La campagne de vaccination planétaire qui s’amorce vient avec son lot de défis d’approvisionnement pour le Québec. Parmi ceux-ci : trouver 6,4 millions de seringues d’ici le 1er avril prochain.

Tristan Péloquin Tristan Péloquin
La Presse

Le Centre d’acquisitions gouvernementales du Québec a lancé lundi un « avis d’intérêt » pour sonder la capacité de ses fournisseurs à lui livrer une quantité aussi importante de dispositifs d’injection de 1 ml « dans le contexte de l’état d’urgence sanitaire actuel ». « Les biens doivent être disponibles pour le 1er avril 2021 », précise le document de deux pages, qui dicte une multitude de spécificités techniques exigées.

« Je ne dis pas que ce n’est pas faisable, mais ça s’annonce complexe », admet d’emblée le directeur général du fournisseur de matériel médical lavallois A.B.C. Médical, Pierre Archambault.

Parallèlement, différents CIUSSS de la province ont déjà accordé des contrats de gré à gré totalisant près de 100 000 $ pour acquérir de façon urgente des génératrices et des réfrigérateurs pour assurer que la température des vaccins reste conforme. Le décret d’urgence sanitaire a aussi été invoqué pour l’acquisition sans appel d’offres de services de transport de personnel pour les centres de vaccination, l’embauche d’agents de sécurité et d’ambulanciers, ainsi que l’achat de cloisons temporaires pour des cliniques de vaccination depuis le début de l’année.

Seringues homologuées

Contrairement aux masques et à l’équipement de protection, qui ont fait l’objet d’une course folle au début de la pandémie, l’achat de seringues devrait se faire de façon plus ordonnée.

La multinationale BD, principal fabricant mondial de seringues, a annoncé en novembre avoir réservé 75 millions de dispositifs d’injection pour le marché canadien, à la demande du gouvernement fédéral. Santé Canada a également homologué, la semaine dernière, les produits de deux fabricants chinois dans le cadre d’un décret d’urgence. « Dans le domaine médical, les Chinois produisent de la qualité », assure M. Archambault.

Les fournisseurs doivent impérativement être certifiés auprès de Santé Canada pour vendre des seringues, considérées comme des instruments médicaux de « Classe 2 », ce qui les oblige à avoir des mécanismes de traçabilité et des procédures de rappel.

Il n’y a pas une seule compagnie qui détient une telle certification qui va prendre le risque de vendre des produits non conformes.

Pierre Archambault, directeur général d’A.B.C. Médical

« C’est sérieux, il y a des audits chaque année. Sans cette certification, on pourrait se retrouver avec des Joe Peddler qui vendent n’importe quoi, comme on l’a vu avec les masques », croit M. Archambault.

D’autres produits qui seront nécessaires à la campagne massive de vaccination, comme les collecteurs d’aiguilles, ces boîtes jaunes servant à récupérer les dispositifs de façon sécuritaire, « commencent déjà à être plus difficiles à trouver », souligne M. Archambault.

Malgré la forte demande mondiale, le fournisseur lavallois n’entrevoit pas de flambée des prix pour les seringues. « Ça devrait se maintenir autour de 16 $ la boîte de 100, soit 16 cents l’unité. Dans l’ensemble, ce n’est pas ce qui est le plus cher », relativise-t-il.

Exemples d’acquisition sans appel de soumissions

Location de génératrice pour la clinique de vaccination de Salaberry-de-Valleyfield : 40 642 $

Transport par autobus pour le personnel hospitalier du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal pour la vaccination : 98 325 $

Achat de cloisons temporaires pour les cliniques du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal et pour le CIUSSS de l’Outaouais : 142 225 $

Embauche d’agents de sécurité pour le centre de vaccination du Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke : 70 000 $

Source : système électronique d’appel d’offres du gouvernement du Québec