Le gouvernement Legault envisage de resserrer l’étau du confinement pour la semaine de relâche, sans égard à la couleur de la zone, orange ou rouge. Parmi les scénarios sur la table à dessin : l’imposition de barrages routiers entre les régions. L’idée plaît à certains, mais déplaît à d’autres à travers la province.

Mis à jour le 10 févr. 2021
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

« On a une inquiétude pour la semaine de relâche », a lancé mardi François Legault lors de son point de presse sur l’évolution de la pandémie au Québec. « Habituellement, il y a une espèce de grosse soupe, un gros brassage de la population durant la semaine de relâche, même si les gens restent au Québec. Je veux répéter aux parents que ce n’est pas le temps d’organiser des activités avec d’autres familles ni de demander aux grands-parents de garder », a ajouté M. Legault.

Son gouvernement songe à l’imposition de mesures sanitaires supplémentaires, uniquement pour la semaine du 1er mars, dans l’ensemble du Québec, pour « éviter qu’il se passe ce qu’on a vu un peu dans le temps des Fêtes », a-t-il indiqué. Il doit préciser sa pensée « d’ici les prochains jours », a-t-il dit.

Même s’il ne les juge pas nécessaires présentement, le gouvernement pourrait installer des barrages routiers pour limiter les déplacements interrégionaux. Le couvre-feu pourrait aussi être prolongé, a laissé entendre M. Legault, qui doit effectuer une mise à jour des consignes sanitaires en vigueur le 22 février. « On ne voit pas actuellement la nécessité d’avoir des barrages. Mais est-ce que ce sera nécessaire pour la semaine du 1er mars ? Peut-être. Que fera-t-on du couvre-feu pour la semaine du 1er mars pour éviter des contacts pendant la relâche ? Ce sont des choses qu’on est en train de discuter », a expliqué le premier ministre.

Dans le réseau public, environ 950 000 élèves seront en relâche durant la première semaine de mars, tant au préscolaire qu’au primaire ou encore au secondaire. S’ajoutent à ce chiffre plusieurs établissements dans le réseau privé.

Le respect des mesures, la clé

Pour le directeur de santé publique de la Gaspésie, le DYv Bonnier-Viger, le succès de la semaine de relâche dépendra ultimement du bon vouloir des Québécois, barrages ou pas. « On l’a vu avec notre expérience l’été dernier : ce n’est pas le nombre de touristes qui est problématique, mais davantage le respect ou non des mesures de base », a-t-il expliqué à La Presse.

Ainsi, l’idée des barrages routiers, quoique rassurante pour certains, n’est pas nécessairement un outil efficace, de l’avis du médecin. « Pour qu’ils soient vraiment efficaces, ça serait extrêmement coûteux et je ne suis pas sûr que ça en vaille la peine. Ça prendrait quasiment l’armée si on voulait des vrais barrages, et je ne pense pas que personne n’ait envie d’aller là », illustre-t-il.

Si Québec interdisait tout simplement les déplacements pendant la semaine de relâche, certes, ça donnerait un message un peu plus fort. Mais comme épidémiologiste, ce n’est pas ce qui m’inquiète le plus. Je suis surtout préoccupé par le fait que les gens relâchent les mesures avec des variants plus contagieux.

Le DYv Bonnier-Viger, directeur de santé publique de la Gaspésie

Plus près de Montréal, le maire de Saint-Sauveur, Jacques Gariépy, réclame pour sa part l’imposition de barrages routiers à l’approche de la semaine de relâche, comme il l’avait fait au cours des derniers mois, afin de contrôler les allées et venues des gens de l’extérieur. « Les gens me demandent si je veux passer en zone orange. Je leur dis oui, mais avec des mesures de protection pour contrôler le flux de citoyens qui viendront ici. Si on n’a pas d’aide, on va vivre la même situation que cet automne. Et notre population ne veut pas revivre ça », martèle-t-il.

Des agents de sécurité seront d’ailleurs embauchés pour le début de mars dans cette municipalité des Laurentides, qui compte présentement seulement deux cas actifs. « On est entourés de zones beaucoup plus chaudes. Si on tombe en orange demain matin, c’est sûr qu’on sera inondés », rappelle le maire Gariépy.

Des divergences

À Matane, le maire Jérôme Landry est plus critique à l’endroit des barrages routiers. « On a été envahis de touristes cet été, mais somme toute, ça s’est bien passé. L’idée est vraiment qu’on doit tous se rappeler que le virus est encore très présent parmi nous. Si on respecte tous les consignes, ça se passe bien », soulève-t-il.

« Je fais partie de ceux et celles qui ne soutiennent pas les barrages. Ce printemps, ça a marché parce que l’économie était arrêtée. Là, tout fonctionne, donc ce ne serait pas très étanche de toute façon. On préfère de loin l’idée du couvre-feu et du respect strict des consignes », ajoute M. Landry.

Québec n’exclut pas, à ce stade-ci, que des régions passent du rouge à l’orange peu avant la semaine de relâche. « On va voir d’abord où on va en être globalement dans les 17 régions du Québec avant le 1er mars. On va aussi voir le nombre de cas, les hospitalisations », a énuméré François Legault. Six régions se trouvent pour l’heure en zone orange.

Le gouvernement Legault a aussi annoncé que seuls les parents qui travaillent dans les services prioritaires auront accès aux services de garde d’urgence, selon la même formule que durant la période des Fêtes, pendant cette semaine de congé.

Un bilan stable

Pendant ce temps, la baisse des hospitalisations s’est poursuivie mardi au Québec. La province a rapporté 826 nouveaux cas et 32 décès supplémentaires, ainsi qu’une baisse de 29 hospitalisations. Le Québec dénombre présentement 940 personnes hospitalisées, dont 145 aux soins intensifs, une baisse de 15.

Des 32 décès rapportés mardi, 12 sont survenus à Montréal, 6 en Montérégie, 5 en Mauricie–Centre-du-Québec et 4 dans Lanaudière. Cinq régions déplorent un décès chacune, soit la Capitale-Nationale, l’Estrie, l’Abitibi-Témiscamingue, Chaudière-Appalaches et les Laurentides.

Faute de vaccins disponibles en nombre, la vaccination continue à progresser lentement. Le Québec rapporte avoir administré 2816 doses. Ainsi, 262 594 personnes ont reçu une première dose, soit tout près de 3 % de la population de la province. Environ 32 000 doses sont en réserve.

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