Alors qu’Ottawa a annoncé vendredi de nouvelles mesures pour restreindre les voyages non essentiels, l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) rappelle que des variants pourraient aussi émerger dans la province. Une somme de 11,1 millions a été remise à l’organisme vendredi pour le déploiement d’un programme de surveillance des mutations de la COVID-19.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Oui, ça peut venir des voyages, mais ça peut aussi venir du Québec lui-même. Il ne faut pas non plus mettre toute la faute sur les voyageurs. Les variants peuvent apparaître et émerger du Québec eux-mêmes », a insisté vendredi le microbiologiste en chef du Laboratoire de santé publique du Québec, Michel Roger, en marge d’un breffage technique tenu en matinée avec les médias.

Tout est un enjeu de contrôle de la transmission, a par ailleurs soutenu le spécialiste. « Plus on a de cas positifs et plus la pandémie perdure dans le temps, plus ça donne des chances au virus de se répliquer, faire des erreurs et voir apparaître un mutant qui va s’adapter et prendre la place », prévient-il.

L’INSPQ demeure toutefois réaliste : l’impact des voyages sur la transmission des variants est non-négligeable. D’ailleurs, du « séquençage aléatoire » sera pratiqué sur les voyageurs revenant de l’étranger. Certaines régions « à risque de posséder des variants » seront aussi ciblées, notamment dans des cas d’éclosion ou de « super-transmission », tout comme les gens ayant contracté le virus après la vaccination, les résultats de tests « discordants » ou les « cas de maladie grave » liés à la COVID-19.

On a déjà pris contact avec les directeurs de Santé publique pour que s’ils voient un échec vaccinal, ils nous informent rapidement pour qu’on séquence le virus en question. Même chose pour des médecins, s’ils ont des cas sévères chez quelqu’un de plus jeune. On aura cette agilité avant même le séquençage.

François Desbiens, vice-président aux affaires scientifiques de l’INSPQ

À l’heure actuelle, huit cas du variant britannique ont été détectés au Québec, dont quatre provenant de la même famille qui ont été déclarés après le retour d’une jeune femme qui avait fait ses études en Angleterre. « Son père était en Estrie, sa mère et sa sœur étaient à Montréal. Elle n’a pas suivi les consignes. Elle devait s’isoler en arrivant, mais elle a été voir son père en Estrie, qui a également été infecté. Ça illustre bien la nécessité de suivre les consignes », a soutenu M. Roger.

Quatre autres cas individuels aussi issus du variant britannique ont été identifiés, dont deux dans les dernières heures. L’un d’eux proviendrait d’Albanie, un pays de l’Europe du Sud-Est. Les huit cas de variants feront l’objet de démarches de traçage des cas-contacts « intensifiées ». Pour le moment, aucun cas provenant du variant sud-africain ou brésilien n’a été enregistré.

Cap sur les 65 000

Dans un communiqué publié vendredi matin, Québec a dévoilé qu’environ 7000 échantillons positifs ont été séquencés au Québec, ce qui représente environ 3 % de tous les échantillons positifs. « Ça va permettre à nos chercheurs d’aller faire du séquencement sur les différents vaccins. […] On veut être capables d’augmenter le pourcentage. Quand on parle de séquencer, c’est de faire l’analyse des tests qui ont été faits pour voir quels nouveaux variants sont là », a dit jeudi le ministre de la Santé, Christian Dubé.

Le directeur national de santé publique, Horacio Arruda, avait indiqué que l’objectif à court terme était de se rendre à 10 %. « Si on compare avec les États-Unis, c’est 1 %, et l’Angleterre, 5 % à 7 %. Notre 10 %, si on le cible particulièrement sur les populations et les patients plus à risque, on va être en mesure de détecter les variants assez rapidement », a-t-il assuré.

D’ici la fin 2021, le programme vise à séquencer 65 000 échantillons positifs. Il sera financé par le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) à hauteur de 6,3 millions, auxquels s’ajoutent 2,5 millions du Fonds de recherche du Québec (FRQ) et 2,3 millions de Génome Canada, qui menait depuis avril un projet similaire de surveillance des variants.

« On se donne une capacité qui va être une des meilleures au Canada », a martelé le DArruda, en soutenant qu’un « septième cas » du variant britannique a été détecté au Québec tout récemment. Malgré tout, il n’y a pas « de transmission importante » pour le moment, soutient-il.

Le premier ministre, François Legault, s’est quant à lui dit inquiet de la transmission éventuelle de ces variants dans les derniers jours. « Si le variant s’installait au Québec comme au Royaume-Uni, ça serait la catastrophe dans nos hôpitaux », a-t-il martelé jeudi, soulignant que les 37 000 patients actuellement hospitalisés dans le pays européen équivaudraient à 4600 hospitalisations au Québec. Soulignons que la province en compte actuellement 1217.