La réouverture des commerces non essentiels est en voie d’obtenir le feu vert. Mais il ne faut pas espérer recevoir de la visite à la maison, alors que le couvre-feu sera maintenu au moins quelques semaines.

Mis à jour le 31 janv. 2021
Tommy Chouinard
Tommy Chouinard La Presse
Henri Ouellette-Vézina
Henri Ouellette-Vézina La Presse

Selon les informations que La Presse a obtenues au sujet du scénario sur la table au gouvernement, les détaillants et d’autres commerces comme les salons de coiffure rouvriraient leurs portes après le 8 février, tout en respectant des règles sanitaires strictes. La capacité d’accueil serait restreinte.

Cinémas, théâtres, salles de spectacle, salles à manger des restaurants et bars resteraient fermés. Le sort des centres commerciaux reste à déterminer ; il est envisagé que seules les boutiques qui ont une entrée donnant sur l’extérieur puissent accueillir des clients.

On reviendrait, à peu de choses près, au type de confinement imposé avant les Fêtes. L’une des différences importantes reste le couvre-feu, que le gouvernement veut reconduire pour quelques semaines, mais moins d’un mois. Ses sondages menés depuis l’entrée en vigueur de cette mesure montrent un appui populaire qui se maintient à 70 % ou plus.

Québec n’entend pas permettre à nouveau les rassemblements privés dans les maisons. Au gouvernement, on rappelle qu’ils ont été l’un des facteurs responsables de la flambée des cas au cours de la deuxième vague. Québec ajoute qu’on peut difficilement autoriser de tels rassemblements dans un contexte de couvre-feu. La tentation de la tricherie serait probablement trop forte.

Le premier ministre en réflexion

Le premier ministre François Legault annoncera mardi à 17 h les suites du confinement actuel, en vigueur depuis le 8 janvier et d’une durée d’un mois. Il l’a confirmé dans un message publié sur Facebook samedi matin, tout en précisant avec prudence que « ça peut encore changer pour toutes sortes de raisons ». Rappelons que l’annonce du début janvier avait été repoussée de 24 heures parce que la Santé publique avait recommandé un couvre-feu à la dernière minute.

J’aimerais pouvoir assouplir certaines règles. J’aimerais, si la situation le permet, pouvoir redonner un peu d’oxygène à nos commerçants

François Legault, dans son message publié sur Facebook samedi

La Presse écrivait dès vendredi qu’une réouverture de commerces non essentiels était envisagée.

Toutes les régions, y compris Montréal, profiteraient de certains assouplissements aux restrictions sanitaires, mais à des degrés divers. Québec veut revenir à son code de couleurs, dont les mesures sont en train d’être redéfinies pour chaque palier d’alerte.

« En fin de semaine, je dois encore peser le pour et le contre avant de trancher, écrit François Legault sur Facebook. Comme premier ministre, je consulte beaucoup de monde avant de prendre des décisions. »

« Une fois que j’ai toutes les informations et l’avis de tout le monde, c’est à moi de prendre les décisions », ajoute-t-il. « Je pense à ce qui me semble le mieux pour la population québécoise. Ce qui me guide dans le contexte actuel, c’est la prudence. »

Une tendance encourageante

Les plus récentes données sur l’évolution de la pandémie confirment une tendance à la baisse, y compris dans les hospitalisations. Toutefois, elles ne militent pas pour un déconfinement tous azimuts, alors qu’on craint de variants du SARS-CoV-2, mais elles permettent au gouvernement un certain desserrage de l’étau.

On l’oublie trop souvent, mais l’évolution du taux de reproduction des cas – le fameux Rt – montre maintenant des signes encourageants.

Il se situe à 0,79, un seuil que l’on n’avait pas vu depuis la mi-août. Cela signifie que chaque Québécois infecté transmet le virus à moins d’une personne en moyenne. On dit alors que la pandémie de COVID-19 est « contrôlée ».

