(Québec) Le premier ministre François Legault desserre un peu l’étau du confinement et autorise la réouverture des commerces non essentiels et des musées à travers le Québec. Les restaurants, les gyms et les cinémas ne pourront recevoir des clients que dans six régions plus éloignées. Le couvre-feu reste en vigueur pour au moins deux semaines encore.

Fanny Lévesque Fanny Lévesque
La Presse

Tommy Chouinard Tommy Chouinard
La Presse

François Legault a fait connaître mardi les détails de son « petit déconfinement », selon ses termes, qui entrera en vigueur à compter du 8 février. « Il faut y aller d’une façon très graduelle. Il faut y aller lentement pour être capables de donner une chance aux hôpitaux », a lancé M. Legault en conférence de presse.

Malgré un bilan à la baisse, la situation demeure fragile dans les hôpitaux de la province alors qu’en moyenne, 34 % des interventions chirurgicales sont toujours reportées. Ensuite viendra le rattrapage, ce qui laisse présager encore plus de mois « difficiles » dans le réseau de la santé, selon lui.

« Je comprends qu’il y a beaucoup de Québécois qui sont tannés de la situation, qui ont hâte de voir leurs amis et de revenir à une vie un peu plus normale, mais malheureusement, la bataille n’est pas finie », a-t-il affirmé.

Tout le Québec demeure donc en zone rouge, à l’exception de six régions moins touchées par la pandémie (Abitibi-Témiscamingue, Côte-Nord, Nord-du-Québec, Gaspésie–Îles-de-la-Madeleine, Bas-Saint-Laurent et Saguenay–Lac-Saint-Jean). Celles-ci tournent à l’orange. Aucune région ne revient au jaune, encore moins au vert.

Ces régions représentent 10 % de la population du Québec. C’est donc dire que la très grande majorité des Québécois sont soumis aux règles les plus strictes.

Le couvre-feu reste

Satisfait des résultats du couvre-feu, François Legault fait d’ailleurs le choix de le maintenir pour deux semaines, donc jusqu’au 21 février. Le gouvernement réévaluera la situation par la suite. Seule nuance : dans les régions colorées en orange, le couvre-feu sera imposé à partir de 21 h 30.

Tous les commerces non essentiels, dont les salons d’esthétique et de coiffure, obtiennent le feu vert pour reprendre leurs activités. Les centres commerciaux pourront accueillir des clients, mais les flâneurs ne seront pas les bienvenus. La surveillance sera accrue.

Ce qu’on a essayé de faire, c’est de donner un peu d’oxygène à nos commerçants.

François Legault, premier ministre du Québec

Nouveauté : les musées et les bibliothèques ouvriront aussi leurs portes. Pour l’heure, les cinémas, les théâtres et les salles de spectacles demeurent fermés en zone rouge – le palier d’alerte maximale.

Autre coup dur pour les restaurateurs, même si M. Legault avait tempéré les attentes la semaine dernière : ils ne pourront rouvrir leurs salles à manger, sauf ceux situés en zone orange. Les bars demeurent fermés partout en province.

Reprise partielle des cours

Québec permettra aussi aux élèves des cégeps et aux étudiants des universités de reprendre partiellement leurs cours en classe. C’est une préoccupation que le gouvernement avait depuis plusieurs mois. « On ne vous a pas oubliés, leur a lancé le premier ministre. Ces jeunes ne sont pas allés au cégep ou à l’université depuis 11 mois. C’est difficile pour la santé mentale. »

La ministre de l’Enseignement supérieur, Danielle McCann, fera d’ailleurs une annonce jeudi au sujet des cégeps et des universités, alors que le gouvernement leur demande, sur une base volontaire, de permettre à tout étudiant de s’y rendre une fois par semaine pour suivre ses cours.

Autre assouplissement pour tous les Québécois : on permet la reprise des activités extérieures en « petits groupes ».

Il sera donc possible de se réunir à l’extérieur pour une marche, par exemple, en compagnie de quatre personnes de différents ménages. Dans les zones orange, ce chiffre grimpe à huit.

La ministre responsable des Aînés, Marguerite Blais, présentera également des assouplissements mineurs pour les résidences pour personnes âgées plus tard cette semaine. En zone orange, les salles à manger de ces établissements pourront rouvrir.

Québec maintient le télétravail obligatoire et le statu quo dans les écoles de la province. L’industrie de la construction et le secteur manufacturier doivent continuer à exercer seulement les activités nécessaires au respect de leurs engagements. Les rassemblements et visites à domicile demeurent interdits en tout temps.

Rouge vs orange

Dans les six régions en orange, on sera plus permissif : les gyms (entraînement individuel ou avec entraîneur) pourront rouvrir, tout comme les salles à manger des restaurants. Attention, une limite de deux adultes et leurs enfants par table est fixée. À l’exception de la restauration rapide, la réservation sera obligatoire.

Les établissements devront aussi tenir un registre de la clientèle, et les clients devront montrer une preuve de résidence dans la région où se trouve le restaurant. La réouverture des cinémas, des théâtres et des salles de spectacles sera permise dès le 26 février, le temps que les organisations puissent prévoir une programmation.

Toujours en orange, la limite d’accueil dans les lieux de culte est révisée à 25 personnes, mais reste à 10 personnes en zone rouge (à l’exception des funérailles – 25 personnes maximum).

Québec laisse tomber l’idée de subdiviser les régions en sous-régions comme il l’a fait au début de la deuxième vague.

Quand l’une ou l’autre des 11 régions en zone rouge, où vit 90 % de la population, pourrait-elle passer en zone orange ? « Suivez la situation des hôpitaux », a indiqué François Legault. En particulier le pourcentage de délestage des interventions chirurgicales. « C’est ça, le critère qui va être important dans les prochaines semaines », a-t-il ajouté.

« Important », peut-être, mais pas le facteur le plus déterminant et certainement pas le seul, selon ce que l’on a pu constater en soirée. Les critères précis pour changer de palier demeurent flous.

Dans l’ensemble du Québec, les hôpitaux font en moyenne 34 % d’opérations de moins qu’en temps normal (cela signifie qu’environ 700 personnes par jour sont victimes du délestage). Toutes les régions font du délestage – donc aucune, même parmi celles qui sont passées en zone orange, n’est à 0 %.

Or, des régions qui demeurent en zone rouge font moins de délestage que certaines qui sont maintenant en zone orange. Voici les statistiques que La Presse a pu obtenir :

Saguenay–Lac-Saint-Jean : 44 %

Outaouais : 40 %

Montréal : 31 %

Bas-Saint-Laurent : 28 %

Capitale-Nationale : 26 %

Bref, le gouvernement tient compte du délestage dans le changement de palier d’alerte, mais d’autres facteurs doivent manifestement entrer en ligne de compte. « Il y a le nombre de cas, c’est sûr, il y a le nombre d’éclosions, il y a le nombre de cas déclarés actifs, les capacités hospitalières, et aussi, on ne se le cachera pas, la situation dans les zones limitrophes pour éviter des déplacements pour venir réensemencer des zones qui sont adéquates actuellement », a expliqué le DHoracio Arruda. De son côté, le ministre Christian Dubé a reconnu que si, par exemple, Québec affiche une tendance à la baisse, « on n’a peut-être pas eu la stabilité dans l’ensemble des indicateurs qui nous permet de changer » la région de palier.

La pandémie en cartes et en graphiques

Voyez nos cartes des régions qui retournent au palier orange