Même si l’INSPQ recommande depuis la semaine dernière le port du masque N95 dans les milieux de vie aux prises avec des éclosions non contrôlées de COVID-19, les travailleurs qui sont ces jours-ci au CHSLD Villa Les Tilleuls à Laval n’en portent toujours pas. Avec 57 % de ses résidants infectés, l’établissement trône pourtant au sommet des CHSLD les plus touchés de la province actuellement.

Publié le 2 févr. 2021
Ariane Lacoursière
Ariane Lacoursière La Presse

Déreck Cyr, vice-président du Syndicat des infirmières, inhalothérapeutes et infirmières auxiliaires de Laval (CSQ), estime que les établissements devraient dès maintenant s’ajuster au nouvel avis de l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ). « On a 412 000 masques N95 à Laval. Ce n’est pas une question de manque », dit-il.

Au Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de Laval, on explique attendre la directive du ministère de la Santé à cet effet. « Lorsque la directive ministérielle liée aux nouvelles dispositions de l’avis de l’INSPQ concernant les masques N95 sera publiée, le CISSS de Laval respectera celle-ci et nous serons prêts à en distribuer », affirme la porte-parole Judith Goudreau.

La semaine dernière, le ministère de la Santé a appuyé l’avis de l’INSPQ sur le port du masque N95 et a annoncé qu’une directive ministérielle serait diffusée dès cette semaine afin « d’encadrer l’application de cette nouvelle recommandation ».

PHOTO JUSTIN SULLIVAN, ARCHIVES AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis des mois, les syndicats réclament que leurs travailleurs en zone rouge aient accès aux masques N95.

Pour M. Cyr, le temps presse. Car « chaque jour augmente le risque de contamination de nos membres non protégés ».

Depuis des mois, les syndicats réclament que leurs travailleurs en zone rouge aient accès aux masques N95. Jusqu’à la semaine dernière, le port du masque N95 n’était recommandé que pour les procédures générant des aérosols, comme une intubation. Mais mercredi, l’INSPQ a conclu qu’une « éclosion non contrôlée » de COVID-19 dans un milieu de soins comme un CHSLD « peut représenter une situation où la concentration d’aérosols du SRAS-CoV-2 est potentiellement plus élevée ». L’INSPQ estime que le port du N95 peut être recommandé dans ces conditions.

Des employés en renfort

Pour M. Cyr, il ne fait aucun doute que le CHSLD Villa Les Tilleuls se qualifie comme étant un « milieu de vie avec une éclosion non contrôlée ». L’éclosion a commencé la semaine dernière dans cet établissement privé. Le propriétaire n’a pas rappelé La Presse. Mais le CISSS de Laval explique que des infirmières, des infirmières auxiliaires et des préposés aux bénéficiaires y ont été envoyés en renfort la semaine dernière.

À ce jour, 35 résidants et 23 employés du CHSLD ont été infectés à la COVID-19. Deux résidants en sont morts.

Mme Goudreau dit que le CISSS « travaille étroitement avec la direction générale du CHSLD afin de mettre en place toutes les mesures nécessaires au contrôle de l’éclosion ».

Selon les syndicats, plusieurs lacunes ont été constatées au CHSLD Villa Les Tilleuls. M. Cyr précise notamment que les employés du CISSS de Laval délestés pour aller y prêter main-forte n’ont reçu aucune formation ou presque à leur arrivée au CHSLD. Certains avaient du mal à trouver le matériel manquant. M. Cyr parle aussi de ratios d’une infirmière pour 20 patients. « Quand on a des patients en isolement, on vise plutôt une infirmière pour 10 patients », dit-il.

Le CISSS de Laval dit avoir agi rapidement pour contrôler l’éclosion. Des zones chaudes ont été créées. Tous les employés positifs ont été retirés du travail. La fréquence de dépistage a été augmentée.

Mme Goudreau assure que « tous les équipements de protection individuelle (EPI) sont mis à la disposition des employés ». Le CISSS a envoyé deux « coachs EPI » pour « former les employés, au besoin, et s’assurer de la bonne utilisation des équipements ».

Mais pour M. Cyr, ces équipes de prévention auraient dû être là avant. Et les masques N95 devraient rapidement être déployés. « On en a fait la demande la semaine dernière », affirme-t-il.

Marjolaine Aubé, présidente du Syndicat des travailleuses et des travailleurs du CISSS de Laval, croit qu’en attente de la directive du Ministère, des tests d’étanchéité (fit tests) sur les N95 devraient être réalisés dès maintenant avec les travailleurs en poste au CHSLD Villa Les Tilleuls. « On attend quoi pour faire des fit tests ? On le demande depuis mars », dit-elle. Pour Mme Aubé, de tels tests devraient en fait être réalisés partout dans le réseau dès maintenant, « parce qu’on ne sait pas où se déclenchera la prochaine éclosion ».