La vaccination des résidants et du personnel en CHSLD a été suivie par une baisse marquée des décès dans ces établissements, a pu constater La Presse. En trois semaines, le nombre de décès quotidiens a été divisé par cinq, ce qui illustre pour certains que la vaccination porte ses fruits, mais aussi que les règles de prévention sont dans une large mesure mieux appliquées.

Publié le 13 févr. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse
Pierre-André Normandin
Pierre-André Normandin La Presse

Alors qu’à la fin janvier, les autorités recensaient en moyenne 19 morts par jour dans les CHSLD et les centres hospitaliers, ce chiffre n’a cessé de baisser au cours des dernières semaines. On approche maintenant les quatre décès quotidiens.

Comment expliquer cette baisse ? « On a un traitement doublement efficace, avec le confinement qui fait baisser les infections partout au Québec, et une vaccination qui est drastique. Nos 40 000 personnes ont déjà toutes été inoculées. C’était la priorité numéro un », résume la Dre Sophie Zhang, cofondatrice de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD (CPMC). Depuis le 21 janvier, tous les résidants et employés qui le souhaitaient ont reçu la première dose du vaccin. La campagne avait commencé le 14 décembre.

Aux yeux de la Dre Zhang, la « chute drastique » des décès en centres de soins de longue durée est une « excellente nouvelle » qu’il ne faut toutefois pas tenir pour acquise. « La crainte, actuellement, c’est que la protection des résidants diminue avec les nouveaux variants. Est-ce que les taux vont soudainement recommencer à augmenter ? C’est une question qu’on se pose », ajoute la spécialiste.

La guerre, maintenant, est vraiment entre le virus et ses variants, puis notre capacité à vacciner plus de gens. C’est l’enjeu majeur dans le réseau.

La Dre Sophie Zhang, coprésidente de la Communauté de pratique des médecins en CHSLD

D’ailleurs, le nombre de cas chez les personnes âgées a largement diminué depuis le couvre-feu, mais moins rapidement que celui des décès en CHSLD. Le 8 janvier, on recensait en moyenne 350 cas par jour chez les 70 ans et plus. Trois semaines plus tard, ce chiffre avait diminué environ de moitié. Cette baisse s’est poursuivie, si bien qu’on ne recense plus que 74 cas par jour en moyenne chez les 70 ans et plus actuellement.

Cela dit, dans la communauté, soit principalement à domicile, on dénombre toujours une dizaine de décès quotidiens. Dans les résidences privées pour aînés (RPA), ce chiffre oscille entre six et sept. « Ces milieux ont moins été vaccinés, donc c’est sûr qu’on conserve des inquiétudes », dit Sophie Zhang.

« Meilleur contrôle » des allées et venues

Pour Marie-Pascale Pomey, experte en évaluation des soins à l’École de santé publique de l’Université de Montréal (ESPUM), la réduction des décès dans les CHSLD pourrait aussi s’expliquer par les leçons qui ont été tirées depuis le printemps. Au sommet de la première vague, on déplorait près de 90 décès quotidiennement dans les CHSLD.

« On fait un bien meilleur contrôle de la circulation des gens et du personnel, ce qui laisse beaucoup moins de place à la transmission. À l’Institut de cardiologie de Montréal (ICM), par exemple, les gens ne peuvent plus entrer sans avoir passé un test de dépistage. Ce virus ne pousse pas tout seul. Il vient forcément de l’extérieur, et les proches aidants peuvent être un méchant véhicule », raisonne Mme Pomey. Elle précise que les patients sont aussi « moins nombreux » dont l’état de santé est sévère. « C’est horrible à dire, mais les plus vulnérables sont déjà morts », illustre-t-elle.

S’il faut maintenir les visites en CHSLD, il faut aussi impérativement obliger les visiteurs à se faire tester partout au Québec, croit la professeure. « Il faut obliger les gens à passer des tests, et ce, de manière fréquente. Cela devrait se faire non pas une fois par semaine, mais bien tous les trois ou quatre jours. C’est la seule façon de freiner le virus », soutient-elle.

Depuis le début de la pandémie, 5571 des 10 173 décès enregistrés ont eu lieu dans un CHSLD. Cela représente environ 55 % des morts liées à la COVID-19.

L’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), lui, analyse actuellement l’effet de la vaccination sur les courbes épidémiologiques en milieux de soins. Des rapports devraient être publiés sous peu. « Ce que beaucoup de gens attendent avec impatience, ce sont des résultats sur la stratégie de report de la deuxième dose. On est plusieurs à vouloir savoir ce qu’il en est de l’efficacité de la première dose, qui avait été évaluée à environ 90 % de protection », résume la Dre Sophie Zhang.

Un bilan stable

Le Québec a rapporté vendredi 984 nouvelles infections ainsi que 24 décès et une nouvelle baisse de 25 hospitalisations. On compte 849 patients hospitalisés pour le coronavirus, dont 137 se trouvent toujours aux soins intensifs, une baisse de six.

Des 24 décès rapportés, dix sont survenus à Montréal, neuf en Montérégie, deux en Mauricie et Centre-du-Québec et deux en Chaudière-Appalaches. Une personne a aussi perdu la vie à Laval, dans Lanaudière et en Outaouais. À l’échelle du Québec, on rapporte en moyenne 29 décès par jour au cours de la dernière semaine. La moyenne des nouveaux cas sur sept jours, elle, atteint maintenant 1008.

Mercredi, le Québec a réalisé 33 587 tests de dépistage, un sommet depuis le 5 février, pour un total de 6 225 791. Par ailleurs, 7927 doses supplémentaires ont été administrées dans la journée de jeudi, le chiffre le plus important de la semaine. Jusqu’ici, 280 612 Québécois ont été vaccinés, soit environ 3,3 % de la population. La province compte 29 813 doses en réserve.

84 millions de doses au Canada d’ici la fin de l’automne

Le premier ministre Justin Trudeau ne promet plus seulement que tous les Canadiens le désirant seront vaccinés d’ici la fin de septembre : il estime maintenant que, d’ici là, on aura reçu trop de doses pour l’ensemble de la population. Un calendrier accéléré des livraisons de Pfizer et un accès à 4 millions de doses supplémentaires du vaccin de Moderna font passer à 84 millions le nombre total de doses qui arriveront au Canada à la fin de l’automne, s’est-il réjoui vendredi. C’est donc dire que les vaccins en attente d’approbation, dont ceux d’AstraZeneca et de Johnson & Johnson, seraient de trop, a-t-il signalé. En matinée, la firme Angus Reid a publié les résultats d’un sondage montrant que 28 % des personnes interrogées croyaient à la faisabilité d’inoculer un vaccin aux Canadiens qui le veulent d’ici septembre. Pour ne pas être pris de court, le gouvernement continue d’explorer de nouvelles possibilités en matière d’approvisionnement. Un peu plus tôt cette semaine, le premier ministre du Canada en a parlé avec son homologue de l’Inde, Narendra Modi. Il a été question de s’en procurer du Serum Institute of India. Contrairement à ce que l’on croyait initialement, les doses du vaccin d’AstraZeneca qui doivent arriver au Canada, sous réserve d’une autorisation de la Santé publique, ne viendront pas de l’Inde, mais des États-Unis.

— Mélanie Marquis, La Presse