

« J’étais tellement émue de le voir. Je pleurais dans le téléphone. Je lui disais que j’étais fière de lui, qu’il ne fallait pas qu’il lâche. »

« Je ne pouvais pas le toucher, mais je voulais être près de lui. Il était de l’autre côté d’une vitre, mais je voulais lui montrer que j’étais là, qu’il n’était pas seul. »

Le personnel médical est unanime. M. Fortin réagit à la voix de son amoureuse, et son état de santé s’améliore peu à peu à chacune de ses visites.

Après 12 jours dans le coma, M. Fortin se réveille. Il sort des soins intensifs et reste hospitalisé à la Cité-de-la-Santé.

La route vers la guérison est encore longue. M. Fortin peine à terminer une phrase tant il est essoufflé. Il n’a d’ailleurs pas été capable de participer à l’entrevue avec La Presse tellement il était fatigué. Jeudi matin, il a réussi à monter la première marche d’un escalier. Ce geste banal l’a exténué.

Mme Cormier continue de visiter son mari chaque soir, après son travail. Elle porte toujours son équipement de protection, mais il n’y a plus de vitre qui sépare le couple.

« On peut se tenir la main à nouveau et se faire des câlins », dit Mme Cormier, impatiente de reprendre une vie normale avec son amoureux et ses deux enfants.