On était au-dessus de 1 entre la fin novembre et la fin décembre, un seuil qui témoigne d’une hausse de la transmission – c’était plus de 2 à la mi-mars l’an dernier. C’est un baromètre assez fiable, surveillé de près par la Santé publique, mais encore une fois, la prudence demeure de mise dans la prise de décision, indique-t-on à Québec.

François Legault reconnaît d’ailleurs dans son message que des questions restent en suspens actuellement. « Combien de vaccins recevrons-nous au cours des prochaines semaines, des prochains mois ? Est-ce que les variants du virus vont s’installer au Québec et provoquer une autre vague ? Combien de temps encore les Québécois vont être capables d’endurer les restrictions sanitaires ? C’est ça que je suis en train de faire », indique-t-il.

PHOTO TIRÉE DE LA PAGE FACEBOOK DE FRANÇOIS LEGAULT

Le premier ministre François Legault en compagnie du directeur national de Santé publique, Horacio Arruda, et du ministre de la Santé, Christian Dubé.

Au gouvernement, on est en pleine gestion des attentes depuis une semaine. Mardi, François Legault avait ouvert la porte à certains assouplissements, sans préciser lesquels, ce qui avait eu pour effet de gonfler les attentes, de son propre aveu. Il les tempérait jeudi, déclarant que « la majeure partie des mesures vont rester en place », y compris le couvre-feu. Il faut conclure de son message de samedi qu’un déconfinement toucherait essentiellement les commerces. Ceux-ci ont dû garder leurs portes fermées après les Fêtes, contrairement au secteur manufacturier et au secteur de la construction – le confinement en cours jusqu’au 8 février n’est donc pas total, comme au printemps dernier, alors que l’on avait fermé l’équivalent de 40 % de l’économie du Québec, y compris ces deux derniers secteurs.

L’annonce prévue mardi tombera le jour de la rentrée parlementaire à Québec. Le message gouvernemental occupera beaucoup de place et reléguera au second plan le premier face-à-face depuis le 11 décembre entre M. Legault et les chefs de l’opposition, à 14 h au Salon bleu.

Les partis d’opposition attendent d’ailleurs de pied ferme le gouvernement – que ce soit au sujet des réticences concernant l’installation de purificateurs d’air dans les écoles, de la faible utilisation des tests rapides et des impacts du délestage des interventions chirurgicales.

Une situation « très précaire »

Le vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante (FCEI), François Vincent, soutient qu’une réouverture est possible dans plusieurs secteurs.

« La situation des petits commerçants est très précaire. D’après nos données, une PME sur trois va manquer de liquidités avant l’été. Plus on limite la possibilité qu’ils voient des clients, plus on prépare la voie à des fermetures définitives. Ces commerçants veulent faire partie de la solution », a-t-il expliqué en entrevue avec La Presse.

D’ailleurs, il est très facile de maintenir la distanciation de deux mètres et d’appliquer les mesures de prévention dans la plupart des commerces, selon M. Vincent. « On a déjà déposé une proposition de limiter à trois personnes par établissement, ou de permettre la prise de rendez-vous», rappelle-t-il.

PHOTO MARCO CAMPANOZZI, ARCHIVES LA PRESSE

François Vincent, vice-président pour le Québec de la Fédération canadienne de l’entreprise indépendante

Ça prend une entrée de revenus plus grande que la vente en ligne, parce que les commerçants ne sont pas à armes égales avec les géants du web

François Vincent, vice-président pour le Québec de la FCEI

Selon François Vincent, si des commerces doivent rester fermés « il faut au moins améliorer l’aide aux entreprises pour qu’elles puissent rester debout et faire partie de la relance économique ».

En moyenne, les PME sondées par l’organisation ont déjà accumulé plus de 100 000 $ de dettes à cause de la COVID-19. Une étude du groupe démontrait récemment que près de 300 000 emplois sont jugés à risque dans l’industrie, dans la foulée de la pandémie.

De son côté, le Conseil québécois du commerce de détail (CQCD) préfère attendre l’annonce officielle pour se prononcer. « Le CQCD continuera de respecter les consignes de la Santé publique. Nous continuons également à travailler étroitement avec le gouvernement pour une relance rapide », a précisé la directrice des communications, Karina Serei.