À Ottawa, Justin Trudeau doit trancher cette semaine pour serrer la vis aux voyageurs, son cabinet étant divisé. À Québec, François Legault a encore servi une volée de bois vert à son homologue fédéral. Et sur le terrain, le nombre de contraventions pour non-respect de quarantaine a augmenté de façon marginale ces dernières semaines.

Mis à jour le 26 janv. 2021
Mélanie Marquis
Mélanie Marquis La Presse
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance La Presse

Exactement une semaine après avoir averti que des règles plus rigoureuses pour encadrer les voyages non essentiels étaient en passe d’être annoncées, le premier ministre du Canada avait le même message à lancer, mardi, devant sa demeure de Rideau Cottage.

« Je le répète, ce n’est pas le temps de voyager, surtout pas pendant la semaine de relâche qui s’en vient. Toutes les options sont sur la table et on va annoncer de nouvelles mesures très bientôt », a insisté Justin Trudeau.

Le Cabinet n’a pas été en mesure de trancher la question au cours de sa dernière réunion, lundi.

Au moins deux options sont à l’étude : invoquer la Loi sur les mesures d’urgence pour interdire les voyages non essentiels à l’étranger ou imposer une quarantaine obligatoire aux voyageurs qui rentrent au pays, et à leurs frais, dans un hôtel désigné.

En coulisses, on explique que ces mesures doivent être soigneusement évaluées sur le plan juridique.

Dans le premier cas, on redoute des contestations en vertu de la Charte canadienne des droits et libertés.

Mais la seconde avenue pourrait aussi avoir des conséquences juridiques – des voyageurs qui se blessent durant leur séjour, qui tombent malades, ou encore qui jugent avoir subi un préjudice pourraient aussi intenter des poursuites civiles contre le gouvernement fédéral, souligne-t-on en coulisses.

« Toutes ces options sont plus simples à évoquer qu’à mettre en œuvre. Il faut donner des avis suffisants à bien des acteurs aussi », a confié mardi à La Presse une source gouvernementale qui a requis l’anonymat afin de s’exprimer plus librement.

Un autre facteur dont Ottawa doit tenir compte ? L’impact sur les chaînes d’approvisionnement.

PHOTO JUSTIN TANG, LA PRESSE CANADIENNE

Le premier ministre Justin Trudeau en conférence de presse mardi

On dépend d’avions qui viennent de partout dans le monde pour notre nourriture, pour nos biens pharmaceutiques, pour des livraisons de biens essentiels, et on ne veut pas interrompre les chaînes d’approvisionnement [desquelles] les Canadiens dépendent.

Justin Trudeau, en conférence de presse mardi

Air Canada confirme que la majorité de ses vols transportent de la marchandise en plus de passagers.

« Nous transportons de la marchandise sur tous nos vols réguliers, particulièrement sur nos vols internationaux, afin de répondre à la demande en capacité de fret à l’échelle mondiale, fortement réduite en raison de la baisse des vols passagers internationaux », a indiqué Pascale Déry, directrice des relations avec les médias chez Air Canada.

« De la difficulté à comprendre »

Sur l’autre colline, François Legault a soutenu que les autorités surveillaient étroitement les variants du virus qui circulent. À ce jour, six patients ayant contracté le variant du Royaume-Uni ont été confirmés au Québec – à l’heure actuelle, environ 5 % des échantillons québécois sont testés pour détecter les nouveaux variants.

« C’est catastrophique quand ce variant du virus arrive avec des voyageurs qui arrivent de l’étranger. Ça amène une propagation qui est presque exponentielle », a insisté M. Legault, ne cachant pas son impatience devant la lenteur du fédéral à agir.

« À chaque jour qui passe, il y a un risque qui s’ajoute. Il y a une urgence d’agir. Je redemande à M. Trudeau d’agir plus rapidement », a martelé le premier ministre québécois, qui dit avoir « de la difficulté à comprendre pourquoi c’est si long de prendre la décision ».

« On est un peu dans la même situation qu’au début du mois de mars l’année dernière, où on avait de la difficulté avec M. Trudeau à ce qu’il agisse rapidement pour empêcher les voyageurs de venir infecter la population au Québec », a-t-il ajouté.

Peu de sanctions depuis le début du mois

Selon les plus récentes données partielles fournies à La Presse par l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), seule une poignée de Canadiens de retour de voyage se sont fait taper sur les doigts entre le 5 et le 24 janvier dernier.

À l’échelle du pays, durant cette période, 15 contraventions ont été distribuées, 25 avertissements verbaux et un écrit ont été recensés, et aucune accusation n’a été portée en vertu des dispositions de la Loi sur la mise en quarantaine.

Tout en précisant que ce portrait n’est pas complet puisque « les forces de police locales ne sont pas tenues d’envoyer des informations sur les mesures d’application de la Loi », l’ASPC note que désormais, au Québec, la GRC « enverra la liste [de voyageurs de retour au pays] à la Sûreté du Québec (SQ) ».

— Avec la collaboration d’Ariane Lacoursière, La Presse