Québec allonge 1,8 million pour acheter 40 000 masques N99 réutilisables de l’entreprise Dorma Filtration. La nouvelle tombe près d’un mois après l’approbation du produit par la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST), qui avait d’abord refusé de donner son feu vert à son déploiement.

Publié le 12 févr. 2021
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« Cette acquisition nous permet de soutenir un approvisionnement responsable à la fois pour l’environnement et pour l’économie québécoise », s’est réjoui le ministre de la Santé, Christian Dubé, dans un communiqué. Premier masque « de ce type » à être approuvé par les autorités, le produit de Dorma Filtration est réutilisable jusqu’à 50 fois dans un milieu médical.

Au-delà de la question de l’approvisionnement, M. Dubé soutient que l’acquisition de ces masques auprès d’une compagnie québécoise « s’inscrit dans la volonté de notre gouvernement de doter le réseau de la santé d’une réserve provinciale en matière d’équipement de protection individuelle (ÉPI) en favorisant des fabricants québécois ».

Le mois dernier, La Presse révélait que la CNESST avait d’abord bloqué l’utilisation de ce masque, puisqu’un règlement stipulait que tout appareil de protection respiratoire (APR) doit être approuvé par l’Institut national de la santé et sécurité au travail des États-Unis (NIOSH), qui délivre en effet les certifications requises.

Mais pendant la pandémie, les laboratoires du NIOSH étaient fermés aux produits étrangers et venaient à peine de rouvrir. En fin de compte, les tests nécessaires ont donc été faits au Québec, de concert avec l’Institut de recherche Robert-Sauvé en santé et en sécurité du travail (IRSST).

« On espère que d’autres vont suivre »

Joint à ce sujet vendredi, le concepteur du masque, le DRené Caissie, s’est dit « très satisfait » d’enfin recevoir une première demande du gouvernement Legault. « C’était notre but depuis le début. Maintenant, on espère que d’autres commandes vont suivre. De notre côté, il n’y a pas vraiment de limites. On serait capables d’aller chercher un million de masques par mois », explique le médecin.

Si Québec n’a toujours pas signalé son intention de commander plus de masques N99, Dorma Filtration, basée à Montréal, reste prête. L’entreprise vient d’ailleurs de signer des ententes avec quatre distributeurs nord-américains pour livrer ses masques au Canada et aux États-Unis. « Les hôpitaux peuvent aussi acheter directement. On est en négociations cette semaine avec l’Ontario Hospital Network, mais au final, on espère que nos masques seront distribués de façon prédominante au Québec, là où ils sont conçus. Les filtres sont de Chicoutimi, le masque de Sherbrooke et les bretelles, de Granby », illustre M. Caissie.

Le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), lui, indique avoir « constitué une réserve pour faciliter l’évaluation de ce masque par les établissements du réseau ». « Pour la suite, les établissements de santé auront la responsabilité d’évaluer la pertinence d’introduire ce masque, et par le fait même d’en acquérir au sein de leur organisation », soulève une porte-parole, Noémie Vanheuverzwijn.

Notre produit offre plus de protection d’un masque N95 conventionnel et filtre à 99 % les particules. L’étanchéité du masque sur le visage et sur la peau est particulièrement remarquable.

Le DRené Caissie, concepteur du masque N99 de Dorma Filtration

M. Caissie se dit « particulièrement fier » que son masque soit écologique et réutilisable. « C’est vraiment majeur quand on compare à un masque qu’on va utiliser une fois et jeter à la poubelle. Ce masque va protéger notre environnement », fait-il valoir. Québec, de son côté, affirme que le produit de Dorma Filtration « favorise la réduction des déchets et le développement durable au sein du réseau ».

Rappelons que c’est le ministre du Travail, Jean Boulet, qui était intervenu auprès de la CNESST pour permettre l’approbation de ce masque, en janvier. En entrevue il y a quelques semaines, l’élu avait d’ailleurs reconnu que des améliorations peuvent être faites pour éviter qu’un blocage pareil ne se reproduise. « Ça me fait réaliser qu’on est dans un environnement parfois surréglementé et qu’il faut intervenir rapidement pour éviter que nos cadres deviennent des obstacles à des objectifs aussi fondamentaux », a-t-il soutenu.